Homélie dimanche 5 juillet 2026

Homélie dimanche 5 juillet 2026

14ème dimanche du Temps Ordinaire - Année A

Za 9,9-10 / Ps 144 / Rm 8,9.11-13 / Mt 11,25-30

 

En méditant sur ces textes, ce matin, j’ai pensé à tant de jeunes rencontrés ici à St Jo toutes ces années avec vous, tant de jeunes qui désespèrent parfois et se découragent face à leurs chutes et leurs rechutes, celles du péché, et notamment tout ce qui concerne la chair, comme dit St Paul, et notamment la question de la pornographie mais aussi je ne sais quelles autres addictions…

Ça touche beaucoup de jeunes, mais en fait ça concerne tout le monde cette question de nos découragements dans le combat pour une vie chrétienne plus juste, plus ajustée, avec moins de chutes et de rechutes dans nos travers qui soit nous culpabilisent soit qu’on finit par relativiser et finalement qu’on finit par subir, en se disant : à quoi bon se battre indéfiniment… Et de fait…

Pourquoi je vous parle de ça ce soir ? A cause de la 2ème lecture surtout ; mais aussi les autres, vous allez voir.

Dans la 2ème lecture, St Paul nous dit que nous ne vivons plus sous l’emprise de la chair mais sous celle de l’Esprit Saint. Et là, au regard de ce que j’évoquais juste avant, on pourrait se dire : si seulement ! Et on voit bien que ça n’est pas vrai, ce que St Paul nous dit là. Du moins, en fait, à vue humaine un peu trop immédiate. Parce que ce que St Paul nous dit, il le dit à des chrétiens de son temps qui étaient encore pécheurs, et qui n’y arrivaient pas mieux que nous, c’est donc qu’il est en train de faire un constat, et même qu’il est en fait en train de nous partager une Bonne nouvelle !

C’est comme si St Paul voulait nous dire ce soir à chacun : quel que soit tes combats, quel que soit ton péché, quels que soient tes ras-le-bol et tes découragements, et tes épreuves y compris de santé, tu ne vis pas sous l’emprise mortifère du mal si tu vis au souffle de l’Esprit Saint, si tu vis tout cela sous le regard de Dieu et avec lui. Oui tu restes pécheur et vulnérable et c’est parfois décourageant, mais la Bonne nouvelle de la résurrection du Christ et du salut qu’il est venu manifester et révéler, la Bonne nouvelle c’est que le mal, quel qu’il soit, n’a plus le dernier mot de notre vie. Y compris, entendons-le, malgré les apparences premières et immédiates.

Alors oui ça peut être douloureux, oui c’est humiliant parfois peut-être, oui ça n’est pas toujours génial ce qu’on fait, mais tu es aimé de Dieu, malgré tout. Nous sommes aimés de Dieu, vous et moi, et le Christ veut nous offrir son salut.

L’Esprit Saint qui a ressuscité Jésus d’entre les morts, nous dit St Paul, donnera vie à nos corps mortels. Donnera ; c’est un futur, c’est-à-dire que ça n’est pas encore complètement acquis définitivement, ça vient, c’est en cours. Alors oui il faut continuer à se battre et persévérer, mais surtout avec Dieu, il nous faut accueillir sa force de vie et d’amour, son Esprit Saint qui est à l’œuvre, qui veut nous entraîner dans cette dynamique de vie qui va traverser le réel de ce que nous subissons, le réel de nos choix pas toujours les meilleurs aussi, le réel que nous aimerions parfois autre et différent…

Parce que, avouons-le, on aimerait être parfait et sans finitude humaine, comme si on était déjà au Ciel, et donc comme si on était déjà morts et ressuscités dans la vie éternelle. Mais non, on est encore là, ici-bas, mais c’est ici-bas qu’il nous est promis que l’Esprit Saint peut nous saisir et nous donner la vie, la vraie vie, la vie éternelle qui est déjà commencée puisque déjà nous pouvons laisser l’Esprit Saint re-susciter la vie en nos pauvres corps mortels et pécheurs, que déjà nous pouvons nous relever et avancer, et déjà nous pouvons vivre en témoins du salut, malgré tout, déjà capables d’aimer et de pardonner, capable d’être miséricordieux comme le Père est miséricordieux, capables de cette confiance-là que le Christ nous fait. Et même si nous sommes encore pécheurs.

