Dim. 30 août 2026 – Ste Jeanne Jugan, solennité chez les Petites sœurs de Pauvres
Is 58,6-11 / Ps 22 / 1Jn 3,14-18 / Mt 5,1-12a
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Ces textes qu’on vient d’entendre, à la fois nous parlent de Ste Jeanne et de son Œuvre, comment ce fut réponse aux appels de Dieu, mais ça nous parle aussi à nous pour aujourd’hui, dans ce que nous avons à vivre – et je pense notamment aux mois qui viennent, ici dans cette Maison, et la suite… J’aimerais faire ces liens-là ce matin, à l’écoute de ces textes et des appels que là le Seigneur nous adresse aujourd’hui.
J’ai été frappé dans la 1ère lecture des appels très concrets qu’on a entendus et auxquelles Ste Jeanne a voulu répondre. Elle avait bien compris que ce qui plait au Seigneur c’est de partager son pain avec celui qui a faim, c’est d’accueillir le pauvre sans abri, le vêtir aussi. Et elle avait été saisi en ce lieu-là par le Christ qui là se rend présent à nous, dans les plus pauvres, ceux-là mêmes qu’il veut sauver, ceux-là mêmes à qui il nous envoie pour les aimer et que ça les relève et leur redonne confiance en la vie – et ça vaut d’ailleurs pour toute forme de pauvreté, qu’elle soit matérielle, physique, affective ou spirituelle…
Cet appel que Ste Jeanne a pris très au sérieux – et qu’elle a pris aux mots-mêmes de notre 1ère lecture –, il nous concerne tous, chacun à notre mesure, mais il nous concerne puisque nous sommes disciples de Jésus-Christ et que nous voulons l’être, car c’est chemin de bonheur. D’où l’évangile des Béatitudes et ce « Heureux » qui rythme le texte et qui nous est adressé, qui nous est même promis.
L’appel à aimer en actes nous concerne tous, oui, à notre mesure, y compris celles et ceux qui sont plus pauvres ou accueillis. Il est pour nous tous ce « Tu ne te déroberas pas à ton prochain », ce prochain qui est ce voisin de table ou de chambre, ce prochain qui est ma sœur de communauté, ce prochain qui est tel bénévole ou tel salarié de la Maison, tels membres des familles aussi.
Ce prochain quel qu’il soit, que vit-il, que traverse-t-il peut-être, où en est-il ; et qu’attend-il, même, de moi ou de je ne sais qui d’autre ?
Le Seigneur nous appelle là. Et c’est concret. Il nous attend là, il compte là sur nous. Chacun à notre mesure, évidemment. Mais n’est-ce pas là l’héritage à garder de ce qui se vit depuis tant d’années dans cette Maison, l’héritage à recevoir et à faire vivre encore, même après le départ à-venir des sœurs ? C’est en tout cas, je crois, de notre responsabilité à tous, avec ce que nous sommes, là où nous en sommes, et à notre petite mesure. J’aimerais ce matin que nous l’entendions vraiment.
Et si c’est de notre responsabilité, c’est parce que c’est possible, nous en avons la capacité, au nom du Seigneur et avec lui ; dans cette confiance, sans doute à faire grandir tout-jours et encore, cette confiance qu’il est là avec nous et qu’il nous accompagne. Ce fut l’expérience de Ste Jeanne, toute sa vie.
C’est ce que nous avons chanté avec le Ps 22 ! Un psaume qu’il nous faut entendre et recevoir tout spécialement en ce qui est sans doute la dernière Ste-Jeanne-Jugan ici avec vous, mes sœurs. Le Seigneur est là, oui, et c’est ce qui compte : il va nous conduire encore, et avec lui nous ne manquerons de rien, quel qu’en soit le cadre et la forme ; mais c’est bien à vivre avec lui, dans la confiance qu’il nous donne et nous donnera ce dont nous avons besoin. C’est ce qu’a vécu Ste Jeanne, très concrètement, et que vous continuez à vivre, mes sœurs – je pense par exemple cette pratique de la quête, et la confiance en la Providence de Dieu que ça appelle…
Le Seigneur nous accompagne, quoi qu’il arrive et quoi que nous ayons à vivre ; à nous de l’associer, évidemment. Il y a en tout cas un acte de foi à poser, que si nous vivons tout avec le Seigneur, si nous l’associons à nos traversées quelles qu’elles soient, si nous lui confions nos joies comme nos peines et nos peurs, et si nous nous soutenons concrètement, si nous prenons soin les uns des autres et si nous nous entraidons, alors oui, Dieu, en sa Providence, s’occupe déjà de nous et ne nous abandonne pas.
C’est ce que vous avez apporté ici, mes sœurs, de présence, de confiance, d’amour concret et de prière, et ça nous est confié, à vous qui vivez-là, déjà, et à tous ceux qui y donnez de votre temps et de votre énergie. Et le Seigneur se servira de ce que nous en ferons et de ce que nous en vivrons, nous qui sommes disciples de Jésus ; ce que nous en vivrons pour les autres, qui pour beaucoup ne le connaissent ou ne le reconnaissent pas.
Alors oui, c’est vrai, il va y avoir un passage à vivre, pour tous, un passage à vivre qui peut nous inquiéter et même être douloureux – on ne va pas faire semblant. Mais réentendons, ce matin aussi, ce que la 2ème lecture nous en dit et qui est le cœur de notre foi et de l’agir auquel nous sommes appelés : que la mort n’a pas le dernier mot, avec le Christ, elle est un passage. C’est vrai de notre fin de vie à venir pour chacun, mais c’est vrai aussi de toute page à tourner et de tout chapitre qui s’achève, y compris votre départ à-venir, mes sœurs.
La vie est là, encore, malgré tout, elle est là qui nous traverse et qui va continuer. Elle est à vivre.
Et c’est à vivre dans la foi. Ça continue. Autrement, et de fait il va y avoir une sorte de mort à vivre, mais ça va continuer, avec ce que nous serons et ce que nous en ferons. À notre mesure – je le redis une fois encore – et en le portant dans la prière.
En vivant concrètement aussi la charité, cet amour du prochain dont je parlais au début de cette homélie, avec la 1ère lecture ; l’amour du prochain qui va se faire attention à l’autre, écoute, mais également qui va passer dans ces pardons qu’il y a à se donner ou à se demander, qui va passer aussi dans la patience des jours qui n’est pas toujours évidente, on le sait bien…
Et peut-être elle est là votre mission première à vous qui résidez ici : apprendre tout-jours et encore à vous aimer mieux les uns les autres, et déjà dans les toutes petites choses du quotidien qui peuvent vite nous empoisonner la vie. C’est l’appel de la 2ème lecture quand St Jean nous dit : « Celui qui a de la haine contre son frère est un meurtrier » ; c’est fort ces mots, c’est presque violents, mais ça dit bien ce que ça veut dire : que la vie ensemble sans pardons, la mésentente qui s’accompagne parfois d’une forme de haine grandissante de l’autre que je ne supporte plus, c’est chemin de mort, non seulement pour l’autre qui m’insupporte, mais ça signe aussi mon arrêt de mort à moi, d’une certaine manière, car je risque de m’enfermer dans un repli souvent jugeant voire même méchant – et réciproquement.
Je suis sûr qu’on aurait tous des exemples très concrets à partager… En tout cas c’est là que se joue déjà l’appel à aimer ; et cet appel à aimer c’est l’enjeu de notre vie à tous, c’est l’enjeu de la vie quotidienne, c’est l’enjeu de ce vivre-ensemble qui est votre réalité quotidienne. Et c’est la mission que le Christ nous confie, notre mission comme disciples qui veulent le suivre et qui croient qu’il nous propose un chemin de bonheur, et même que ce qu’il nous commande c’est le chemin du bonheur véritable, peu à peu, un jour après l’autre.
Et ça, ça va notamment passer par cette charte de vie que sont les Béatitudes de notre évangile de ce jour et que le Christ a vécues dans le concret des rencontres que nous lisons dans nos bibles et que nous entendons de messe en messe.
Je ne développe pas, j’ai déjà été assez long ; mais en tout cas ces Béatitudes, cet amour très concret qui cherche la paix et la justice, mais aussi la miséricorde et à se faire consolation, et qui le vit avec le Christ, c’est bien ce qu’a vécu Ste Jeanne Jugan et qui a permis cette Œuvre de laquelle vous êtes. C’est aussi ce que vous, mes sœurs, avez voulu offrir dans cette Maison et toutes les autres. C’est également l’héritage qui nous est confié, c’est l’héritage qui vous est laissé à vous qui resterez : résidents, amis et bénévoles, et salariés, qui vous reconnaissez disciples du Christ…
Alors nous prions pour que le Seigneur vous conduise et nous conduise dans la confiance, car il nous promet sa présence, il est là avec nous et par nous. C’est ce que nous célébrons à chaque eucharistie ; c’est ce que nous confessons et voulons accueillir aujourd’hui encore, dans l’action de grâce déjà, et en confiant aussi au Seigneur la suite du chemin et tout ce qui peut nous habiter, là maintenant et au cœur de ce que nous avons à vivre.