Samedi 17 octobre 2026, église St-Pierre à Voiron
Tb 8,5-10 / Ps 22 / Mt 5,1-16
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Je l’ai dit au début de cette célébration, je ne sais pas où vous en êtes les uns et les autres d’une foi en Dieu ou pas, du coup je ne sais pas trop non plus comment vous recevez ces textes et ce que ça peut vous dire pour ce mariage qu’on célèbre cet après-midi, mais à mon avis c’est pas tout à fait de la même façon que Jésus que nous parlerions du bonheur, et peut-être même que ce texte nous bouscule un peu si on pense au chemin de vie du mariage sur lequel vous avancez, Pierre et Justine, et sur lequel vous avez voulu associer Dieu et le célébrer.
Je dis ça, parce que ces Béatitudes, comme on dit, ça peut nous paraître un peu comme une promesse de consolation à venir, du style : sers les dents aujourd’hui, ça ira mieux plus tard. Et dis comme ça, on peut se demander pourquoi choisir un tel texte pour une célébration de mariage ! Dis comme ça, j’espère bien que ça vous choque, ce serait plutôt une saine réaction.
Alors qu’est-ce qu’il faut qu’on entende de ce texte, et plus largement des autres lecture et psaume aussi ?
Ces Béatitudes, plus qu’une vague consolation pour je ne sais quand, c’est d’abord, en fait, une sorte de charte de vie, un appel que le Christ nous adresse. Comme s’il nous disait : si tu veux vraiment être mon disciple, si tu veux vivre chrétiennement ton mariage, si tu veux vivre concrètement l’appel à aimer qui est le cœur de l’Évangile et l’unique commandement que Dieu nous adresse, alors mets ces Béatitudes en application, sois un homme de consolation, de paix, de miséricorde et de pardon ; sois aussi un pauvre de cœur, c’est-à-dire quelqu’un qui ne se suffit pas à lui-même et qui sait bien qu’il a besoin de Dieu et des autres, et qui en fait même son horizon de vie ; et pour cela, sois doux, avec les autres mais aussi avec toi-même, mais sois également assoiffé de justice, ne te contente pas de vivre ta vie de façon pépère en te protégeant et en refusant de voir le réel du monde et de prendre ta part pour qu’il y ait plus de fraternité et d’entraide concrète. Pour le dire autrement : sois acteur de salut, à ta mesure mais toute ta mesure.
Et ça, cet appel-là, il commence pour le prochain qui est là et qui m’est donné. Peut-être vous connaissez cette histoire de Jésus avec un jeune homme qui s’approche de lui et qui lui demande quel est le plus grand des commandements qu’il doit vivre pour trouver le bonheur, et Jésus lui répond le fameux appel à aimer : aimer Dieu de tout son cœur, de toute sa force et de tout son esprit, et aimer son prochain comme soi-même. Dans l’évangile de St Matthieu on nous précise-même que l’un et l’autre c’est semblable. St Jean le dira dans une de ses lettres : si tu dis que tu aimes Dieu mais que tu n’aimes pas ton prochain, alors tu es menteur, dit-il ! C’est fort ces mots !
Je reviens à ce jeune homme qui questionne Jésus. Du coup il lui dit : ok, mais qui est mon prochain ? Et Jésus raconte une parabole, une histoire, celle qu’on appelle du Bon Samaritain (vous irez lire dans votre bible, c’est en Lc 10), et là il aide le jeune homme à comprendre que le prochain c’est celui dont je me serais fait proche.
Heureux est-il, celui-ci, si je me fais proche de lui qui est en besoin de justice, de consolation, de paix, de pardon… C’est à la fois une promesse qui nous est faite, que le Seigneur nous accompagne, si je lui fais place, et qu’un bonheur est promis malgré tout, malgré les difficultés de la vie, malgré les épreuves qui surviendront, si je les traverse avec lui, le Seigneur, comme compagnon, et avec celles et ceux, aussi, qu’il mettra sur ma route.
Une promesse, donc, pour nous, mais aussi un appel, à le vivre les uns pour les autres. Être ce frère, cette sœur, qui saura se faire proche et être, à sa mesure, cette voix de Dieu qui vient consoler et encourager, cette voix de Dieu qui veut redonner confiance, être ces mains de Dieu qui veulent prendre soin et relever, encourager, remettre en route, relever...
Voilà le chemin que Dieu nous propose, avec ces mots de Jésus et plus largement au regard de ce que fut sa vie et sa façon de se faire proche les uns des autres.
Et ce que nous célébrons cet après-midi – rassurez-vous, j’y viens – c’est que dans un couple, un couple qui veut vivre en disciples du Christ, à la fois ouvert à ses promesses de vie et de salut, et en même temps appelés à en vivre autour de lui, eh bien le premier prochain qui m’est donné c’est l’autre que je m’engage à aimer, dans le bonheur et les épreuves, tout au long de notre vie ensemble.
Petite parenthèse d’ailleurs : on ne s’engage pas à s’aimer pour toujours au sens d’un amour fleur-bleue et romantique comme au soir de la première rencontre. Personne n’est naïf, on sait bien que les sentiments bougent, s’affermissent, mais sont parfois malmenés aussi par le réel de ce que la vie nous ait traverser. Mais on s’engage, et vous allez vous engager, Pierre et Justine, à vous aimer au sens de construire et vouloir construire cet amour, dans le réel du quotidien tel qu’il sera ; vous en donner les moyens et pour ce faire le choisir et le rechoisir.