Alors comment on fait, concrètement ? Déjà on entend ce que Jésus nous dit dans l’évangile. Il vient pour les petits, ceux qui savent que le chemin est difficile, qu’il y a encore beaucoup à apprendre, qu’il faut grandir encore en sainteté. Ailleurs dans l’évangile, il dira à plusieurs reprises qu’il vient pour les malades et les pécheurs. Du coup, y’a pas de miracle, si j’ose dire, faut commencer par accepter cela. Et pas faire semblant que c’est pas de nous qu’il parle !

Et ça, ça veut dire deux choses : prier inlassablement, confier inlassablement au Seigneur, ce qui nous décourage et nous désespère, pour lui demander de nous laisser conduire pas son Esprit Saint. Pas tant lui demander d’être autrement que de lui demander sa force pour avancer, sa force pour essayer d’aimer mieux, sa force pour vivre ses appels d’Évangile.

Et puis, la 2ème chose : implorer sa miséricorde, non seulement son pardon, mais aussi la paix du cœur, malgré tout. Demander au Seigneur qu’il apaise notre cœur, qu’il nous donne la confiance pour persévérer et pour avancer quand même, qu’il nous donne de ne pas rester fermés sur nous-mêmes et notre péché ou nos découragements, mais de nous laisser relever et alors de retrousser nos manches pour nous décentrer de tout ça et aimer le prochain qui est là.

Implorer son pardon et sa paix, c’est notamment continuer humblement à célébrer son pardon dans le sacrement. Pas tant pour faire des listes de péché que pour célébrer avec reconnaissance le fait que Dieu nous aime quand même, malgré tout, qu’il est là et qu’il donne sa force, celle de son Esprit Saint. Et qu’ainsi nous croyons que nous ne vivons plus sous l’emprise de la chair et du péché mais bien sous l’emprise de l’Esprit Saint qui va re-susciter la vie en nous…

Alors oui, comme dit Jésus dans l’évangile de ce jour, venons à lui, venons à lui nous tous qui peinons. Venons à lui en cette eucharistie, pour le recevoir, lui qui se fait nourriture pour la route, lui qui devient Pain de la Vie, non pas pour les forts, telle une récompense, mais bien pour les faibles, comme aimait le rappeler le pape François, ceux qui ont justement besoin de sa présence et de son amour qui relève, ceux qui ont besoin de retrouver confiance et espérance au cœur de toute peine et de tout découragement.

Laissons le Christ nous rejoindre là. Laissons-le porter avec nous le fardeau des jours. Et prenons avec lui son joug, c’est-à-dire sa croix ; ça veut dire entendre et vivre l’appel à avancer avec lui et comme lui, le Christ, résolument, malgré le mal qui est là, avancer avec confiance, la confiance que Dieu n’abandonne pas les siens, y compris quand tout le laisserait à penser, et puis avancer avec le Christ et comme lui, lui qui y va par amour, par amour jusqu’au bout, quoi qu’il en coûte, lui qui ne regarde pas en arrière, qui ne sauve pas sa peau, non, mais qui nous ouvre là un chemin de salut…

C’est ce qui nous est demandé à nous aussi. De relever la tête, arrêter de nous regarder le nombril et faire une fixette sur notre péché et notre découragement, relever la tête et apprendre à aimer bien simplement celles et ceux qui sont là. Et nous laisser aimer, aussi. Et nous soutenir les uns les autres, pour croire en tout cela, croire vraiment que Dieu garde confiance en nous, malgré tout, et que le mal qui parfois nous assaille et nous paralyse n’a pas et n’aura pas le dernier mot de notre vie. La vie et le don de soi par amour sont plus fort que tout mal et que toute mort, avec le Seigneur.

Alors c’est vrai, on aimerait que Dieu fasse des miracles qui en mettent plein la vue, que sa toute-puissance nous délivre magiquement de tout péché et de toute souffrance. Mais Dieu fonctionne autrement, il veut être le maître et le roi de nos vies, mais il nous rejoint pour cela dans nos pauvretés, il se fait pauvre avec nous, comme le rappelait la 1ère lecture, mais il vient bien jusqu’à nous, il le veut. Pour déposer en nous son salut, déposer en nous la miséricorde du Père et nous ouvrir avec lui au souffle ténu de son Esprit Saint, sa force de vie et d’amour qu’il promet à qui le lui demande et qui nous a été donné, déjà, à la Pentecôte…

C’est bien tout cela que nous célébrons et que nous confessons à chaque eucharistie : le Seigneur qui se donne par amour pour nous sauver de l’emprise du péché, le Seigneur qui vient se faire notre hôte intérieur pour vivre avec nous et porter avec nous ce qui a besoin de l’être et que nous voudrons bien ouvrir à sa présence, le Seigneur qui fait sa demeure en nous pour que nous devenions ses témoins, nous qui sommes pourtant pécheurs, mais capables vivre quelque chose de ce salut pour les autres, quelque chose d’une présence qui aime et qui relève, une présence qui peut consoler et pardonner, une présence qui voudrait donner de retrouver confiance et même espérance…

Alors tout à l’heure quand nous viendrons communier ou demander une bénédiction, qu’est-ce que nous avons à déposer au Seigneur de nos peines et de nos combats peut-être ? Qu’est-ce que nous avons à ouvrir à sa présence de notre pauvreté humaine, de nos fragilités, de nos infidélités à ses appels et donc de notre péché ? Qu’est-ce que nous avons à ouvrir à sa force de vie de nos découragements ? Voilà ce avec quoi nous pourrons nous approcher tout à l’heure, auprès de celui qui veut nous redire à chacun : « Venez à moi, je vous donnerai le repos », c’est-à-dire : la paix du cœur.

Alors prions. Prenons quelques instants de silence, si vous le voulez bien, pour laisser tout cela résonner en nous et pour recueillir ce qui nous habite, là maintenant. Voilà ce que nous avons à offrir au Seigneur avec les intentions de prière que nous exprimerons dans quelques instants ; et voilà ce que nous avons aussi à déposer sur l’autel de l’eucharistie, tout à l’heure, avec le pain et le vin. Pour que le Seigneur vienne nous rejoindre quand nous nous approcherons, qu’il vienne nous rejoindre dans ce réel bien concret de notre vie à chacun, qu’il vienne nous rejoindre au cœur de toute attente de salut, de confiance et d’espérance renouvelées.

Et ça c’est justement ce que l’Esprit Saint veut faire en nos cœurs et en notre vie à chacun. Alors prions. Amen.

--

Lillustration de ce post’ est une icône copte du IVème siècle ; elle se trouve au Musée du Louvre. J’aime cette icône pour illustrer l’évangile de ce jour :

  • le Christ qui pose sa main sur l’épaule de son voisin, comme pour l’aider et l’encourager à avancer, comme si là était son joug ; sa main qui est là, qui soutient ou met en confiance pour continuer la route.
  • Le Christ tient aussi le livre de la Parole, boussole pour notre vie, non seulement pour entendre et croire en l’amour sauveur du Père pour nous, mais aussi entendre ses appels d’Évangile pour vivre son salut et en devenir témoins.
  • L’homme à côté du Christ regarde dans la même direction, au loin, la tête relevée, et il est traversé de part en part par une fissure du bois qui dit à sa façon ces brisures de nos vies et des années ; et c’est comme si le bras et la main du Christ retenaient cela aussi, comme si ça empêchait que ça ne s’ouvre plus, comme si ça permettait de rester en un seul morceau et de pouvoir ainsi continuer à vivre et à avancer...
Retour à l'accueil
Partager cet article
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :