Vendredi de la 8ème semaine du Temps ordinaire
1P 4,7-13/ Ps 95 / Mc 11,11-25
Je continue à penser qu’on a de la chance cette semaine, parce que nos lectures, au fil des jours, nous donnent vraiment à réentendre ce qui fait et va faire l’ordinaire de nos jours et donc de ce temps liturgique dans lequel nous sommes de nouveau depuis lundi, ce temps de la vie baptismale et ecclésiale ordinaire, un jour après l’autre.
Et ce matin encore, avec ces deux lectures qui parlent de ces deux dimensions essentielles à votre vie, mes sœurs, mais bien aussi pour notre vie spirituelle et ecclésiale à tous :
C’est étonnant, d’ailleurs, cette page d’évangile, et notamment cette parabole du figuier sans fruit qui va se dessécher suite à la parole de Jésus, cette parole que Pierre interprète alors comme une malédiction.
Une malédiction ? Je ne crois pas ! Jésus fait exprès d’utiliser ce pauvre figuier qui n’a rien demandé pour nous enseigner, et pour ce faire il reprend à son compte ces pensées qui parfois nous habitent quant à notre vie spirituelle et même quant à la prière dont il est question ensuite, au Temple comme devant le figuier desséché !
Jésus est juste en train de nous dire : s’y on n’y croit pas, alors c’est mort ! Si on ne croit pas en la fécondité de notre vie avec le Seigneur, si on baisse les bras, et même si on se détourne parce que ça ne porte pas les fruits qu’on voudrait – comme on veut ou quand on veut –, parce qu’on aurait l’impression que ça ne sert à rien, alors ne nous étonnons pas que nos vies se dessèchent.
Parce que c’est bien la question pour beaucoup, c’est bien le combat, et même l’enjeu ! Y croire, c’est-à-dire croire que ça sert à quelque chose, que Dieu est là, que Dieu entend, que Dieu répond.
Avec deux questions à nous poser, il me semble :
Jésus nous dit : « Ayez foi en Dieu (…) : tout ce que vous demanderez dans la prière, croyez que vous l’avez obtenu, et cela vous sera accordé. »
C’est fort ces mots ! Ça appelle notre confiance en Dieu qui peut tout. Mais faut y croire vraiment ! Avec quand même cette question : qu’est-ce que Dieu veut et peut nous donner ? Et donc : que lui demandons-nous du coup ?
Pourquoi je pose cette question ainsi ? Je suis frappé en Jn 15, quand Jésus nous dit que ce que nous demanderons « en son nom » cela nous sera accordé. En son nom. C’est curieux comme expression ! Qu’est-ce que ça veut dire ?
En son nom, c’est-à-dire : ce que lui demanderait. Sans doute pas la pluie ou le beau temps – sauf, peut-être, si c’est salutaire et si c’est une question de vie ou de mort –, et pas de bonnes notes ou je ne sais quelle réussite sociale ou communautaire, non…
Mais quoi du coup ? Le salut et l’union à Dieu, de le connaître et l’aimer, et de vivre de son Amour et de son salut, vivre en sa Présence qui sauve et relève.
Et ça, que ce soit dans la richesse ou la pauvreté, l’honneur ou le déshonneur, la santé ou la maladie, la vie longue ou une vie courte – vous reconnaissez le « Principe et fondement » de St Ignace que je citais déjà mercredi…
Demander « en son nom », donc… Non pas qu’il ne faille pas lui confier des intentions et lui partager ce qui nous habite, dans un dialogue d’amitié concret, évidemment, mais quand même : demander ce que Jésus demanderait et donc ce que Dieu est, car c’est cela qu’il peut donner, son Amour, son salut.
Et d’ailleurs, en Jn 15, juste avant, Jésus nous appelle à demeurer en son Amour et à garder ses commandements, garder sa Parole, alors, dit-il, ça portera du fruit, beaucoup de fruit – mais c’est un singulier : son fruit à lui, le salut, l’union à Dieu…
Voilà l’enjeu de notre vie de prière, vous le savez bien mes sœurs, et c’est bien le cœur de votre vie, qui est signé et appel pour nous aussi : chercher l’union à Dieu, l’aimer et se laisser aimer, nous laisser saisir et entraîner en son Amour. Dans l’humble prière silencieuse des jours, mais aussi dans le soutien d’une vie fraternelle concrète où l’on apprend à se recevoir les uns des autres, à se soutenir et s’entraider, pour continuer l’humble marche des jours, avec ses hauts et ses bas, ses joies et ses questions voire ses épreuves.
Et là, le Seigneur déjà nous devance et nous attend… Là il nous rejoint et nous conduit… Mais puissions-nous y croire tout-jours, et persévérer. D’une persévérance joyeuse et paisible, dans la confiance… Amen.