Homélie dimanche 11 juillet 2021

Publié le par Christophe Delaigue

15ème dimanche du Temps Ordinaire / Année B

Centre œcuménique St Marc (matin) et « Paroisse Saint Joseph - Isèreanybody? Grenoble » (soir)

Am 7,12-15 / Ps 84 / Ep 1,3-14 / Mc 6,7-13

 

On la connaît cette histoire, je crois. Au moins un peu. En tout cas le fait que Jésus envoie les Douze en mission, avec ces recommandations qui peuvent nous paraître étonnantes à ne rien prendre et à se laisser accueillir – ne rien prendre c’est-à-dire à être obligé d’être dans une rencontre véritable de l’autre jusqu’à se retrouver dans une forme de dépendance à l’autre...

Le problème avec cette page d’Évangile c’est que ça peut rester une belle histoire, un peu anecdotique, qui nous laisse un peu extérieurs. Parce que nous ne sommes pas les Douze et parce qu’honnêtement peu d’entre nous, à mon avis, expulsent des démons et même guérissent des malades avec des onctions d’huile.

Je ne suis pas en train de dire que ça n’existe pas et que la puissance de Dieu n’agit pas, notamment dans les sacrements et notamment le sacrement des malades, mais pas de façon si automatique ou spectaculaire ou magique. Et la question c’est d’ailleurs de savoir ce que ça veut dire être guéri… en tout cas ce n’est pas toujours ce que nous pensons devoir être guéri qui l’est et ce n’est pas forcément comme on le voudrait nous spontanément…

Et si je crois que Dieu est présent à nos vies, si je crois que son œuvre de salut se fait en nous, et si comme prêtre j’ai vu des personnes se relever et retrouver force et vie après un sacrement des malades, c’est vrai aussi que ce n’est pas le cas de tous, et personnellement ce n’est pas cela que Dieu a permis dans ma propre traversée de la maladie.

Alors qu’entendre de tout cela ? Qu’entendre pour nous aujourd’hui ?

D’abord que c’est Jésus qui envoie et qu’il envoie à sa mission à lui. Et sa mission, quelle est-elle ? C’est de combattre le mal.  C’est l’annonce du salut, en paroles et en actes. Et le salut c’est quoi ? c’est la promesse que la vie peut être plus forte que tout mal et que toute mort, quoi que nous traversions et malgré les apparences immédiates. Le salut c’est l’expérience que Dieu est là avec nous dans nos traversées, et que ça c’est de l’ordre de la vie qui rend vivant, et qu’on peut en être témoins pour d’autres…

Vous êtes peut-être en train de vous demander pourquoi je mets des « peut-être » à ces affirmations de foi auxquelles je crois vraiment. Tout simplement parce que Dieu nous laisse libre d’accueillir sa présence et son salut ou pas, mais aussi parce que parfois ça ne nous paraît pas si évident que ça que la vie est plus forte que le mal et il nous arrive de douter ou de tâtonner franchement…

Croire et vivre de ce salut, de cette promesse de vie, c’est un chemin. Mais c’est bien cela dont Jésus a été témoin tout au long de sa vie publique, tout au long de son ministère, jusque dans sa traversée du mal et de la mort, jusqu’en sa Passion et sa résurrection.

Et ce qu’il commande aux Douze, dans ce qu’on vient d’entendre, ce n’est rien d’autre que de vivre dans une forme de continuité à ce que lui-même a vécu. Vivre à sa suite. Il a guéri les malades et a expulsé des démons. Et à sa suite il nous appelle à vivre quelque chose de cela, à notre mesure, c’est-à-dire à permettre à Dieu de faire quelque chose de cette œuvre-là.

Du coup la mission que Jésus confie aux Douze c’est en fait d’apprendre à le laisser agir Lui dans la vie de celles et ceux à qui nous sommes envoyés et pour cela apprendre à le laisser agir Lui dans notre propre vie à chacun. Ça s’appelle la conversion : décider ou consentir à laisser Dieu saisir nos vies – comme disait la 1ère lecture –, laisser son salut faire son œuvre en nous, pour apprendre à en être témoin.

Et cela, ça va appeler très concrètement à ce que nous nous laissions former par Jésus comme il a formé les Douze. C’est-à-dire apprendre à vivre en proximité avec lui et à l’écoute de ce qu’il veut nous enseigner.

Alors demandons-nous comment est-ce que nous lui faisons place dans notre quotidien ? Et comment est-ce que nous écoutons ses appels ? Comment est-ce que nous nous laissons saisir et façonner jour après jour et semaine après semaine par le mystère de sa Présence et le don de sa force de vie et d’amour qu’est l’Esprit Saint ? Et comment est-ce que nous nous laissons former et façonner par sa Parole et notamment par ses appels d’Évangile ? Et qu’est-ce qu’on en fait ?

