Homélie Toussaint 2017

Publié le par Christophe Delaigue

 

Mercredi 1er novembre 2017 / Fête de la Toussaint

 

Ap 7,2-4.9-14 / Ps 23 (24) / 1Jn 3,1-3 / Mt 5,1-12a

 

Cette page d’évangile, ces Béatitudes, cela m’a toujours interrogé... Peut-être pas vous, mes sœurs, car vous êtes sans doute des spirituelles avancées, ou du moins votre choix de vie vous le permet mieux ou plus que pour beaucoup d’entre nous, mais nous, justement, nous autres, est-ce que le bonheur que nous recherchons ou que nous espérons c’est vraiment de l’ordre de ces béatitudes ? Il me semble que spontanément ça paraît… décalé avec le réel que nous vivons… !?

 

Pour comprendre ce que Jésus veut nous dire on pourrait par exemple commencer par se demander de quoi il s’agit quand il nous dit « Heureux les pauvres de cœur »… De quelle pauvreté parle-t-il ? Et à propos de la persécution : heureux, vraiment, celles et ceux qui sont ou qui seront persécutés ? Comment l’entendent-ils nos frères et sœurs du Moyen-Orient, en Syrie, en Irak et ailleurs, en Afrique aussi ? Entendent-ils une consolation pour demain, une sorte de « c’est pas grave » qui pourrait conduire à vivre dans une espèce d’attente passive et du coup un peu suicidaire ?

 

C’est quoi ce bonheur qui nous est promis ? Et d’ailleurs, pas vous mes sœurs, mais nous autres, est-ce que nous y croyons vraiment que Dieu a quelque chose à voir avec notre bonheur, dans l’au-delà à venir, sans doute, mais aussi dès aujourd’hui ?

 

Notre bonheur, si j’en crois Jésus, et si nous sommes ses disciples, c’est le salut promis par Dieu, cette libération que nous découvrons petit à petit dans sa Parole, ce salut dont a parlé la 1ère lecture et qui concerne une multitude quasi indénombrable, cette foule immense qui peut voir son Seigneur.

 

Et ce bonheur, vous le savez, nous croyons que c’est même quelqu’un, c’est Jésus lui-même : il est le salut promis par Dieu et déjà offert, il est celui par qui Dieu nous parle pour nous dire à quel bonheur nous sommes destinés et pour nous dire quel chemin de vie et de libération nous est proposé...

 

Ce bonheur, nous dit Jésus dans les évangiles, il commence dans le compagnonnage et l’amitié avec Dieu, et pour cela dans le compagnonnage et l’amitié avec lui, Jésus ; dans cette confiance à faire grandir qu’avec lui, Jésus, la vie est et sera quoi qu’il arrive plus forte que tout mal. Non pas qu’il n’y aura plus d’épreuves ni de souffrance, ou qu’il n’y aura pas des découragements dans nos combats pour la justice, mais au cœur de tout cela il nous donnera la paix, le repos – comme disait le verset de l’Alléluia.

 

Voilà d’ailleurs qui étaient les saints, celles et ceux que nous fêtons aujourd’hui ! Pas des gens meilleurs que nous, pour ceux qui sont béatifiés ou canonisés par l’Eglise car ils sont des aînés, des exemples et même des amis d’un Ciel et que leur vie nous montre des chemins possibles ; pas des gens, donc, qui seraient en soi meilleurs, mais des chercheurs de Dieu, comme nous ; des gens qui ont souffert, comme nous ; des pécheurs aussi, comme nous ; des hommes et des femmes qui ont voulu faire grandir concrètement le Royaume de Dieu qui nous est confié.

 

Oui, les saints ce sont des croyants qui ont su faire de Jésus leur ami de chaque jour, leur essentiel, même ; ces hommes et ces femmes qui ont reconnus que tout seuls leur vie ne pouvait pas trouver son sens et que c’était dur d’aimer en vérité et même de vivre, qu’ils avaient besoin de Dieu, qu’ils avaient besoin de la force de son Esprit Saint, qu’ils avaient besoin de la présence de Jésus à leurs côtés, qu’ils avaient besoin de la puissance des sacrements comme lieux où Dieu se rend présent, présent à ce que nous vivons, pour apprendre à le rencontrer et à vivre à sa suite.

 

La question, du coup, qu’ils nous posent ce soir, les saints, c’est : voulons-nous, voulez-vous vraiment, vous aussi mes sœurs, être de ces hommes et de ces femmes qui ont compris qu’ils ne trouveraient par leur bonheur eux-mêmes, à la force de leur bras, mais que le bonheur véritable peut nous venir de Dieu lui-même et cela même au cœur des épreuves ou des découragements ? Voulons-nous vraiment, voulez-vous être et devenir toujours plus des amis de Jésus et vous appuyer sur lui seul, en osant quoi qu’il arrive lui confier vos peurs, vos attentes, vos demandes... inlassablement ?

 

Alors, de fait, avec lui, Jésus, nous serons miséricordieux et artisans de paix, sa paix à lui, telle qu’il nous soufflera de la faire grandir. Alors, oui, la persécution ne signera pas l’échec ou la fin de tout, car nous vivrons toujours plus dans cette espérance et cette confiance qui est le cœur de notre foi qu’avec Jésus, je le redis, quoi qu’il arrive, la vie et le don de soi par amour sont et seront plus fort que tout mal et que toute mort, et qu’avec lui, Jésus, nous sommes promis à la vie éternelle, cette récompense dont parlait la fin de notre évangile.

 

La vie éternelle, justement… La vie éternelle, Jésus nous a dit dans l’évangile de Jean que c’est de connaître Dieu le Père et celui qu’il a envoyé, lui Jésus ; c’est-à-dire les rencontrer, vivre en relation et même en intimité avec eux. C’est votre vocation, mes sœurs, d’être signe de cela pour nous tous, dans le don de votre vie ici au carmel…

 

Vivre en relation et en intimité avec Dieu, ce sera pleinement le cas dans l’au-delà, mais c’est dès aujourd’hui. Et les saints ne sont-ils pas justement ceux qui ont compris cela, de façon radicale parfois, celles et ceux qui voulaient vivre déjà de cette vie éternelle et qui s’en sont donnés les moyens ? Car de fait cette promesse de vie éternelle elle est déjà commencée : nous pouvons déjà apprendre à vivre avec Dieu, dans la prière et l’écoute de sa Parole ; par les sacrements aussi, notamment l’eucharistie, qui sont le lieu privilégié pour cela ; et nourris de la présence même de Jésus, sous l’action de l’Esprit Saint que nous allons prier dans quelques instants, nourris de la présence mystérieuse mais réelle de Jésus, nous pourrons alors être avec lui et comme lui des artisans de bonheur pour ceux que nous allons rencontrer, et nous pourrons faire advenir avec lui plus de justice véritable ; car nous seront pour eux, ensemble et avec Jésus, les mains dont Dieu a besoin aujourd’hui pour prendre soin de ce monde et de chacun ; et ensemble et avec lui nous serons aussi  la voix de Dieu aussi pour que résonnent des paroles de vie, d’espérance et de consolation.

 

Et par là-même, comme beaucoup de grands saints, nous découvrirons petit à petit que dans ces rencontres Dieu lui-même est présent, mystère étonnant, mystère étonnant d’une présence qui se dit et se donne par les plus pauvres, c’est-à-dire par les plus faibles et les plus petits, ceux qui ont justement besoin qu’on prenne soin d’eux mais celles et ceux aussi qui savent recevoir comme un don de Dieu ou de la vie les petites choses de chaque jour qui font du bien…

 

Alors je vous le demande ce soir : voulez-vous devenir des saints ? Voulons-nous vraiment être amis de Jésus jusque dans ce don de nous-mêmes ?

 

Je vous propose qu’on laisse tout simplement résonner ces mots en nous, maintenant, dans le silence ; qu’on laisse monter en nous ce qu’ils éveillent. Et tout simplement nous confions tout cela au Seigneur pour que tout à l’heure il nous donne de vouloir renouveler notre désir de vivre avec lui, et que tout à l’heure quand nous nous approcherons pour communier, nous ayons vraiment et toujours plus conscience que Jésus lui-même veut se faire proche de nous, pour avec nous se rendre proche de tout homme ; c’est bien ce que nous disent les saints par toute leur vie…

 

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La photo illustrant cette homélie a été prise en juillet 2014. Il s’agit du monastère de Moldovita, en Bucovine, dans le nord de la Roumanie (moldave).

Publié dans Homélies

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