Le blog de Christophe Delaigue, prêtre à Grenoble : homélies, cinéma, lectures…

Homélie dimanche 12 décembre 2021

3ème dimanche de l’Avent (Année C)

So 3,14-18a / Ct Is 12 / Ph 4,4-7 / Lc 3,10-18

 

Un peu étonnant ces mots de Jean-Baptiste, non ? Ceci dit, moi, la première partie de cette page d’évangile, ça m’a spontanément fait penser à quelque chose qui n’a pas grand-chose à voir avec ce temps de l’Avent, du moins le sens de ce temps de l’Avent : j’ai pensé à notre évêque, ou plutôt, devrais-je dire, celui qui le fut pendant plus de 15 ans et qui nous est « enlevé » pour rejoindre le diocèse de Toulouse. Pour ceux qui n’auraient pas suivi c’était la nouvelle un peu inattendue de jeudi midi… Si j’ai pensé à lui c’est parce que sa dernière Lettre pastorale de 2019 portait justement ce titre : « Que devons-nous faire ? » [1] – cette question que tous semblent poser à Jean-Baptiste, et qu’on se pose parfois nous aussi, comme si la vie à la rencontre du Christ c’était d’abord de l’ordre de choses à faire…

Pourquoi d’ailleurs lui posent-ils cette question ? Et c’est quoi du coup l’enjeu de ce que Jean-Baptiste nous dit en ce jour ? L’enjeu c’est de nous faire entendre l’annonce de celui qui vient, celui vers qui Jean-Baptiste veut que nous tournions notre regard. Et celles et ceux qui sont là et qui lui demandent « Que devons-nous faire ? », ils ont compris que ce que Jean-Baptiste est en train de proclamer c’est quelque chose d’importance, quelque chose de capital qui concerne Dieu lui-même en ses promesses. Et ils veulent s’y préparer.

Il vient, celui que Dieu avait promis, il vient celui que le peuple attend, il vient celui qui doit inaugurer les temps nouveaux. Il vient le Messie de Dieu.

La question c’est : que faire, nous, de cette annonce ? Comment ça vient nous rejoindre, et même plus que cela : comment ça vient nous réveiller de nos endormissements – pas seulement ceux d’un hiver un peu froid –, et comment ça nous met en route, comment ça nous met en désir d’attendre et d’accueillir le Seigneur qui vient, le Seigneur qui va se faire proche – comme a dit St Paul dans la 2ème lecture…

Alors qu’est-ce que ça nous fait d’entendre cela ? Qu’est-ce que ça change pour notre train-train quotidien, y compris spirituel ?

Est-ce que ça nous met dans cette joie qui habite toutes les autres lectures et plus largement toute la liturgie de ce dimanche – cette joie qui est aussi celle de notre thème paroissial pour cet Avent : « Préparons-nous à la joie du Christ » – ? …

Pour dire vrai, je ne sais pas ce que nous vivons les uns les autres, et peut-être que cette joie un peu omniprésente en ce jour on a du mal à se dire que c’est pour nous. Peut-être… D’autant que ça ne se décide pas, la joie, ça ne se décrète pas...

Alors qu’entendre, chacun, en ce 3ème dimanche de l’Avent ? En quoi ça peut être Bonne nouvelle pour nous aujourd’hui ? …

Celui qui vient, celui que nous allons fêter à Noël, sa venue va mettre au jour ce que nous vivons les uns les autres. D’où cette histoire de jugement que l’évangile suggère fortement. Mais ne nous y trompons pas, ce ne sera pas un jugement qui va condamner et qui pourrait donc nous faire peur, non, car l’évangile de Jean le dira avec force : Dieu a envoyé son Fils dans le monde pour que le monde soit sauvé. Il ne vient pas pour juger le monde – le juger au sens d’une condamnation qui enferme et qui exclut – mais pour que le monde, par lui le Christ, soit sauvé.

L’enjeu ça va être de nous ouvrir à ce salut tel que nous sommes, en vérité. L’enjeu ça va être d’accueillir celui qui vient au cœur du réel de notre vie, en ses joies mais aussi et peut-être même surtout en ce qui est plus difficile, ce qui a justement besoin de son salut. Et d’ailleurs Jésus le dira à plusieurs reprises : il ne vient pas pour les justes et les bien-portants, mais il vient pour les malades et les pécheurs.

