Dans son dernier roman, Delphine de Vigan nous entraîne dans la double histoire de Thomas et de Romane. Et elle continue, par eux, de raconter ce travail d’advenue à soi, par la mise en récit de nos vies, qui traverse d’autres de ses romans. Dire, raconter, écrire, mettre en mots, pour comprendre qui nous sommes, ce qui nous a construit ou abîmé, ce qui nous traverse et nous habite, et comment notre histoire, là, se tisse et nous façonne. C’est ce qui va là se raconter pour Thomas mais aussi pour Romane.
Thomas… Il a élevé seul sa fille Léo. Elle prend maintenant son envol. Un soir, en rentrant chez lui après avoir bu un coup avec son ami Nathan, il se retrouve avec un portable qui n’est pas le sien, celui d’une femme. Il s’agira de Romane. Qui est-elle, pourquoi lui a-t-elle laissé ce téléphone, et qu’est-elle devenue ?
Quelque chose va se jouer-là pour Thomas, quelque chose qui le dépasse et même qui l’envahit. Il veut comprendre... Et d’ailleurs, pourquoi lui ? Au fil de son exploration de ce téléphone et de ce qu’il contient, au fil des jours et des semaines, c’est sa propre histoire qui lui revient aussi, avec ces souvenirs qui refont surface : les choix et les non-choix, ce qu’il a fallu assumer qu’on n’avait pas prévu ni même voulu, les joies et les questionnements, la solitude aussi ou les amitiés qui comptent, etc. Et nous voilà entraînés avec lui dans cette mise en récit de sa propre vie, avec ce qui doit encore se dire et ce qu’il lui faut accueillir et reconnaître.
Et avec lui c’est l’histoire de Romane qui peu à peu se découvre aussi et qui va alors s’éclairer, petit à petit, au fil des recherches et des traces qu’on laisse…
En lisant ces pages je me disais que ce roman met finalement en récit ce que la littérature – comme le cinéma d’ailleurs – fait elle-même, parfois, à nos propres vies à nous, lecteurs : venir éveiller tel ou tel souvenir, faire émerger en nous telle question qui nous habite ou qu’on a pu enfouir, telle émotion voire telle ou telle blessure, telle vérité de nos trajectoires à chacun, qui font ce que nous sommes, parfois à notre insu, parfois bien enterré, mais qui pourtant nous dit et nous a construit, et qui est bien là en nous.
J’ai aimé lire tout ça. Même si j’ai spontanément préféré la mise en récit de ce qui concerne Thomas, dans un style littéraire plus « normal » ; car les chapitres ou passages qui racontent Romane sont ce que Thomas trouve dans son téléphone : des échanges de messages textes ou vocaux, des enregistrements audio, quelques notes ; et forcément, on en fait tous l’expérience, le style n’est alors pas le même ! Mais c’est bien un des réels de nos vies aussi, et de notre rapport à l’écrit et au dialogue aujourd’hui !
En tout cas c’est un beau roman, je trouve, bien mené et bien construit ; et c’est bien intéressant pour ce que ça vient dire de notre rapport à notre propre histoire, et ce que ça vient dire également de ce monde dans lequel nous sommes.
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Delphine de Vigan, Je suis Romane Monnier, nrf-Gallimard, décembre 2025, 334 pages, 22€.