Un des enjeux de la vie de prière il est là. Faire place au Seigneur qui nous a promis sa présence pour toujours. Lui faire place et se mettre avec lui à l’écoute de sa Parole en laissant ses appels résonner en nous avec ceux du monde qui nous entoure, pour entendre ou pour apprendre à entendre comment ça m’appelle moi aujourd’hui pour répondre et pour tenter d’être témoin de ce salut que le Christ vient révéler et offrir au monde.

C’est l’enjeu de notre vie de prière, personnelle. Mais c’est aussi un des enjeux de notre vie communautaire et notamment – j’y crois beaucoup– de ces Fraternités locales autour de la Parole de Dieu que notre évêque nous invite à vivre depuis 8 ans maintenant. Ça prend lentement dans le diocèse, et pourtant l’enjeu est de taille : il s’agit d’apprendre à entendre ensemble ce que la Parole me dit et à quoi ça nous appelle.

Vous aurez remarqué que Jésus envoie deux par deux : pour se soutenir, pour s’aider dans la mission, et pour pouvoir entendre ensemble ce qu’il y a lieu de vivre concrètement aujourd’hui en son nom. Pas faire notre truc à nous mais sa mission à lui. En se rappelant qu’il dira un jour à ses disciples : « Là où 2 ou 3 sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux » (Mt 18,20). C’est la promesse, là encore, de sa Présence.

Et c’est d’ailleurs ce que nous célébrons et affirmons de façon toute particulière à chaque eucharistie. Nous y célébrons et confessons que Dieu parle, et nous l’écoutons en ouvrant ensemble les Écritures. Puis nous lui confions les cris et les appels du monde et de notre Église. Et nous célébrons le mystère de sa Présence qui sauve, nous le célébrons en faisant mémoire de sa mort et de résurrection et en l’accueillant dans ce mystère du Pain et du Vin consacrés où il se fait nourriture pour nous fortifier de l’intérieur et pour établir sa demeure en nous. Alors nous devenons ce que nous recevons : le Corps du Christ, c’est-à-dire sa présence en actes en ce monde ; nous le devenons ensemble, dans la complémentarité de nos charismes, de nos états de vie et de nos vocations...

En tout cas Dieu nous fait cette confiance là que nous pouvons vivre et annoncer son amour sauveur, son salut, sa miséricorde, dans ce monde qui en a tant besoin et par nos vies qui se laisseront saisir par ce même amour. Et il a besoin de nous pour cela. En tout cas il ne peut et ne pourra rien sans nous. Il peut souffler en nous et dans ce monde des chemins de vie par son Esprit Saint, mais il nous faudra répondre et nous lever, comme Amos qui a été rejoint et appelé par Dieu, Amos qui n’avait rien d’un super-héros – comme vous et moi – mais qui s’est laissé saisir et envoyer et qui reçoit la mission de parler au nom de Dieu.

Le Seigneur a besoin de nous. Alors apprenons à nous laisser rejoindre par lui, laissons-le se révéler à nous, écoutons à quoi il nous appelle, chacun et ensemble, et aidons-nous les uns les autres à répondre, aidons-nous à entendre comment nous pouvons laisser Dieu combattre le mal, en trouvant comment nous pouvons vivre très concrètement de son amour sauveur, sa miséricorde, cet amour de Dieu, comme dit le pape François, « qui console, qui pardonne et qui donne l’espérance »[1].

Elle est là, d’ailleurs sa sainteté à laquelle il nous appelle et dont parlait St Paul dans la 2ème lecture ; c’est cet amour que Dieu est lui-même et que Jésus est venu révéler par toute sa vie, cet amour sauveur qu’est sa miséricorde, cet amour « qui console, qui pardonne et qui donne l’espérance ».

Et elle est là la mission, dans cet amour à vivre et déjà à accueillir. Voilà qui peut faire taire ces démons intérieurs que sont par exemple nos peurs et nos découragements ; voilà qui peut nous relever de ce que le mal nous cloue parfois au sol ; voilà ce dont nous sommes appelés à témoigner par toute notre vie, à l’école et à l’exemple du Christ : l’amour sauveur du Père, cet amour « qui console, qui pardonne et qui donne l’espérance » …

Alors demandons au Christ, dans cette eucharistie, la grâce de nous laisser former par lui, et de trouver comment en cette période de vacances pour certains. Demandons-lui la grâce de l’écouter et d’accueillir cet amour de Dieu pour tous. Et demandons-lui aussi de désirer grandir ensemble en vie fraternelle pour vivre son Évangile et vivre l’appel à aimer... Comme dira Jésus juste après le lavement des pieds au soir du dernier repas : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on reconnaîtra que vous êtes mes disciples » (Jn 13,35) …

Nous prenons quelques instants de silence, si vous le voulez bien, pour laisser monter en nous ce que ces mots éveillent peut-être et pour laisser la Parole de ce jour prendre sa place en nous. Et ce qui monte en nous, ce qui nous habite, déposons-le dans le cœur de Dieu, qu’il en fasse ce qu’il voudra, ce qu’il pourra… Amen.

 

[1] Cf. Bulle d’annonce du Jubilé de la miséricorde de 2016.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :