La beauté dure toujours

Publié le par Christophe Delaigue

 

Alexis Jenni signe là un roman tout à la fois beau et troublant. C'est vraiment le mot qui me venait au fil des pages et des chapitres. C'est beau, oui, et troubant. A la fois touchant, mais pas seulement : voilà que quelque chose est comme bouleversé en nous, déplacé, éveillé.

C'est l'histoire d'un couple qui s'aime tout-jours. Depuis 10-12 ans. Et c'est comme s'ils s'aimaient du même amour, pareillement, même si la vie passe et fait son oeuvre, même si leur amour connaît ses fragilités et ses questions. Mais ils s'aiment. Et ils ne peuvent l'expliquer. C'est. Et eux, ils sont Felice et Noé.

Dans ce roman, ils ne sont pas qu'eux deux. Il y a aussi le narrateur. C'est l'ami de Noé. Il veut écrire sur leur amour, il en a marre de ces livres qui ne parlent que d'amour qui ne dure pas. Il veut écrire sur la beauté de cet amour dont il est témoin par ses rencontres avec Noé et ce qu'ils osent s'en dire. Son éditeur n'y croit pas à ce livre, à cette histoire, mais il est tenace notre narrateur, il y tient, lui, et ce seront ces pages, cette histoire dans laquelle nous sommes entraînés.

Noé dessine. Sa vie est dessins. Même son amour se dit là et se raconte dans les lignes et les formes. Elle sait être là, patiente à ses côtés ou quand il est dans l'atelier.

Son monde à elle est tout autre, celui de la parole, celui des avocats. Mais elle est plus fragile que le rôle qu'elle sait y jouer, elle a cette fragilité même de celle qui aime et qui est aimée, qui sait que le compagnon qui est là est sa force et une sorte de présence protectrice dont elle a besoin. Alors elle peut être celle que son monde de parole et de représentation attend d'elle.

Au fil des pages et des chapitres, ils se racontent et sont racontés. Et leur amour, en leur histoire, en ses forces, en sa passion, en sa fragilité et ses peurs aussi. Et c'est touchant. C'est même troublant. Mais surtout c'est beau, un beau récit, une belle lecture.

« Le charme court sur ton visage, dira Noé en finale de ces pages, et la vie jaillit de tes gestes. La vie pure résonne aussi dans le grain de ta voix, et donne la grâce aux quelques pas que tu fais pour venir jusqu'à moi : tu m'enlaces avec force et je t'embrasse, rien ne s'arrête, rien n'a de raison de s'arrêter si on donne assez d'élan. L'amour n'est pas une consolation qui donnerait à la vie l'apparence de l'intact ; il est la vie intense qui permet de vivre auprès des failles sans en mourir. Il est une vitalité, il est un courage, l'amour c'est la vie même. Je ne m'inquiète pas, moi vivant cela n'aura pas de fin. La beauté dure toujours. »

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Alexis Jenni, La beauté dure toujours, Nrf-Gallimard, mars 2021, 257 pages, 19€.

Publié dans Romans et récits

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