Samedi 5 sept. 2026 à St-Jo (Grenoble)
Gn 2,18-24 / Ps 26 / Jn 15,9-16
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Je vais commencer ces mots d’homélie par une question, qui va peut-être vous paraître un peu bizarre, vous allez voir, et même plusieurs questions que je pose là et après je vous explique…
La fameuse question : qu’est-ce que nous célébrons cet après-midi ? Et du coup : qu’est-ce que ces lectures peuvent nous aider à en comprendre. Et même : comment ça nous concerne nous aussi, nous qui sommes là, témoins de cet engagement, témoins de ce sacrement ?
Voilà les questions qui m’habitent et pour lesquelles j’aimerais vous partager 2-3 éléments pour comprendre le choix de ces textes que Valentin et Coralie ont fait et qu’ils nous proposent à nous tous qui sommes là pour les entourer.
Ce qu’on célèbre, ça n’est pas votre amour, ça n’est même pas le fait que vous vouliez vivre ensemble pour toute votre vie ; ce qu’on célèbre c’est que vous ayez décidé, au nom de votre foi, de vous engager à vous aimer l’un l’autre, vous aimer à l’école de Dieu lui-même, et vous aimer en l’associant à ce chemin de vie qui s’ouvre devant vous.
Nous croyons que Dieu est présent avec nous cet après-midi. Si Dieu existe, ce que je crois, il s’intéresse à nos vies – je le disais au début de cette célébration – et il veut nous accompagner, à la mesure de la place qu’on lui fera. C’est ce que nous célébrons et c’est ce que l’eucharistie, qui suivra le mariage proprement dit, vient réaliser aussi : le Christ va se donner à nous, mystérieusement mais réellement, pour établir sa demeure en nous, et tout particulièrement en vous, Valentin et Coralie ; il va se donner pour faire de nous des témoins en actes de sa présence et de son amour ; et ce faisant il veut être notre force de vie pour tout ce que nous avons à traverser, force de vie aussi pour vivre les appels de l’Évangile, ce chemin de vie et de bonheur qu’il nous propose à nous qui voulons le suivre.
Alors c’est vrai, on s’engage dans le mariage parce qu’on s’aime et qu’on le choisit librement, mais on s’engage surtout dans le sacrement de mariage parce qu’on fait le pari de confiance que cet amour est appelé à grandir et à rayonner, qu’il est appelé à transmettre la vie et être socialement fécond, à l’école des appels du Christ Jésus, justement. Et l’on croit même que vivre l’amour en actes, entre vous déjà, Coralie et Valentin, mais plus largement avec vos proches et celles et ceux qui croiseront votre route, nous croyons que si c’est vécu dans la foi au Christ et à l’écoute de son Évangile, alors nous devenons présence de Dieu, à notre petite mesure mais vraiment quand même, c’est en tout cas la mission qu’il a laissée à ses disciples et à ses apôtres après sa Résurrection.
Voilà pourquoi nous voulons nous nourrir de sa Parole et de l’eucharistie, voilà pourquoi, aussi, nous apprenons à prier et que nous avons besoin de nous y aider les uns les autres.
Votre couple est appelé à cela, Valentin et Coralie. Apprendre à aimer comme le Christ lui-même nous a aimés. Et à vous y aider. Apprendre à nous aimer comme le Christ lui-même a aimé, c’est ce qu’on vient d’entendre dans l’évangile que vous avez choisi, Jésus qui nous dit et qui vous dit : « Mon commandement le voici : Aimez-vous les uns les autres comme moi je vous ai aimés » ; avec cet ajout qu’il fait, ou cette précision : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». Donner sa vie, pas juste se tenir là à côté, donner sa vie c’est-à-dire se donner, aimer vraiment, quoi qu’il en coûte.
Voilà ce que nous célébrons, voilà l’engagement que vous prenez et auquel nous sommes tous associés ; et il nous faut entendre que c’est cet appel-là, ce commandement, cet appel à nous aimer et nous aimer comme le Christ nous a aimés, entendre que c’est un chemin de bonheur véritable, un chemin de joie profonde…
Alors c’est vrai, vous me direz peut-être : c’est bien beau tout ça, mais ça semble un peu idyllique dit comme ça, et on sait bien que la réalité c’est que nos chemins de vie ensemble ça n’est pas si simple, on connaît tous des couples qui n’y arrivent pas sur la durée, pour tout un tas de raisons. Alors à quoi bon peut-être ?
Deux raisons, et sans doute y en aurait-il d’autres.
La 1ère c’est que justement si on apprend à aimer comme le Christ nous a aimés, on va apprendre à pardonner vraiment et à nous réconcilier ; non pas effacer et tout relativiser ou faire comme s’il n’y avait pas de problèmes, non, mais se donner les moyens de s’écouter, se parler, se faire aider, mettre des mots et décider de se redire le « oui » un jour prononcé – ce sera dans quelques instants.