Et sur ce chemin, Dieu s’engage avec vous, ce que ma présence veut signifier, au nom de l’Église que nous sommes ensemble. Dieu s’engage, à la mesure de la place que vous lui ferez, Pierre et Justine, d’où la prière de Tobie et de Sarah, en 1ère lecture, parce que nous croyons que Dieu peut porter avec nous nos joies et nos épreuves, qu’il peut nous souffler des chemins de réponses ou de discernement pour trouver comment avancer ; et nous croyons qu’il met sur nos routes ces frères et sœurs dont je parlais juste avant, qui vont être une aide, et peut-être même être, pour une part et à notre mesure à chacun, être sa présence en actes qui va ainsi répondre à nos appels et à notre prière.
Alors osons le prier, non seulement lui partager ce qui fait nos joies, bien humblement, rendre grâce de ce qui est bon et beau en nos vies, mais osons aussi crier vers lui et lui demander sa lumière, sa présence, des amitiés qui nous aident, osons lui demander aussi le courage, s’il faut, d’oser faire appel à d’autres quand nous aurons besoin.
Et déjà soyons – et demandons-lui cela –, soyons pour l’autre qui m’est donné et avec qui je veux avancer pour la suite de mes jours, soyons cette présence bien concrète qui veut prendre soin et donner d’avancer. Ce qui veut dire chercher toujours à adopter le point de vue de l’autre avant de lui imposer le mien.
Je pense là à cette phrase d’Évangile, très souvent quand Jésus rencontre un malade qu’il va guérir : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Ces mots pourraient inspirer notre ligne de conduite en toute situation, et donc déjà dans un couple, pour s’aider à avancer et vivre concrètement cet appel à s’aimer que vous allez prononcer, Pierre et Justine, dans quelques instants.
Alors c’est vrai – je terminerai ces quelques mots par là – c’est vrai qu’il y aura des moments plus difficiles que d’autres. Être chrétiens et associer Dieu à votre engagement, ne va pas vous rendre plus forts que les autres ni moins vulnérables aux tensions et aux épreuves de tous ordres qui peuvent surgir, on le sait. Mais gardez au cœur les mots du Ps 22 que nous avons chanté. Quelles que soient nos traversées, les ravins de la mort comme les chemins escarpés qui semblent sans fin, Dieu nous promet une issue, c’est notre foi, c’est ce que manifeste le mystère de la résurrection : que le mal et la mort n’ont pas le dernier mot de notre vie. Mais si nous décidons déjà de continuer la marche et de ne pas faire demi-tour trop vite, si nous nous donnons aussi les moyens de nous soutenir, humains mais également spirituels, et si nous voulons bien être aidés.
Ça ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de chutes, évidemment, ni même qu’il ne vaut pas mieux, parfois, que des chemins se séparent ; mais ne décidez rien sans Dieu que vous avez voulu associer à votre route, c’est-à-dire sans avoir prié et tout mis en œuvre pour y voir un peu clair, et notamment sans vous être fait accompagner par celles et ceux qui vous seront donnés comme une aide précieuse pour avancer.
Et surtout entrainez-vous jour après jour, quand ça va bien déjà, entraînez-vous à avancer au même rythme, à vous dire les choses, à prier et discerner ensemble les possibles, un pas après l’autre et un jour après l’autre, dans le dialogue et la confiance qui s’en donne les moyens.
Heureux serez-vous, je le crois vraiment. En tout cas Dieu et nous tous, nous le voulons pour vous, ça c’est sûr.
Mais pour ce faire, recevez-vous l’un l’autre comme une aide et jamais comme des concurrents. Soyez l’un pour l’autre – et soyons-le les uns pour les autres – soyez des pauvres de cœur, en attente et en besoin de l’autre, et réciproquement ; et soyez ainsi, soyons, des doux qui veulent œuvrer à toujours plus de justice, être artisans de paix et de pardon, et vivre aussi en miséricordieux.
Les anciens de St-Jo le savent et me voient venir, j’aime redire souvent cette définition que le pape François donnait de la miséricorde : c’est l’amour de Dieu qui console, qui pardonne et qui donne l’espérance. Et c’est à cela que le Christ-Jésus nous appelle, c’est ce qu’il a vécu et c’est ça l’amour qu’il nous commande, qu’il nous invite à vivre : consoler, pardonner, nous faire proche de l’autre, l’écouter et nous abaisser à hauteur de là où il en est, pour pouvoir nous remettre en route et continuer la marche des jours.
Alors nous prions pour vous, évidemment, Pierre et Justine. Mais nous pouvons aussi prier les uns pour les autres.
Dieu, s’il existe, ce que je crois, Dieu nous veut heureux ; et je crois qu’il nous souffle des chemins de vie ou comment y avancer. Puissions-nous juste apprendre à l’entendre et à le recueillir.
Alors prenons quelques instants de silence, fermons les yeux si ça nous aide, et bien simplement recueillons ce que ces mots font peut-être remonter en nous, bien simplement offrons au Seigneur ce qui là nous vient et nous habite. Amen.