Illusions perdues

Publié le par Christophe Delaigue

 

Inspiré d'un roman de Balzac, ce film est une sorte de grand récit, une longue narration entrecoupée de dialogues – à la Balzac ! On nous raconte l'histoire de Lucien, jeune poète de Charentes qui s'est épris d'une baronne. Il va la suivre à Paris, en pleine période dite de Restauration, où le monde de l'édition et de la création est, comme celui de la politique, une vaste comédie. Qui virera à la tragédie, où la loi du profit, les faux-semblant et les retournement de veste au plus offrant semblent tout guider. Critique acerbe d'un libéralisme consumériste qui gagne du terrain au détriment de l'humain et de la vérité des relation. Très moderne !?

Lucien a quelque chose de naïf, qui s'émerveille de tout, il a l'innocence de l'amour. Sauf qu'il va se prendre au jeu, et qu'il a du talent. Mais jusqu'où aimer une femme peut-il vous entraîner ? Ne parle-t-on pas d'ailleurs de folie de l'amour ?

Ils sont touchants, tous ces personnages : Lucien, magnifiquement interprété par Benjamin Voisin, aux côté d'une Cécile de France que j'ai trouvée très émouvante dans le rôle de Louise (la baronne), mais aussi Xavier Dolan qui joue ici l'« ennemi » littéraire de Lucien, Nathan d'Anastasio, et le narrateur à la voie superbe et à la diction majestueuse. Même Vincent Lacoste en Etienne Lousteau est plutôt juste dans son rôle (même s'il fait du Vincent Lacoste, comme quoi ce rôle était pour lui !) ; et enfin la jeune comédienne de boulevard, Coralie, touchante elle aussi, interprétée par Salomé Dewaels... Vous complétez cette belle distribution avec Gérard Depardieu qui incarne ici l'éditeur Dauriat et André Marcon en Baron du Châtelet – la  « Pintade des Charentes » !

Un film qui, malgré quelques longueurs ou lenteurs – à la Balzac !? –, est pour moi plutôt une réussite, avec une bande son magnifique de grandes pièces de la musique classique, et une très belle photographie. Sans même parler des décors et des costumes. Une belle réalisation de Xavier Giannoli – à qui l'on doit aussi L'apparition (2018) ou encore Marguerite (2015), pour ne citer qu'eux...

Réussi, donc, mais terrible aussi sur ce que ça peut nous renvoyer de l’état du réel dans notre société…

 

 

 

Publié dans Cinéma

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