Evangéliser ?

Publié le par Christophe Delaigue

[Ce samedi 29 août, nous organisions dans ma paroisse St François d'Assise (Bourgoin-Jallieu et environs, en Isère), une Journée paroissiale de l'appel et de la mission, une journée de formation-prière-témoignages-partage pour entrer dans l'année de l'Appel que propose notre évêque au diocèse pour l'année pastorale 2015-2016. Ce matin nous avons accueilli Hendro Munsterman, théologien néerlandais qui habite dans notre diocèse (il est l'ancien directeur du Centre Théologique de Meylan-Grenoble et a aussi été directeur de l'IPER à Lyon). Je livre ici, avec son autorisation, mes notes de son intervention, des notes qui n'engagent que celui qui les a prises et les dépose ici...]

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Journée paroissiale Appel et mission, 29 août 2015

Intervention de Hendro Munsterman sur la mission et l'évangélisation.

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Discours de J.-M. Bergoglio pendant le conclave

1. L'évangélisation c'est la mission de l'Eglise. C'est Jésus qui nous y pousse. Ce n'est pas d'abord un choix, c'est une réponse au Christ qui nous pousse à l'intérieur de nous-mêmes.

Évangéliser suppose de vouloir sortir à la rencontre et parler librement, avec courage. Aller vers les périphéries, géographiques mais aussi de l'existence humaine, celles du mystère du péché, de la souffrance, de l'injustice, de l'ignorance, de l'absence de foi, de la pensée, de toutes les formes de misères...

Quelles sont les périphéries de notre vie, en nous, et autour de nous... ?

2. Quand l'Eglise ne sort pas d'elle-même pour évangéliser, elle devient auto-référentielle et alors elle tombe malade. Dieu nous demande de ne pas être courbés sur nous-mêmes mais il nous veut debout, ouverts. Chacun, mais aussi nos paroisses, nos mouvements, notre Église...

Jésus frappe pour entrer chez nous, mais parfois il frappe de l'intérieur pour sortir. L'Eglise auto-référentielle le garde en fait pour soi, ne le laisse pas sortir, l'emprisonne...

Pour notre paroisse qu'est-ce ça veut dire ?

3. L'Eglise quand elle est auto-référentielle pense alors posséder une lumière qui lui est propre, elle cesse d'être celle qui reflète et renvoie une autre lumière, la lumière qu'est le Christ, qui ne s'identifie pas à l'Eglise comme par superposition exacte. Notre mission c'est de rayonner du Christ, de sa lumière. Pas de nous annoncer nous-mêmes (nos idées sur l'Evangile et sur ce que serait la vérité, notre mouvement ou groupe de prière qui serait mieux qu'un autre)...

4. Le missionnaire devrait être un adorateur du Christ qui le contemple, et qui permet ainsi à l'Eglise de sortir toujours plus d'elle-même pour rejoindre les périphéries et évangéliser.

L'Eglise est comme une mère qui accueille, qui écoute, qui accompagne.

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Quand on parle d'évangéliser, qu'est-ce que ça peut impliquer ?

Cf. La Joie de l'Evangile. C'est un texte qui veut nous orienter pour la mission.

Au n.24 : l'Eglise est en sortie. C'est la communauté des disciples missionnaires qui prennent des initiatives, qui s'impliquent, qui accompagnent, qui portent du fruit et qui fêtent.

Quand suis-je, moi mais aussi avec les autres (en Fraternité, en groupe de prière, en paroisse), en sortie vers les autres ? Quand est-ce que je vis tout cela ? Et comment ?

Se mettre dans la vie quotidienne des autres, raccourcir les distances, s'abaisser vers l'autre (jusqu'à l'humiliation si nécessaire), assumer la vie humaine, le monde, car l'Eglise n'est pas un projet contre le monde mais pour le monde, dans le monde. Assumer jusque dans les souffrances qui traversent la vie de ceux qui sont là autour de nous.

Au n.49 : sortir pour offrir à tous Jésus Christ. Sortons, même si nous faisons des erreurs. Essayons, allons. Arrêtons de nous agripper à nos sécurités, nos habitudes aussi (les "on a toujours fait comme ça"). Autour de nous il y a une multitude d'affamés, et Jésus nous dit : " Donnez-leur vous-mêmes à manger" !

Dans notre Eglise et en France notamment, nous assistons à un grand changement. Notre monde change et notre positionnement aussi. Plusieurs attitudes possibles : par exemple celle du rétroviseur (c'était tellement mieux avant, croyons-nous ; oui il y a eu des bénédictions mais nous ne sommes plus dans ce temps là) ; ou alors celle de croire que, oui, il nous faut avancer, vivre aujourd'hui. Comme une Eglise en pèlerinage, à la fois en marche mais dont on ne sait pas forcément ce qu'on va voir, manger, qui on va rencontrer, ni même si on est encore sur le bon chemin, ou si on va y arriver, mais une marche fixée sur le Christ et sur un but qu'on voudrait atteindre avec ce qui nous sera donné.

Notre vie ecclésiale n'est pas figée, notre diversité peut être une force, nos pauvretés actuelles aussi, c'est en mouvement ; en tout cas il faut avancer et accepter de se laisser bousculer, bouger.

Évangéliser, ok, mais qu'est-ce que ça veut dire ? Comment ?

