C’est très beau et ça vous prend. Je l’aurai lu quasi d’une traite…
Imaginez : un jeune photographe de guerre en mission à Gaza qui tombe nez à nez avec un vieil homme qui semble tenir une sorte de librairie. Il est là, qui attend qui viendra. Notre jeune homme est saisi par cette scène et veut pendre une photo de ce vieillard.
Celui-ci lui propose d’abord de lui raconter son histoire, que cette photographie ne soit pas qu’un visage, pas qu’un cliché de plus, celui d’un anonyme dont personne ne saurait rien, une belle photo qu’on exhiberait, mais qu’elle s’accompagne et soit le témoin d’une vie, d’une histoire.
C’est celle de ce vieil homme qui va là se mettre en mots, et celle de sa famille. Et c’est du coup celle de cette région palestinienne meurtrie par la guerre depuis tant d’années et même plusieurs décennies – toute la durée de vie de notre vieil homme…
Son récit s’étale sur plusieurs jours. Il y est question de guerre, d’exil et de de camps, mais aussi d’amour et de famille, et de ces morts qui auront jalonné les années… Chaque jour, à chaque tranche de son histoire, notre homme sort un livre ou deux qui ont marqué cette période et qui peuvent même l’éclairer… La condition humaine, Hamlet, le livre de Job, tel poète et tels autres auteurs de littérature arabe, etc.
Ce roman a quelque chose d’assez émouvant. Un récit empreint d’une certaine sagesse et même de douceur dans le propos, loin d’un manichéisme simplificateur et d’une certaine haine qu’on pourrait même comprendre ; mais également empreint de beauté, au cœur même de l’horreur : la beauté de la littérature, qui donne respiration et humanité au cœur de ce qui se vit, mais aussi la beauté de l’amour vécu, malgré tout. Notre homme aura trouvé là des forces de vie pour affronter les jours et tenir… au fil des années, et notamment celles qu’il aura passées en captivité…
Nul doute que notre jeune photographe ne sera pas le même au terme de cette histoire. Et nous aussi, lecteurs… En plus c’est très bien écrit, la langue est belle, comme la mise en récit au style limpide, comme j’aime. De la belle littérature…
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Rachid Benzine, L’homme qui lisait des livres, Pocket, juin 2026 (Julliard 2025), 122 pages (format poche), 7€90.