Homélie dimanche 22 août 2021

Publié le par Christophe Delaigue

21ème dimanche du Temps Ordinaire / Année B

Jos 24,1-2a.15-17.18b / Ps 33 / Ep 5,21-32 / Jn 6,60-69

 

Je crois que vous le savez, mais faut bien qu’on se le redise de temps en temps : suivre le Christ ça appelle à poser des choix. Suivre le Christ ça ne veut pas juste dire écouter gentiment le message qu’il nous laisse, trouver ça beau, et ensuite retourner à notre vie sans que ça ne change rien ou pas grand-chose.

D’ailleurs, si on écoute vraiment, je crois que ça engage en soi. En soi ça va nous bousculer et nous acculer à faire des choix ! Mais encore faut-il vouloir suivre le Christ, le suivre vraiment…

Quand je dis « poser des choix » c’est non seulement celui de la foi, la foi au Christ, celui de la foi en ses paroles et en Celui qu’il révèle, Dieu qu’il appelle Père, mais c’est aussi le choix de notre agir, à son école – puisqu’il est un maître – et à son exemple – puisque c’est à cela qu’il nous appelle ; pensez par exemple à l’épisode du lavement des pieds, au soir du dernier repas, où il va dire à ses disciples : « C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous » (Jn 13,15)

Cette histoire d’agir chrétien, à l’école et à l’exemple du Christ, c’est exactement de cela dont il était question dans la 2ème lecture : vivre dans la soumission les uns aux autres, comme dit Paul, c’est apprendre à vivre dans la dépendance mutuelle, qui n’est autre que la dépendance de l’amour, de l’amour mutuel : nous aimer comme le Christ nous a aimés, et cela dans toutes nos relations. Nous aimer comme il nous a aimés, c’est-à-dire dans le don de nous-mêmes pour gagner l’autre, pour lui permettre un chemin de salut et de découvrir qu’il est aimé et capable d’aimer. Et qu’il compte, qu’il a du prix aux yeux de Dieu, qui qu’il soit et quelle que soit son histoire.

Dans la 2ème lecture, Paul le développe à propos des relations conjugales, avec des propos qu’on réduit souvent et qui peuvent nous heurter. Non, Paul ne dit pas aux femmes d’être des femmes soumises au sens rabaissant du terme, il leur dit qu’elles ont à mettre leur pas dans celui de leur mari comme dans ceux du Christ et comme l’Église le fait avec lui, le Christ ; c’est-à-dire dans la confiance et l’écoute. Et surtout Paul ajoute que les maris doivent aimer leur femme comme le Christ aime son Église, tout faire pour elle, pour prendre soin de sa croissance humaine et spirituelle, l’aimer comme soi-même et pas, justement, comme je ne sais qui en dessous de soi ; non, comme soi-même.

St Paul le développe ici à propos des couples mais dans ce qui suit il continue avec les enfants, puis avec d’autres de la maisonnée ; et en fait ça concerne bien toutes nos relations. Ce que le pape François appelle dans sa dernière encyclique la fraternité universelle et l’amitié sociale...

Suivre le Christ ça appelle donc qu’on y aille, qu’on y aille vraiment, et qu’on croit que là est le chemin de la vie, de la vie véritable, la vie qui rend vivant, la vie qui rend heureux pleinement. C’est ce que Pierre dit à sa façon dans cette belle confession de foi qu’on a entendue en finale de notre évangile : « Seigneur à qui irions-nous, tu as les paroles de la vie éternelle »

« Tu as les paroles de la vie éternelle » … Ok, mais il faut y croire, il va falloir faire cette confiance là à Jésus et du coup l’écouter – écouter sa Parole – en posant cet acte de foi là que ça concerne notre vie et l’appel que nous avons tous inscrit en nous à vouloir vivre pleinement – ce que nous appelons : le bonheur.

« Tu as les paroles de la vie éternelle » … Voilà des mots qui contrastent avec le début de l’évangile où les disciples reprochaient à Jésus que sa parole soit « rude » à entendre.

Et c’est vrai, on le sait bien, c’est exigeant les appels de l’Évangile. Aimer même nos ennemis, pardonner toujours et encore, prendre soin des plus petits et de toute personne qui va croiser ma route et qui en a besoin… Oui, c’est exigeant, c’est vrai. Et on a justement besoin les uns des autres pour nous aider à grandir sur ce chemin, on a besoin les uns des autres pour nous soutenir pour apprendre à vivre vraiment ces appels de Jésus et le suivre vraiment, y compris jusqu’à la croix, c’est-à-dire jusque dans l’adversité ou les épreuves.

Nous soutenir les uns les autres pour ne pas nous décourager si ça nous paraît difficile et surtout pour nous aider à ne pas oublier l’essentiel : nous tourner vers Dieu et tout déposer en Lui pour qu’il nous donne d’avancer en paix et en confiance, quoi que nous traversions, et pour que son Esprit Saint souffle en nous les chemins de vie où il nous attend...

Ceci dit, si je reviens à notre page d’évangile, cette parole « rude » à entendre dont il est question il s’agit ici de tout ce que Jésus a développé tout au long du chapitre 6 de St Jean, tout ce long discours sur le Pain de vie. Si vous faites marcher votre mémoire biblique et liturgique, si vous essayez de vous rappeler ce qu’on a entendu il y a deux et trois semaines, vous vous rappelez que Jésus s’est présenté comme le Pain vivant descendu du Ciel, celui qu’il faut manger pour avoir la vie éternelle.

Oui, c’est « rude » à entendre, c’est même incroyable, du moins au sens humain et spontané qu’on donne à ce mot : ça parait impossible et ça nous est incompréhensible. De fait. Et ça appelle notre acte de foi.

Et même plus que cela, ça appelle un choix : choisir de croire, choisir d’y croire. Et ça, nous le pourrons en nous soutenant – j’insiste – ; nous le pouvons en le recevant d’autres avant nous pour qui ça a fait sens et que ça a donné de vivre et de suivre Jésus, nous le pouvons aussi en demandant au Seigneur qu’il nous éclaire, petit à petit, et qu’il nous donne de le comprendre non pas avec la tête mais avec le cœur, non pas comme des êtres de chair – pour reprendre le mot de St Jean – mais comme des êtres spirituels, habités de l’Esprit de Dieu.

C’est ce qu’on a entendu quand Jésus dit à ses disciples : « C’est l’esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien » ; et un peu plus loin : « personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père ».

Voilà, on sait, on sait comment faire : il nous faut demander au Père la grâce de croire. Alors nous allons pouvoir suivre vraiment Jésus. Et vivre déjà de cette vie éternelle qu’il promet et annonce et dont il dira à ses disciples, plus tard dans le même évangile de Jean, que la vie éternelle c’est de connaître Dieu le Père et celui qu’il a envoyé, lui Jésus (cf. Jn 17,3), connaître au sens biblique, c’est-à-dire connaître de l’intérieur, connaître avec le cœur, vivre en relation intime, si je puis dire : que Lui demeure en nous et nous en Lui (cf. Jn 15).

La question ce sera bien : est-ce que nous voulons vivre de cette vie-là ? Est-ce que nous croyons que là est le chemin de la vie véritable et du bonheur, ce que Dieu veut pour nous ?

« Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle » … Et « nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu », c’est-à-dire l’Amour même de Dieu en personne, cet amour sauveur que Jésus révèle tout au long de son ministère, cet amour sauveur auquel il nous appelle, pour nous-mêmes, et pour en vivre, en témoigner à d’autres…

Alors je ne sais si ces paroles sont « rudes » à entendre, je crois en tout cas qu’elles voudraient nous ouvrir à la confiance et à l’espérance.

Je prie ce soir pour que vous puissiez vous dire, chacun, là où vous en êtes de votre chemin de foi et de votre chemin de vie, que vous puissiez vous dire que ça vaut le coup, oui, de suivre Jésus, et de décider de le suivre vraiment ; que ça vaut le coup, oui, de faire confiance à sa Parole, que ça vaut le coup d’apprendre à s’ouvrir au silence intérieur où Dieu veut vous parler et nous donner de croire en Lui, et que ça vaut le coup de décider de se soutenir les uns les autres, de s’aider à avancer et à aimer comme Dieu nous aime.

Figurez-vous que c’est tout l’enjeu d’une vie en paroisse, c’est tout l’enjeu de ce qu’on essaye de vivre ici à « St-Jo », c’est tout l’enjeu des propositions qui sont faites et que nous voulons vous aider à vivre. Alors j’ai juste envie de vous souhaiter une belle et bonne année pastorale qui va bientôt commencer. Et je prie pour que vous vous ouvriez toujours plus en confiance au Christ, le Christ qui est là, le Christ qui veut vous accompagner au cœur de ce que vous vivez, le Christ qui se soir encore se donne à nous pour nous faire vivre à sa suite. Amen.

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