Discerner le Corps du Christ

Publié le par Christophe Delaigue

Quand nous participons à l'eucharistie et que nous nous approchons pour communier, que se passe-t-il ? Dans quel état d'esprit sommes-nous ? Quand je reçois le pain consacré - et le vin - c'est le Christ qui est là, bien mystérieusement, en réponse à la promesse du dernier repas, la veille de sa Passion. Il se fait notre nourriture pour nous rejoindre chacun au plus intime de nous-mêmes. Mais n'y a-t-il pas plus que cela, plus que cette relation de lui à moi ? Une oraison conclusive du temps ordinaire nous rappelle en effet que nous sommes invités à devenir ce que nous avons reçu, le Corps du Christ. C'est donc que la présence réelle ne se limite pas à ce bout de pain mais qu'ensemble, en Eglise, nous sommes la présence du Christ Ressuscité en ce monde, et c'est bien pour cela qu'il nous faut le connaître et le rencontrer : dans la prière, dans la Parole, dans l'eucharistie où il vient nous transformer de sa présence, par l'action de l'Esprit Saint qui nous est promis et que nous recevons si nous le demandons.

http://www.laprocure.com/cache/couvertures/9782204092661.jpgNos frères protestants vivent mal le fait qu'une hospitalité eucharistique ne puisse se vivre de façon normale ou courante entre nos Eglises. Tout comme nous vivons mal le fait que nos frères Orthodoxes nous la refusent aussi. Derrière cette question de la communion eucharistique se cache justement celle de la communion ecclésiale.

Un document important vient de sortir intitulé Discerner le Corps du Christ. Il émane du très officiel Comité Mixte catholique lutéro-réformé en France, instance de dialogue théologique et pastoral. On attendait depuis de nombreuses années une "clarification" officielle sur ces questions d'inter-communion ou - de façon plus juste dans le vocabulaire - d'hospitalité eucharistique. La préface du document commence par ces mots : "L'impossibilité de célébrer une même eucharistie et les difficultés de nous accueillir mutuellement à la même table eucharistique constituent pour les chrétiens catholiques et protestants de la Communion luthéro-réformée une vraie souffrance. Il y a quarante ans, le Comité mixte s'était déjà attelé à cette question dans le but de mieux faire comprendre les disciplines de chaque Eglise. Dns un contexte bien différent, les Eglises qui mandatent ce Comité ont, à nouveau, souhaité que soit reprise cette question si importante pour l'avenir de notre rapprochement".

Le texte pourra surprendre ceux qui oseront s'y aventurer. En effet, le document ne traite pas à proprement parler de la question de la communion eucharistique sinon comme point de départ ; il s'agit bien plus d'une étude - ou d'un ensemble d'études - sur les questions sensibles et non moins importantes liées à la communion ecclésiale. On peut le comprendre aisément : si l'hospitalité eucharistique n'est pas souhaitée ni souhaitable pour l'instant c'est bien parce que nous ne sommes pas encore ecclésialement en communion. Ainsi il nous faut nous comprendre sur des questions telles les ministères, l'ordination, les sacrements, la succession apostolique - tous ces sujets qui sous-tendent la réflexion sur la communion ecclésiale et qu'il nous faut accepter de regarder en face aujourd'hui si nous voulons avancer vers une plus grande communion et, du coup, vers une possible communion eucharistique un jour partagée.

Le document nous offre une série d'études catholiques et protestantes qui nous pemettent de mieux comprendre nos positions respectives et donc de mieux nous connaître. Ce livre est donc précieux car nous y trouvons un certain nombre de synthèses qui peuvent aider le lecteur et le croyant à mieux appréhender sa propre tradition confessionnelle ainsi que celle avec laquelle se fait ce dialogue.

On pourra toutefois regretter qu'un sujet crucial ne soit toutefois pas abordé si ce n'est très brièvement évoqué, à savoir la question du baptême. C'est quasiment le point aveugle de ce texte alors qu'il est incontournable pour une réflexion quant à l'appartenance ecclésiale.

Le débat est donc encore en chemin, avec cette nouvelle balise française que nos Eglises posent aujourd'hui. Reste maintenant à savoir comment ces pages seront accueillies et reçues dans nos diverses traditions confessionnelles et ecclésiales, en France mais aussi à un niveau plus large.

Publié dans Théologie, Oecuménisme

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