Homélie dimanche 16 août 2026

Homélie dimanche 16 août 2026

20ème dimanche du Temps Ordinaire, Année A

[Messe avec la présence de l’équipe encadrante du Pélé-VTT-38]

Is 56,1.6-7 / Ps 66 / Rm 11,13-15.29-32 / Mt 15,21-28

 

J’ai longtemps eu un peu de mal avec cette histoire de Jésus et de mission préférentielle pour les brebis perdues d’Israël. On a envie de lui dire : Et les autres alors ?! Ce que fait d’ailleurs cette femme, à sa façon.

Mais c’est intéressant, cette histoire. Pour deux raisons au moins : pour ce que ça vient dire de la question d’Israël – c’est quand même le peuple que Dieu s’est donné, en vue d’une mission, et c’est le peuple duquel Jésus nous est donné à nous – ; et puis pour ce que ça vient révéler de Jésus et de comment il advient à sa mission. Et ces deux points ça nous concerne nous aussi, très concrètement, vous allez voir.

Avec une question en arrière-fond, une question qui traverse nos trois textes mais qui traverse plus largement les Écritures et toute la Révélation : celle du salut. Et vous l’avez entendu, St Paul est travaillé par cette question, notamment pour le peuple dont il est issu, Israël, et notamment si Israël ne reconnaît pas en Jésus le Messie et donc si Israël ne reconnaît pas en lui, Jésus, son sauveur. Et puis cette question du salut c’est celle de cette femme à Jésus, quand elle crie vers lui son « Seigneur, viens à mon secours ! »

Alors permettez-moi de commencer par la question d’Israël. Et de faire un petit retour en amont de ce qu’on a entendu dans nos trois lectures. Israël, on le sait, c’est le peuple de Dieu, le peuple choisi par Dieu.

Mais pas un peuple choisi parmi d’autres comme s’il était meilleur que les autres ou pour je ne sais quelle autre raison, non, c’est un peuple que Dieu se donne, un peuple que Dieu se crée, en vue d’une mission, une mission pour les nations, comme on l’a bien entendu dans la 1ère lecture : être témoin de l’existence et de la présence du Dieu unique au cœur de l’histoire et de la création, en être témoin pour toutes les nations, pour qu’un jour toutes les nations le connaissent et le reconnaissent et qu’un jour elles convergent vers lui, qu’elles convergent vers sa Montagne Sainte, Jérusalem, où se trouve son Temple, le lieu qui dit et rappelle sa présence au milieu de son peuple.

Et on le sait, quand on ouvre nos bibles et qu’on lit les Écritures, on sait que l’histoire d’Israël et de nations, c’est compliqué, qu’Israël va manquer à sa mission et se tourner parfois vers d’autres dieux. Avec nos mots d’aujourd’hui on dirait qu’ils sont par moments « croyants mais non pratiquants » ou, à d’autres moments, qu’ils sont croyants en on ne sait trop quoi, un peu tout mélangé... Et il arrive qu’Israël oublie Dieu ou n’y croit plus et se décourage, etc. D’où les prophètes qui se lèvent et qui essayent de rappeler à Israël les promesses de Dieu et sa mission. Et même sa venue, avec ce fameux Messie que Dieu va annoncer par les prophètes…

Mais faut s’y mettre, faut se convertir, faut le vouloir, faut lui préparer le chemin. C’est ce que dira Jean-Baptiste, à celles et ceux qui attendent le Messie. Et c’est finalement ce qu’on a entendu dans la 1ère lecture quand Isaïe parle au nom du Seigneur et qu’il proclame : « Observez le droit, pratiquez la justice, car mon salut est proche, il vient et ma justice va se révéler. » En gros : faites ce que le Seigneur vous a appris, faites ce qu’il vous a prescrit, faites ce que vous avez à faire et vous verrez, vous verrez son salut qui vient, son salut promis.

Mais la question c’est de savoir qu’est-ce que c’est ce salut ?! Quel salut le peuple d’Israël attendait ? Et la réponse c’est la libération, libération de ce pays d’Exil où il se trouve. Mais plus largement libération au sens de retrouver sa liberté, sa terre, ses coutumes – ce qui fait sa vie, quoi. Se retrouver lui-même, tel qu’il est dans le cœur de Dieu.

