Voilà un film étonnant, et même déstabilisant. Avec quelques scènes magnifiques et touchantes, et pour certaines : très émouvantes. Et en même temps d’autres très longues, parfois même un peu interminables. Et puis philosophiques ! Par moments on aurait presque l’impression que chacune des phrases de la scène pourraient, à elles-seules, être un sujet de philo au bac !
Après, forcément : c’est l’histoire d’une rencontre improbable – mais très belle – entre une anthropologue parisienne devenue directrice d’un établissement pour personnes âgées souffrants de troubles neuro-cognitifs avancés et qui a passé quelques années d’études au Japon, avec une philosophe japonaise devenue metteur en scène ; et sa pièce qui se joue à Paris est très philosophique, et en plus elle aborde la question de patients psychiatriques, la question de la « normalité » et de la relation qui là se joue ou que certains veulent fuir – je crois que cette pièce de théâtre est un peu une clé du film, vous verrez.
Dans cette rencontre entre ces deux femmes, forcément, vous l’aurez compris, la philosophie ne peut pas être loin. D’autant que l’une comme l’autre ont un combat à mener, qui touche à la question de la fin de vie, à la relation à l’autre, au sens de l’existence et de cette humanité profonde et ces forces de vie qui restent présentes en nous, de façon parfois très ténue, en apparence en tout cas ; alors ça donne aussi des questions existentielles qui traversent les discussions entre elles deux, ces discussions qui tournent donc au dialogue philosophique. Et nous en devenons spectateurs, essayant de suivre et de comprendre ce qui là se dit et comment ça joue dans cette histoire de laquelle nous essayons d’être...
A ce côté qui vire « intello », vous ajoutez ce qui se joue de la culture japonaise ; je crois que c’est ce qui donne une ambiance un peu froide et distanciée dans les relations. C’est très étonnant. Et ça joue aussi sur le rythme et donc sur le côté longueurs du film...
En même temps c’est aussi un très beau film, avec une histoire qui pose des questions d’humanité profonde, notamment sur la fin de vie et le handicap, sur nos blessures aussi et comment ça joue dans nos choix et notre être-au-monde comme nos relations. Et même la construction du film est, je trouve, très intéressante ; et je l’avoue, les scènes philosophiques un peu longues prennent là toute leur place – c’est même après coup que j’ai compris l’enjeu de l’une ou l’autre, au regard de ce qui se déroulait de leur histoire et de là où ça nous emmenait.
Virginie Efira et Tao Okamoto – sublime dans son rôle – ont reçu ensemble le Prix d’interprétation féminine à Cannes, il y a quelques mois – et franchement, elles jouent très bien, et tout particulièrement Tao Okamoto qui m’aura beaucoup ému.
Je ne regrette pas d’avoir tenu et d’être resté jusqu’au bout, notamment pour la seconde partie du film où quelque chose s’est pour moi comme enclenché, avec une montée en puissance de l’histoire et des émotions – du moins ce fut mon impression à moi.
J’ajouterai enfin qu’il y a une très belle photographie, une humanité très bien filmée aussi – et notamment le dernier tiers du film – et quelques splendides paysages japonais – là encore, c’est dans la seconde partie.
Je vous laisse tenter, si vous vous sentez. Mais faut se laisser faire... C’est finalement une expérience intéressante, et même une belle expérience cinématographique, malgré tous les bémols que j’ai mentionnés au fil de ces lignes...
Ah si, si je peux rajouter une petite chose encore : que le personnage du jeune handicapé qui permet la rencontre improbable entre ces deux femmes, Tomoki, est bluffant, superbement interprété ; et c’est à mon avis un des rôles clés du film. Je vous laisse en juger.
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SOUDAIN Bande Annonce (2026) Virginie Efira
SOUDAIN Bande Annonce (2026) Virginie Efira, Film Français © 2026 - Diaphana Distribution