Homélie dimanche de Pâques 2021

Publié le par Christophe Delaigue

Homélie dimanche de Pâques 2021

Dimanche de Pâques 4 avril 2021

[Carmel ND de Surieu]

Ac 10,34a-37-43 / Ps 117 (118) / Col 3,1-4 / Lc 24,13-35 [*]

 

Depuis mon réveil, ce matin, une question m’habite : comment peut-on croire en la résurrection ?

Non pas que je n’y crois pas, au contraire, c’est même ma force de vie et ce qui donne sens à ma vie, c’est ce que j’aime appeler « mon moteur de confiance et d’espérance ». Et de fait, je le crois vraiment, ça change tout que de croire, croire profondément, que la vie est plus forte que tout mal et que toute mort, même au cœur de toute traversée.

Mais comment notre monde et beaucoup autour de nous peuvent-ils entendre cela, comment peuvent-il croire en cette Bonne Nouvelle quand Dieu n’est plus qu’une idée pour certains et qu’il n’est même plus une hypothèse pour beaucoup, du moins dans notre société occidentale et notamment en Europe ?

De fait, c’est vrai, la résurrection c’est incroyable ! Mais c’est incroyable dans les deux sens du terme, à la fois incompréhensible, impensable, impossible, car improuvable, et pourtant tellement fou, tellement génial, tellement une Bonne nouvelle !

La résurrection, ça peut rester des mots, ça peut être une belle idée, une éventuelle belle consolation pour un à-venir qui nous fait peur, celui de la mort notamment, une hypothèse, un pourquoi-pas… Mais c’est peu, du moins pas sûr que ça tienne longtemps. Et il me semble que c’est bien le problème de la foi qui se perd dans nos familles et autour de nous.

Car la résurrection c’est d’abord une expérience et une confiance à mettre en ce que nos cœurs peuvent pressentir d’une Présence qui est là, celle du Christ ressuscité.

Et je crois que là notamment, nos deux pèlerins d’Emmaüs ont quelque chose à nous enseigner. Ils savaient, ils savaient déjà le fait « résurrection », les mots, l’idée : « des femmes de notre groupe, disent-ils, nous ont rempli de stupeur. Quand, dès l’aurore, elles sont allées au tombeau, elles n’ont pas trouvé son corps ; elles sont venues nous dire qu’elles avaient même eu une vision : des anges, qui disaient qu’il est vivant » … C’est in-croyable, impossible à croire… on les comprend !

Ils savent déjà tout, ils savent le fait résurrection. Et en plus ils avaient cheminé avec Jésus, avant sa mort, et ils avaient donc dû entendre les annonces quant à sa Passion et sa résurrection. Mais de savoir ça n’a rien changé, ce sont des mots qui passent. Ils sont bien en train de retourner chez eux, dans la désespérance et l’incompréhension de ce qui vient d’arriver.

Mais c’est parce qu’ils vont faire une expérience du Christ ressuscité, c’est parce qu’ils vont faire l’expérience de sa Présence dans cette rencontre avec cet homme qu’ils ne reconnaissent pas, qu’alors ils vont pouvoir s’exclamer : « Notre cœur n’était-il pas tout brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » Alors ils peuvent repartir, vivre un retournement, et aller dire aux apôtres et à leurs compagnons « comment le Seigneur s’était fait reconnaître à eux à la fraction du pain. »

Ils ont vécu une expérience, un chemin de conversion et de rencontre qui leur permet d’affirmer la résurrection et d’y croire, alors même que cette Présence n’est plus visible à leurs yeux. Une expérience du cœur qui dit une vérité profonde qui les retourne et les remet en route.

Nous le savons tout cela. Et si nos vies sont données totalement par amour du Christ et dans son Église, c’est bien parce que cela nous a nous aussi retournés, c’est bien parce que nous avons été saisis un jour. Mais le chemin est à faire et à refaire. Nous laisser saisir et rejoindre par le Christ au cœur de tout ce que la vie nous donne de traverser. Et lui permettre de prendre place tout-jours et encore, toujours plus, dans le réel concret de ce que nous vivons, avec son lot de questions, de doutes parfois, de révoltes aussi face aux injustices du monde ou au mystère du mal et de la souffrance jusqu’en nos propres vies, mais aussi ce que nous vivons qui est malgré tout de l’ordre d’une confiance possible et même de l’ordre d’une espérance qui nous prend et qui nous tient.