Aimer de cet amour qui veut le bonheur de l’autre, en toute chose, l’autre d’abord, avant soi-même, et ce faisant, voulant servir le bonheur de l’autre comme mon propre chemin de bonheur, on va avancer peu à peu, au même rythme, ou pas trop éloigné en tout cas. Et puisque ce sera réciproque alors nulle crainte à avoir d’avance que l’autre m’écrase ou m’entraîne là où je ne saurais aller.
C’est un pari, un pari qui va à l’encontre de ce qu’on voit dans les films ou qui habite la culture ambiante où la domination sur l’autre est souvent présente, dans nos familles comme au boulot, souvent pas avouée, et vécue de façon plus ou moins consciente ou inconsciente.
Nous croyons et vous croyez, Coralie et Valentin, que vous êtes donnés l’un à l’autre comme une « aide » que Dieu veut donner, comme le disait la 1ère lecture, une aide pour la vie de tous les jours, une aide pour poser des choix ensemble, y compris ceux qui ne semblent concerner que l’un des deux, une aide aussi pour éduquer et faire grandir les enfants à venir que Dieu et la vie vous donneront, une aide encore pour discerner comment répondre aux appels de l’Évangile. Et ce faisant (c’est la 2ème raison que j’annonçais) c’est Dieu lui-même qui là se fait présent à l’un et à l’autre, par vos mains qui vont prendre soin de l’autre et le relever quand il faudra, par vos voix aussi qui vont oser des paroles de réconfort et d’encouragement, des paroles de consolation et de réconciliation et des mots d’amour qui donnent à croire qu’on compte bien pour l’autre, encore.
Dieu, aujourd’hui, s’engage avec vous. Ma présence veut le représenter et va le rendre présent par le mystère de l’eucharistie, mais plus largement que moi il s’engage concrètement avec vous par ce que vous serez et ce que vous vivrez l’un pour l’autre. C’est en cela que cet engagement est un sacrement : un signe que Dieu nous donne de cet amour qu’il est et qu’il a pour nous, et en même temps le moyen concret par lequel il se fait proche de nous et va nous aimer en acte.
Je ne sais pas ce que les uns les autres vous attendez ou n’attendez plus de Dieu, mais je vois bien que souvent on rêverait d’un dieu qui soit une sorte de super-héros qui descende-rait de je ne sais quel nuage pour nous sauver miraculeusement ; mais non, Dieu se fait présence à qui voudra bien lui faire place, à qui voudra bien accueillir les mains tendues par lesquels il vient en fait à nous. Et puis il nous appelle aussi à le recevoir dans ses sacrements, il nous invite à croire que dans ces gestes et ces paroles que l’Église prononce pour nous c’est sa force de vie et d’amour qui vient transformer nos cœurs et nous fortifier.
Alors j’insiste, l’enjeu pour notre vie à tous, pour croire plus encore et pour vivre ses appels, c’est de faire place à Dieu et déjà de le prier. Ce que nous faisons cet après-midi. Puissiez-vous, Valentin et Coralie, le vivre concrètement, à votre petite mesure mais toute votre mesure : la messe du dimanche mais aussi la prière personnelle et en couple, et puis la prière en famille si un jour vous avez des enfants.
La prière ça peut nous paraître très abstrait ou nous faire peur, mais c’est tout simple. Comme disait le pape François il suffit de fermer les yeux et de confier au Seigneur, dans le silence de nos cœurs, les merci qui nous viennent – pour ce qui est bon et beau, que la vie nous donne – ; lui confier aussi les pardons à vivre – pour toutes ces petites choses du quotidien, ou les moins petites, où nous avons manqué l’appel à aimer – ; et puis nos « s’il te plait », les intentions de prière que nous voulons confier au Seigneur, nos demandes pour telle personne ou pour telle chose à vivre, pour telle situation dans le monde ou autour de nous, toutes ces situations où nous voulons et espérons que Dieu puisse faire quelque chose. « Merci – Pardon – S’il te plaît ».
Je ne dis pas qu’avec tout ça un couple ne vivra pas d’échec et d’épreuves, mais c’est sûr qu’il sera plus armé pour affronter les années qui viennent et pour les traverser avec cette paix et cette joie promise par le Seigneur à qui vivra son commandement : nous aimer les uns les autres à son école, et nous aimer quoi qu’il nous arrive, quoi que nous ayons à traverser, mais justement, le vivre ensemble et s’en donner les moyens…
Alors je ne sais comment vous recevez ces mots, les uns les autres, je ne sais quelle est votre foi en Dieu ni même en l’amour possible pour toute la vie. Je propose qu’on prenne bien simplement quelques instants de silence et qu’on recueille chacun, dans le silence de nos cœurs, ce que tout cela vient éveiller, ce que ça vient faire remonter en nous ; éventuellement un merci, un pardon et une demande au Seigneur – pour Valentin et Coralie ou pour nous-mêmes. Bien simplement… Amen.