Voilà le salut que Dieu veut, que nous devenions et redevenions nous-mêmes, tel qu’il nous voit, tel qu’il nous connaît, tel qu’il nous aime, libérés de ce qui nous angoisse et nous referme sur nous-mêmes, libérés de l’emprise mortifère du péché avec la culpabilité ou la honte qui peuvent parfois nous envahir, libérés aussi du découragement et même de la désespérance paralysante dans les épreuves et la souffrance…

Sauvés, et donc promis à la vie, malgré tout et au cœur de toute épreuve et de tout mal, la vie plus forte que tout mal et que toute mort, malgré les apparences premières et immédiates…

Encore nous faudra-t-il le reconnaître et l’accueillir, ce salut, ce salut qui est en fait quelqu’un : le Christ Jésus. Quelqu’un qui nous promet sa présence avec nous, si nous voulons bien l’associer et lui faire place, quelqu’un qui nous promet qu’il va porter avec nous et nous ouvrir à la vie, la vie qui est là et qui nous traverse, la vie qui nous rend vivants, la vie pour tout-jours…

Mais encore nous faudra-t-il le reconnaître et l’accueillir, ce salut, ce salut de Dieu en Jésus-Christ…

Et elle est là l’angoisse de St Paul pour son peuple, dans la 2ème lecture, ce peuple d’Israël dont il est issu, ce peuple qui n’a pas su reconnaître Dieu qui venait à sa rencontre, Dieu qui accomplissait ainsi ses promesses de vie. Et c’est le paradoxe car les nations, elles, peu à peu vont y croire, et peu à peu vont le reconnaître, lui le Christ, le reconnaître comme leur sauveur, leur Dieu et leur sauveur.

C’est notre page d’évangile. Cet élargissement des promesses de vie et de salut d’Israël aux nations. Cette prise de conscience progressive que Jésus est bien l’envoyé promis à Israël, mais plus que cela, pour tous. Pour toutes les nations. Et dans l’évangile de Matthieu, un évangile qui a été écrit en milieu des juifs et pour aider les juifs à reconnaître Jésus comme Christ et Seigneur, dans l’évangile de Matthieu cette rencontre avec cette femme est déterminante et signe un point de bascule, peu à peu, jusqu’à lui faire dire après sa résurrection : « Allez, de toutes les nations faites des disciples », des disciples qui deviennent ses témoins, pour d’autres, ses disciples qui deviennent en lui, le Christ, et avec lui, l’Israël nouveau, l’Israël renouvelé aux dimensions du monde.

C’est désormais leur mission, et c’est donc la nôtre. Dans le Christ Jésus, avec lui. Et c’est ce que nous célébrons à chaque eucharistie : il vient, il s’offre au Père pour notre salut, pur nous libérer de l’emprise mortifère du péché et de nos manques de foi, il vient se faire nourriture pour être notre force intérieure, il vient établir sa demeure en nous pour que nous l’enfantions à ce monde, et ce faisant, il nous envoie, car nous devenons ce que nous allons recevoir : le Corps du Christ, sa présence, désormais, en ce monde, pour ce monde, le Temple nouveau planté au cœur du monde pour rappeler à tous que Dieu est là, que Dieu veut se faire proche, que Dieu sauve dans le concret d’une présence qui ose prendre soin et relever et qui ose des paroles de pardon, de consolation, d’encouragement.

Et là, nous le savons, se joue très concrètement le salut. Le salut qui est l’amour sauveur de Dieu, son amour en actes. Qu’il faut demander, dans la prière, évidemment, mais qu’il nous faut tout autant apprendre à accueillir et qu’il nous faut apprendre à vivre, au nom même de l’évangile. Ce sera le grand récit du jugement dernier, toujours dans notre évangile de Matthieu (cf. Mt 25). Les sauvés, au dernier jour, ça n’est pas ceux qui auront eu foi, un peu, beaucoup, passionnément ou à la folie, non, en tout cas ça n’est pas ça qui nous est raconté ; les sauvés, ce sont ceux qui auront pris soin de l’autre qui est là, du pauvre et du malheureux qui crie vers Dieu ou qui n’ose même plus.

Parfois, comme Jésus avec cette femme païenne, ce sont des rencontres en apparence anodines ou bien quelconques qui vont nous ouvrir à nous-mêmes, à qui nous sommes vraiment, à ce que Dieu attend de nous, malgré nos fragilités et nos manques de confiance en nous-mêmes…

Alors je ne sais ce qu’il en est concrètement dans votre vie à chacun, je ne sais pas non plus quelles sont vos attentes de Dieu et de son salut, vos découragements peut-être, pour certains, vos doutes ou vos questions, ou au contraire cette foi qui vous bouscule et vous entraîne ; mais ce que je sais, ce que je crois, c’est que le Seigneur veut nous rejoindre chacun, qu’il vous se donner à nous et à tous, et qu’il nous fait cette confiance absolument fabuleuse d’être ses témoins aujourd’hui, à notre petite mesure mais toute notre mesure…

Je ne sais ce que tout cela vient rejoindre ou éveiller en vous. Bien simplement nous prenons quelques instants de silence pour recueillir ce qui, là maintenant, nous habite, ce qui nous vient, ce qui remonte peut-être en nous. Nos attentes de salut comme nos actions de grâce. Et bien simplement nous le déposons auprès du Seigneur, nous le lui offrons et nous lui demandons qu’il vienne là nous rejoindre ce soir, dans ce réel-là de là où nous en sommes… Amen.

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