Et tu ne réponds pas. Une théologie de la prière

Publié le par Christophe Delaigue

Et tu ne réponds pas. Une théologie de la prière

Cette lecture est passionnante. Mais disons-le d'emblée : c'est un peu ardu, il m'a fallu être accompagné d'un crayon et de prendre quelques notes au fil des pages. Une lecture dans laquelle il nous faut avancer pas à pas, qui demande de s'accrocher un peu, mais qui vaut le coup ! C'est fort intéressant et même plutôt stimulant !

Il s'agit en ces pages non pas tant d'un livre sur comment prier, mais bien d'une théologie de la prière. Comme l'écrit l'auteur dans son introduction :

“Pas plus qu'un livre de témoignage ou de spiritualité, il ne s'agit d'un livre de prière ou d'une méthode de prière, mais de théologie de la prière. Il s'agit de ce que nous pouvons vivre dans la prière à partir de la situation culturelle qui est la nôtre, en ce début de XXIème siècle marqué en outre par le recul de l'Evangile ou, du moins, par l'effondrement de l'Eglise catholique dans le monde occidental. Que faisons-nous lorsque nous prions ? Comment pouvons-nous prier en essayant de demeurer fidèles à l'Evangile ? Qu'est-ce que cela suppose de notre prière ?” (p.31).

Suite à quoi cette même introduction annonce l'itinéraire qu'offrent ce pages :

  • Un premier chapitre qui est “une réflexion sur la grâce, sur le don de Dieu. Dès que l'on prie, on demande ; un don est souvent espéré, peut-être parfois reçu. Qui est le Dieu qui donne ? Que signifie donner pour Dieu ? Qu'est-ce qu'un don de Dieu ?” (p.32).
  • “Les chapitres deux et trois sont ceux qui développent plus directement le sens de la prière chrétienne. La réflexion se déroule en deux moments, uniquement parce que l'on ne peut tout dire en même temps” : la prière comme “réponse”, cette réponse qui “est une façon d'exciter en nous le désir de Dieu” (p.32 encore).
  • Enfin, le chapitre quatre entend nous conduire au but de la prière : vivre avec Dieu (cf. p.142) et nous laisser aimer par lui. Ainsi notre prière devient-elle veille et attente de celui qui (re)donne vie (cf. p.160) et qui se donne.
  • Vient alors le 5ème et dernier chapitre sur le lien entre prière et charité – et eucharistie –, où il est question de qui prie et de l'Eglise – Corps du Christ – en son rapport au Christ – sa Tête – et à l'humanité tout entière...

Je le redis, c'est passionnant, fort intéressant, bien qu'un peu ardu par moments. L'auteur nous invite à quelques détours ou renversements par rapport à nos conceptions un peu rapides et parfois païennes ou archaïques de la prière. Il convie pour cela de grands théologiens et spirituels qu'il nous propose de lire de près. Ainsi de St Jean de la Croix, de St Augustin – et notamment de sa Lettre à Proba – et de Ste Thérèse de Lisieux, mais encore de Karl Rahner et de Michel de Certeau, jésuites du XXème siècle.

Et dans l'Ecriture, il nous appelle à entendre vraiment ce que nous disent des textes comme le Sacrifice d'Isaac, en Gn 22, mais encore la parabole des ouvriers de la dernière heure, en Mt 20, ou celle du Père aimant, en Lc 15, ou le chapitre 10 même évangile de Luc – la parabole du Samaritain et ce qui suit : l'accueil de Jésus chez Marthe et Marie. Enfin, l'auteur de ces pages nous propose aussi une lecture un peu renouvelée de l'épître aux Hébreux – je vous laisse découvrir, si vous osez vous lancer dans l'aventure qu'est la lecture de ce livre !

L'auteur, Patrick Royannais, est prêtre du diocèse de Lyon, actuellement en ministère dans celui de Sens-Auxerre. Docteur en théologie et anthropologie religieuse, je l'ai connu alors comme enseignant au Séminaire interdiocésain St Irénée où j'ai fait une partie de mes études ; je l'ai notamment eu comme professeur de philosophie en deuxième année.

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Patrick Royannais, Et tu ne réponds pas. Une théologie de la prière, Salvator, septembre 2021, 206 pages, 20€.

Publié dans Théologie

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