Homélie dimanche 21 mars 2021

Publié le par Christophe Delaigue

Dimanche de la 5ème semaine de Carême - Année B

Jr 31,31-34 / Ps 50 (51) / He 5,7-9 / Jn 12,20-33

 

Aucun doute possible, la fête de Pâques est désormais toute proche. On l’a entendu dans l’évangile, pour Jésus qui est à Jérusalem ; et les textes de ce jour nous orientent clairement et nous tendent vers ce mystère qui est le cœur de notre foi en même temps qu’il en est la source et le sommet.

La fête de la Pâque(s) est proche, oui, et comme dit Jésus dans l’évangile : « L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié ». Et c’est lui que nous sommes invités à contempler dans cette espèce de parabole du grain de blé, c’est lui qui va mourir et porter beaucoup de fruit, c’est lui qui va perdre sa vie et s’en détacher en ce monde pour nous dévoiler le chemin, le passage en vie éternelle.

« L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié », cette heure où il va s’offrir, comme a dit la lettre aux Hébreux, cette heure où il va crier vers Dieu – à Gethsémani comme sur la Croix –, cette heure où il va être exaucé, devenant cause de salut.

Oui, « L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié » et cette gloire n’est pas un acte de puissance spectaculaire, hollywoodien, qui va impressionner les foules et convertir les sceptiques, c’est une vie qui est prise, une vie qui se donne, une vie qui meurt mais qui va pourtant porter du fruit, mystérieusement, étonnamment, un fruit impensable et inimaginable à vue humaine : la résurrection, le salut…

La résurrection et le salut qui appellent notre foi, notre confiance. Un mystère de vie qui peut devenir pour nous un moteur de vie – je le crois vraiment –, un moteur de confiance et d’espérance pour notre marche de chaque jour et quoi qu’il nous arrive, quelles que soient nos traversées...

Nous sommes tous pareils, spontanément en tout cas. Tous nous rêvons plus ou moins, un jour ou l’autre, de gloire, de réussite, d’une vie heureuse et belle, nous rêvons d’être comblés. Et nous sommes un jour ou l’autre confrontés à nos limites, à notre fragilité, à la souffrance – la nôtre ou celle de ceux qui nous entourent. Et nous n’y comprenons rien, nous mettons toutes nos forces à essayer de nous en sortir, sauf que parfois, pour ne pas dire souvent, nous nous décourageons, voire nous désespérons ; or c’est pourtant là que tout se joue de notre vie, que tout se joue du poids de notre vie, de son sens.

Jésus nous ouvre un chemin, il nous indique une route à suivre. On vient de l’entendre d’ailleurs : « Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive ; et là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera ».

Où est-il ? Et que veut-il nous dire ? Quand Jésus prononce ces paroles il est en chemin vers sa mort et, nous le savons, vers sa résurrection. Pour entrer en vie éternelle avec lui, pour entrer dans cette promesse de résurrection qui peut donner sens à ce que nous aurons à vivre, à traverser et même à affronter, il nous faut nous tenir en son lieu à lui, son chemin à lui, qui passe par la Croix.

Non pas que Dieu veuille que nous souffrions, non, Dieu nous veut vivant et libérés du mal. Non pas qu’il veuille que nous souffrions, mais que dans ces chemins de souffrances qui font partie de toute vie, nous entrions dans son chemin à lui. C’est-à-dire que nous puissions l’associer, lui demander qu’il nous guide et nous accompagne, et nous laisser faire. Nous laisser faire pour de vrai, accepter que nous ne nous en sortirons pas nous-même à la seule force de nos bras ou de notre volonté propre. Et que là, dans ce réel-là, Dieu va se révéler à nous.

Voilà ce qu’est l’obéissance dont parle la 2ème lecture, cette obéissance que Jésus a apprise par la souffrance. C’est la remise de sa vie à celui qui lui seul peut nous libérer de l’emprise du mal, dans l’écoute de sa présence et de ses appels. C’est la remise de sa vie en confiance qu’il ne nous abandonnera pas, qu’il est avec nous pour tout-jours, comme il l’a promis. C’est la remise de sa vie dans l’apprentissage de la confiance et dans le consentement au réel tel qu’il est là, où Dieu veut et peut là nous rejoindre. Si nous lui laissons place. Et que ça passera de bien des façons, que ce soit par l’expérience de sa présence en nous, que ce soit aussi par l’aide et la présence des uns et des autres autour de nous…

Ce ne sont pas que des mots ou des belles paroles de consolation facile, vous le savez mes sœurs et vous connaissez un peu ma traversée de la maladie depuis 5 ans. Je crois que c’est cela que j’ai appris de tout cela, petit à petit – j’ai envie de dire : que j’ai appris à apprendre. Vivre humblement le présent, dans l’écoute confiante de ce que le Seigneur promet et dans ce qui sera donné chaque jour. Vivre humblement le présent dans l’apprentissage de la confiance que Dieu sauve et guérit, pas forcément comme nous le voudrions nous, mais réellement pourtant. Avancer au jour le jour, avec Dieu, en acceptant de mourir à nos projets, à l’image de nous-mêmes, en faisant l’expérience de ne pas y arriver nous seuls, à la seule force de nos bras et de notre volonté. D’être obligé de s’en remettre pour de vrai à Dieu.

Dieu qui sauve. C’est l’expérience même de Jésus en sa Passion et sa résurrection.

Dieu qui sauve, mais de façon souvent imperceptible et discrète, comme une semence en terre qui va prendre son ampleur au fil des jours, des semaines et des mois. Un « pas-grand-chose » qui va pourtant finir par porter du fruit. Pas le nôtre, pas celui que nous aurions voulu, comme nous aurions pensé, mais celui de Dieu, celui que Dieu permettra. Le fruit de la confiance en lui et en cette Vie qui quoi qu’il arrive nous traverse bel et bien, même amoindrie ou fauchée, et même douloureuse. Mais qui est bien là, plus forte que le mal qui peut-être nous cloue au sol et parfois nous décourage ou nous désespère.

Avec Jésus et comme lui, nous avons le droit de crier vers Dieu, nous avons le droit de faire monter vers lui notre supplication. Mais l’enjeu sera, comme le Christ, de consentir à laisser Dieu faire, à son heure et comme il pourra, comme il voudra.

Il s’agit pour nous tous d’apprendre à consentir à traverser ce que la vie nous donne de traverser, et non pas à subir, en confiance que nous n’y sommes pas seul et que Dieu exauce, que Dieu le Père promet et donne son salut.

Et nous connaissons la fin de l’histoire, nous savons que c’est l’Esprit Saint qui a ressuscité Jésus d’entre les morts, l’Esprit Saint qui est la force de vie et d’amour de Dieu. C’est lui que le prophète Jérémie annonce dans notre 1ère lecture de ce jour, c’est lui cette Loi nouvelle qui sera inscrite en nos cœurs et qui nous donnera de connaître Dieu et d’entrer dans ses promesses de salut.

Alors prions et invoquons l’Esprit Saint. Demandons au Seigneur qu’il soit notre force dans ce que nous avons chacun à vivre et que nous déposons dans cette eucharistie. Qu’il nous ouvre à la Présence du Ressuscité qui veut porter avec nous le poids des jours et qui nous donnera de porter du fruit, celui de sa vie en nous, celui d’un salut. Amen.

Publié dans Homélies

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