Homélie mercredi des cendres 5 mars 2014

Publié le par Christophe Delaigue

Mercredi 5 mars 2014 - Cendres / Année A

Bourgoin-Jallieu, église Notre-Dame

Jl 2,12-18 / Ps 50 (51) / 2Co 5,20 – 6,2 / Mt 6,1-6.16-18

En ce début de carême, je suis touché par cet appel de la 1ère lecture : « Revenez à moi »… On dirait une supplication de Dieu, comme s’il disait à chacun d’entre nous : « Reviens vers moi, s’il te plaît ; reviens, je t’en prie »… Spontanément je me dis : « Mais… ? Serions-nous partis ? Me serais-je éloigné de Dieu ? »… D’où cette question que nous pouvons chacun, je crois, nous poser : dans ce qui fait notre vie de chaque jour, dans ce qui fait notre quotidien, qu’est-ce qui nous éloigne de Dieu ? Ou, pour le dire autrement, quelle place Dieu a-t-il dans ce que nous nous donnons de vivre, quelle place arrive-t-on à lui laisser malgré la frénésie des jours ?

Nous sommes invités en ce temps de carême à revenir à lui. Et donc, déjà, à croire qu’il nous attend, chacun, avec ce que nous sommes. Qu’il nous attend, peut-être, au-delà de la place que nous lui laissons déjà aujourd’hui…

Pour revenir à lui, pour vivre ce temps de carême comme un temps où Dieu m’appelle à lui faire une plus réelle place dans mon quotidien, ou à lui faire encore un peu plus de place, quels moyens vais-je me donner ?

L’évangile qu’on vient d’entendre nous en propose trois, qui n’appartiennent d’ailleurs pas en propre à la tradition chrétienne. Trois façons, trois chemins qui sont complémentaires pour rendre Dieu présent à ce que nous vivons : l’aumône, la prière et le jeûne… L’aumône, pour le dire autrement, c’est le partage avec celui qui est dans le besoin, ce frère, cette sœur en humanité qui est « pauvre », c’est-à-dire en manque de quelque chose dont il a besoin pour vivre pleinement. L’aumône ça n’est pas que matériel, c’est aussi de l’ordre d’une présence, d’une main tendue, d’une attention réelle à l’autre comme quelqu’un qui compte. Qui sont-ils ceux qui sont là autour de nous qui manquent de l’essentiel pour vivre, ou qui souffrent de l’exclusion, de la maladie ou d’un regard sur eux qui les juge et les enferme ? Prendre soin de son prochain, aimer son prochain, c’est comme une « preuve » de notre désir et de notre capacité d’aimer Dieu qui nous dit que je ne peux l’aimer, lui Dieu, en vérité, si je n’aime pas mon prochain. L’aumône c’est bien de cet ordre là : poser des actes concrets qui disent ma vie en conformité à l’évangile, des gestes concrets qui manifestent cette présence de Dieu qui a besoin de nos mains et de nos voix humaines pour se dire aujourd’hui et prendre soin de chacun, quel qu’il soit.

Ceci dit, je peux aimer mon prochain, je peux faire plein de choses pour les autres, sans pour autant revenir à Dieu, sans pour autant laisser une place à Dieu dans ma vie quotidienne. Il n’y a pas besoin d’être croyant pour être « solidaire » ou « humanitaire ». D’où l’appel de Jésus à la prière et au jeûne. Prier c’est croire que Dieu est là et c’est tout simplement lui partager ma vie et mes aspirations au bonheur. C’est aussi oser lui crier mes incompréhensions et mes besoins. Parce que je crois qu’il m’entend. Je ne sais ce qu’il me répondra ni comment, ni ce qu’il jugera bon pour moi ou faisable pour moi, mais c’est oser croire que ce que je vis l’intéresse. C’est croire qu’il est bien quelqu’un et c’est décider de se tenir en sa présence.

Le jeûne, du coup, c’est prendre du temps pour creuser en moi la soif et la faim véritable, celle de Dieu et d’un sens à ma vie. C’est me « priver » de ce qui n’est pas l’essentiel ou qui m’empêche de voir cet et d’entendre cet essentiel, c’est faire de la place, c’est faire le vide de ces choses matérielles de mon quotidien qui viennent prendre toute la place dans ma vie et en moi, c’est creuser en soi un espace pour entendre en moi mes désirs profonds et pour, en même temps, vivre une communion réelle avec ceux qui manquent de tant de choses.

L’aumône, la prière et le jeûne, donc. Trois chemins complémentaires et sans doute indissociables pour faire retour vers Dieu. Pour lui faire une réelle place et vivre très concrètement les appels de l’évangile.

La 2ème lecture qu’on a entendue ce soir ajoute une 4ème façon de revenir à Dieu. Après l’appel du livre de Joël à revenir à Dieu, c’est le deuxième appel qui me frappe pour cette entrée en carême. Paul nous dit : « Au nom du Christ, nous vous le demandons, laissez-vous réconcilier avec Dieu ». Je trouve que c’est fort ces mots de Paul : « nous vous le demandons » ; ça sonne comme un : « nous vous en supplions ». Et la suite est intéressante : « laissez-vous réconcilier ». On dirait que Paul est en train de pointer du doigt que ce n’est pas qu’une histoire de notre volonté ou de notre seul désir ou de notre envie. C’est du côté de Dieu. Il s’agit de se laisser faire, et de lui faire confiance. Il nous appelle à revenir à lui, et dans ce mouvement de retour vers lui, ce mouvement de conversion, il veut nous réconcilier avec lui, c’est-à-dire refaire la relation, retisser nos liens avec lui, et nous redire avec force son amour pour nous et sa confiance en nous, alors même que parfois nous nous éloignons de lui et que nous avons parfois tant de mal à vivre pour de vrai les appels de l’évangile qu’il nous adresse pourtant. La question que nous pose Paul dans ces mots, c’est celle de savoir si nous acceptons de nous laisser faire, c’est-à-dire de lui faire confiance, et si nous acceptons de demander humblement à Dieu sa force, sa présence, son pardon…

Revenez à moi de tout votre cœur, nous dit Dieu. Laissez-vous réconcilier avec lui, ajoute Paul, laissez-vous faire au nom du Christ et de l’évangile, au nom du Christ qui va cheminer avec nous pendant ce temps de carême, le Christ qui veut nous faire comprendre un peu mieux sa résurrection que nous fêterons à Pâques, le Christ qui veut déjà nous y faire goûter, à cette résurrection, si nous le voulons bien. Or la réconciliation avec Dieu et avec ceux qui m’entourent, c’est déjà résurrection.

Pour finir je vous repose mes questions de tout à l’heure : qu’est-ce qui m’éloigne de Dieu, dans mon quotidien ? Et du coup, quelle place vais-je lui laisser dans ce temps de carême, comment vais-je vivre ces 40 jours qui me sont donnés pour me préparer à vivre Pâques comme une fête avec Dieu qui me veut debout, vivant et relevé ; et comment accueillir ce qui me sera donné à Pâques comme une Bonne Nouvelle ? …

Me viennent ces mots : « Viens, Seigneur, nous éclairer, chacun »…

Publié dans Homélies

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