Présence à Dieu

Publié le par Christophe Delaigue

 

Ce livre est écrit par Robert Cheaib, théologien laïc, marié et père de famille, qui après avoir enseigné à la Grégorienne à Rome est actuellement enseignant-chercheur à la faculté de théologie de Lyon.

Il s'agit ici de son 4ème ouvrage, et si j'ai bien compris l'allusion qu'il en fait dans le postlude final, c'est un peu comme un second volet qui suivrait ou répondrait à son deuxième livre, Un Dieu humain (2020) :

« Si dans Un Dieu humain j'entendais sur tout aborder “l'objet” de la foi chrétienne, cet ouvrage esquisse plutôt le chemin parcouru par le sujet croyant. Mon propos est d'évoquer un itinéraire que l'on peut vivre concrètement, un parcours qui va au-delà d'une simple information religieuse. C'est un chemin vers une transformation, voire une transfiguration, dans l'espoir d'encourager le lecteur à s'abandonner activement à l'oeuvre de la grâce, afin qu'il contemple à visage découvert le reflet de la gloire du Seigneur… » (p.207-208).

De fait nous sommes entraînés sur un chemin dont les titres des chapitres jouent avec le mot vocation. Un chemin où nous avançons avec Abraham comme compagnon de route, du moins comme figure immédiate proposée pour nous aider à réfléchir (notamment en Gn 12, Gn 22 et Gn 18), mais aussi avec un certain nombre de théologiens, philosophes, Pères de l'Eglise. Et si c'est passionnant, vraiment intéressant, il faut s'accrocher un peu, c'est par moments un peu ardu voire complexe à suivre, pas tant le style que la pensée elle-même. Mais c'est vraiment un chemin, c'est bien l'image : il faut se laisser conduire. Et le paysage se dévoilera à la mesure de notre capacité à relever un peu la tête alors que l'on peine peut-être un peu et qu'on est bien concentré ! Oui, se laisser conduire, se laisser faire, mais vouloir et décider d'avancer.

Ce chemin qui nous est proposé, notre auteur le définit ainsi dans ce même postlude final :

« Le livre entend proposer une tentative de réponse à une interrogation cruciale de la vie religieuse [c'est-à-dire chrétienne, spirituelle ; pas l'état de vie de celles et ceux qu'on appelle des religieux] : (...) comment une foi héritée devient-elle une foi mûre qui transforme la vie personnelle ? (...) Les différents chapitres retracent d'abord le moment de jaillissement de l'expérience de la foi (vocation), puis l'approfondissement de cet appel par la réponse de la prière entendue comme attitude de toute la conscience et de toute la vie (invocation). Ensuite, la vie de prière immergée dans l'infinitude de Dieu est mise en oeuvre et vérifiée dans l'histoire et la communion concrète aves les autres dans l'amour (convocation). Le chemin ne peut écarter l'aspect d'épreuve, d'obscurité, de vertige que déclenche le contact avec le Très-Haut, et ne peut non plus fermer les yeux sur l'aspect difficile de mort à soi-même pour accéder à un avant-goût de la résurrection et à la maturation de la foi (provocation). Le dernier chapitre aborde quelques dimensions qui accompagnent et consolident tout le cheminement de la foi : celle du souvenir, de la mémoire vive de la fidélité du Seigneur, de l'équilibre que traduit le mûrissement à travers une heureuse union entre la finesse d'esprit et le spirituel, entre l'humour et l'amour, entre la maturité et l'enfance spirituelle (évocation) » (p. 206-207). 

Vous voyez un peu le style et le chemin proposé : de l'appel à entendre qui va appeler notre réponse, celle de l'écoute et la prière, celle de l'agir chrétien et de l'appel à aimer (à la fois hospitalité et intercession), en passant par l'expérience d'être au coeur de tout cela éprouvés, provoqués à se laisser transformer, pour devenir nous-mêmes... Entrer ainsi dans l'enfance spirituelle qui se fait confiance, gratitude et étonnement...

Vous l'aurez compris, ce livre est un vrai traité théologique de la vie spirituelle. Avec notamment des pages magnifiques sur l'appel à aimer (au chapitre 3 tout particulièrement mais aussi au coeur du chapitre 4). D'autres sur la question du mal et de la foi mise à l'épreuve (dans ce même chapitre 4). Et ci et là, la question à la fois générale (de toute vie chrétienne) et plus particulière (pour certains) de la vocation : à quoi sommes-nous appelés, tous, et comment répondre ? A quoi cela appelle-t-il plus particulièrement certains, choix de vie, états de vie, et comment répondons-nous ? Je pense notamment à ce propos là à ce qui peut nous être partagé dans le premier chapitre mais aussi, de façon assez ramassée (et un peu dense du coup) à la p.164 – je ne vous la cite pas ici, l'enjeu est juste de vous pointer la chose si cette question vous intéresse.

Vous l'aurez compris, ce livre, ce traité de vie spirituelle, est tout autant passionnant et stimulant qu'un peu difficile à lire, je crois. Il y a un acte de la volonté à poser pour s'y mettre et pour avancer. Mais on n'est pas déçu du voyage que cela nous fait faire. Alors si vous avez le courage, l'envie, ou la curiosité, essayez ! Pourquoi pas ?!

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Robert Cheaib, Présence à Dieu. La vie spirituelle, entre vocation et provocation, Salvator, coll. forum, octobre 2021, 215 pages, 18€.

Publié dans Théologie

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