Dans un entretien avec Scalfari, dans La Republica, le pape nous dit : apprendre à se connaître les uns les autres, s'écouter, faire grandir la connaissance du monde que nous portons chacun, se rencontrer, élargir nos cercles de pensée et notre vision des choses qui peut être étriquée.

Évangéliser c'est vivre une œuvre de transformation. Il s'agit non pas de former des gens à dire des vérités parce qu'on les leur aurait apprises et transmises, non, il s'agit de permettre à des hommes et des femmes de se tenir debout, de découvrir que le Christ est déjà présent à leur vie. Les mots seront nécessaires quand cette prise de conscience se fera ou parce qu'elle se fera. Évangéliser c'est avoir cette conviction première que le Christ est là dans la rencontre que nous allons vive, et donc qu'il me faut le rendre présent à mes rencontres et lui demander non seulement qu'il m'accompagne, mais qu'il souffle et qu'il le donne même de le découvrir dans l'autre.

Vatican II disait déjà des choses de cet ordre là dans Gaudium et spes (et même dans Lumen gentium) à propos de la rencontre des cultures.

Deuxième certitude de foi : croire que l'Esprit saint a encore des choses à nous dire, dans la prière évidemment, mais y compris dans ces rencontres de l'autre et dans le dialogue, pour une fécondation mutuelle.

Nous avons beaucoup de choses à donner, mais aussi d'autres à recevoir. Il nous faut nous plonger dans le monde tel qu'il est, pour y vivre note foi, pour témoigner d'un Dieu qui aime le monde (Dieu n'a pas rêvé le monde, pour y envoyer son Fils, mais il l'a aimé). Et c'est en assumant notre humanité que le Christ l'a relevé, allant à la rencontre, se fixant sur le Père, osant des paroles et des gestes qui se relèvent qui vont donner à découvrir petit à petit Dieu qui est là, Dieu qui donne sa force de vie, etc.

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Quelques convictions personnelles conclusives [de l'intervenant toujours] :

  • L'Eglise n'est pas d'abord une institution. Elle est une communion à vivre entre nous et avec Dieu, avec l'institution, les ministères, les responsabilités, les services des uns et des autres, au service de cette communion. Il y aura des peurs et des frictions, pas étonnant si nous sommes en marche. On a besoin de chacun, dans notre diversité, mais est-ce que nous osons appeler, ou nous aider à discerner comment et où avancer ?
  • L'Eglise n'est pas une contreculture, l'Eglise n'est pas non plus un lieu d'uniformisation où il faudrait que l'autre soit sur mon moule à moi. Quels lieux dans nos paroisses pour accueillir l'autre comme il est pour qu'il puisse se sentir aimé pour entendre une Parole de vie ; pas d'abord un jugement posé qui va mettre un mur où l'autre va se sentir d'avance exclu et du coup ne pourra pas entendre la Bonne Nouvelle qui est aussi pour lui ? Notre mission c'est de permettre à l'autre de se mette sur les raiLs de Dieu pour qu'il se laisse transformer par Dieu lui-même. Voilà ce que nous avons à servir, la relation de Dieu à l'humanité.
  • L'Eglise n'est pas le centre. Elle est au centre des l'existence et au cœur de sa mission quand elle va aux périphéries, quand elle se trouve dans des lieux où des formes de pauvreté existent et sont peut-être même cachées. L'Eglise est elle-même quand elle comprend que la périphérie est le lieu où le Christ veut être et même le lieu où il est.
  • L'Eglise est en pèlerinage, elle doit accepter de rester en marché de se déplacer et se laisser déplacer.
  • Notre mission : pas d'annoncer des doctrines, mais annoncer que Dieu a tant aimé le monde qu'il veut s'y rendre présent ou plutôt qu'il veut s'y donner à découvrir. Notre mission n'est pas d'annoncer des vérités mais d'annoncer la Vérité qu'est le Christ, c'est une personne, celui qui nous a annoncé qui est Dieu, un Dieu solidaire avec le monde et qui s'engage. Sommes-nous possédés par la Vérité ou pensons-nous posséder la vérité (en fait : des vérités).

Ouverture finale / L'hymne à la charité de Paul en 1Co13 :

A la fin de cette page biblique, quelques mots sur notre indication quant à notre présence dans ce monde : quand j'étais enfant, je vivais et pensais en enfant... à présent nous voyons comme dans un miroir (c'est-à-dire un verre poli de l'époque qui permet de voir à peu près qui je suis), en énigme, mais alors ce sera face à face ; donc aujourd'hui nous voyons les choses de Dieu et du monde un peu, de façon partielle qui s'approche de la vérité, mais alors, quand je serai avec Dieu, je comprendrai, je verrai enfin le sens des choses, la vérité quant à Dieu et quant aux hommes ; pour l'heure je suis en pèlerinage, j'essaye d'avancer, de comprendre, de rencontrer, etc.

Jésus que j'ai rencontré je ne pourrai le comprendre pleinement que plus tard. Certes je l'ai découvert et je veux le faire découvrir, certes il me faut nourrir ce chemin avec le Christ que je vis et que je veux vivre dans les rencontres qui viendront, donc il faut la Parole, il faut la communauté, il faut la prière et les sacrements, mais au service de mon pèlerinage, de notre pèlerinage, dans ce monde et à la rencontre de celles et ceux qui sont au périphéries et qui ont eux aussi quelque chose à me faire découvrir de Dieu et de moi.