Et l’enjeu de notre vie à tous, pour pouvoir rayonner quelque chose de ce mystère de la résurrection, et que ça puisse éventuellement toucher ou interroger ou saisir celles et ceux que nous rencontrerons, l’enjeu de notre vie à tous c’est de mettre nos pas dans ceux du Christ. Et nous en donner les moyens, ceux de tout chemin d’Emmaüs :

  • Nous laisser rejoindre par le Christ au cœur de ce que nous portons, ce que nous vivons, ce qui nous habite. C’est là qu’il veut nous révéler sa Présence, cette Présence indicible que seul notre cœur peur apprendre à reconnaître.
  • Ouvrir aussi et avec lui les Écritures, pour nous laisser former par lui, lui le Verbe de Dieu, nous laisser modeler, façonner, par sa Parole de Vie, et entrer dans une connaissance intime du mystère de Dieu et de son salut.
  • La liturgie, notamment, nous permet ce laisser-faire et de nous laisser façonner par ce mystère du salut dévoilé dans les Écritures. Je trouve par exemple que c’était tellement vrai ces jours, toute cette Semaine sainte. La liturgie, donc, mais aussi la prière personnelle et le silence où nous allons pouvoir entendre en nous le Christ qui est là et ses appels. Entrons toujours plus dans ce « Reste avec nous » qu’est celui de l’oraison et qui est le cœur de votre vie, mes sœurs, et un appel pour nous.
  • Alors nous pourrons nous laisser saisir, nous laisser renouveler de sa Présence de ressuscité, qui vient au cœur de nos traversées, au cœur de nos vies, au cœur de nos nuits, telle une lueur d’espérance qui peut devenir ce feu d’amour que le Seigneur veut répandre, qu’il veut répandre en nous et dans ce monde. Le feu de la joie, son feu de résurrection.
  • Apprenons chaque jour à recueillir avec le Christ ce qui est de l’ordre de la vie qui nous traverse, malgré tout et au cœur de ce qui est blessé ou difficile ou désespérant. Chaque jour. Alors nous pourrons témoigner de la vie qui est plus forte que le mal, même imperceptiblement, mais réellement. Et nous pourrons en faire une force de vie, pour avancer, jour après jour, et ainsi être à notre mesure témoins pour d’autres. Par toute notre vie.

Oui, pour que notre monde puisse croire en la résurrection laissons-nous saisir jour après jour par la beauté de ce mystère qui se dit et se dévoile dans le silence, qui se dit et se dévoile dans le mystère d’une Présence qui peut nous rejoindre et nous habiter. Et le petit peu de l’évangile qui nous a déjà saisi, vivons-le, tout simplement mais réellement, vivons-le vraiment. Pour que ça témoigne, et que des cœurs, peut-être, soient touchés.

Alors en ce jour de résurrection et au cœur de cette eucharistie, portons dans notre prière ce monde qui croit si peu autour de nous et qui peut se laisser submerger par le doute, la désespérance et la peur de l’avenir. Portons-le dans la prière, et demandons au Christ ressuscité qu’il nous donne à chacun, selon notre vocation et notre état de vie, de rayonner de la joie de la résurrection.

Pour cela, qu’il nous donne tout-jours de croire que la vie est plus forte que tout mal, quoi qu’il nous arrive. Et qu’il nous donne de goûter à la paix et la joie de sa Présence qui veut porter avec nous, dans le compagnonnage des jours. Comme sur le chemin d’Emmaüs… Amen.

 

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[*] Évangile de la messe du soir de Pâques.

[L’illustration de ce post’ : Arcabas, Le repas à Emmaüs, huile sur toiles, chapelle de semaine de la basilique St Joseph à Grenoble.]

Publié dans Homélies

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