L’enjeu de notre vie à sa suite il est bien là : apprendre à nous ouvrir à ce salut. Et apprendre à y croire, malgré tout parfois. Apprendre, année après année, à oser mettre notre confiance en lui et en ce qu’il vient révéler et offrir au monde, à savoir : l’amour sauveur du Père, sa miséricorde. Quoi que nous vivions et quoi que nous ayons pu faire. Mais si nous le voulons bien, c’est-à-dire si nous acceptons de nous laisser rejoindre et de nous laisser faire.

Est-ce que nous voulons bien ? Est-ce que tu veux pour de vrai ? Car voilà ce que nous devons faire, voilà ce que Dieu attend de nous, voilà ce qu’il attend de toi. Croire en son amour [2]. Croire en son salut. Croire que ta vie et même toute vie l’intéresse, croire que ta vie et toute vie a du prix ; et que lui, le Christ, il peut l’éclairer de sa présence et de sa paix.

Alors oui, nous serons dans la joie, cette joie qui prend toute la place en ce jour. Nous serons dans la joie même si ce que nous vivons est difficile et nous paraît parfois bien sombre.

La joie nous est promise. Et Dieu est celui qui tient ses promesses. C’est ce que ce temps de l’Avent ne cesse de vouloir mettre en lumière au fil des jours. Et c’est ce que nous allons fêter à Noël : Dieu qui tient promesses. Dieu qui a tenu ses promesses de la venue du Messie et donc Dieu qui tiendra les promesses qu’il nous fait en Jésus Christ – Jésus Christ venu en notre chair, Jésus Christ mort et ressuscité pour nous et pour notre salut, par la puissance de l’Esprit Saint.

C’est ce que nous allons fêter à Noël. C’est ce que nous célébrons à chaque eucharistie. Et c’est ce qui nous est redit aujourd’hui et qui peut nous faire entrer dans cette joie, cette joie à laquelle St Paul nous appelle, cette joie que le livre de Sophonie a chantée et que nous avons fait nôtre ensuite avec le cantique d’Isaïe qui faisait office de psaume.

Alors, veux-tu en être de cette joie de Dieu ? Acceptes-tu de regarder en toi ce que tu dois lui offrir, ce que tu dois déposer en lui dans la prière et la supplication – comme a dit St Paul – mais aussi dans l’action de grâce, l’action de grâce pour les petites lumières de chaque jour, même dans les nuits de ta vie ou dans ce qui certains jours te paraît bien enténébré peut-être ?

On l’entendra au cœur de la nuit de Noël, Isaïe va nous dire : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière, sur le pays de l’ombre une lumière a resplendi. (…) Oui, un enfant est né, un fils nous est donné ! (…) la paix sera sans fin »… Et au cœur de cette annonce, entre la mention de la lumière et celle de l’Enfant qui vient, Isaïe va justement affirmer que Dieu donne la joie, que cette promesse de lumière et de paix va nous réjouir.

Alors, veux-tu en être de cette joie de Dieu, cette joie qu’il te promet et qui nous est annoncée déjà en ce jour ?

C’est vrai, je ne sais pas ce que nous traversons les uns les autres, je ne sais pas ce que sont les ténèbres de ta vie, mais aujourd’hui, peut-être plus encore que d’autres fois, offre au Seigneur qui veut se faire proche, offre au Seigneur ce qui a très concrètement besoin de son salut aujourd’hui, dans ta vie mais aussi dans le monde, autour de toi, ce qui a besoin de sa présence, ce qui a besoin de sa paix. Voilà ce que tu peux déposer auprès de lui dans la prière mais aussi avec le pain et le vin que nous allons présenter tout à l’heure. Il veut te rejoindre là, il veut porter avec toi ce qui pèse, il veut t’offrir l’amour sauveur du Père, sa miséricorde, et il veut te donner son Esprit Saint, l’Esprit Saint qui donne la vie, la paix et la joie.

Il te demande juste d’y croire [2], croire qu’il vient pour toi, comme il est déjà venu. Croire qu’il vient pour te sauver, car il est mort pour cela, par amour de notre monde et par amour de notre humanité qui est défigurée par le mystère du mal et par la violence des jours.

Alors ne crains pas – comme disait la 1ère lecture –, ouvre-toi à sa présence tel que tu es, jusque dans les noirceurs de ton cœur ou les peurs qui t’habitent, jusque dans tes découragements aussi, tout ce qui peut te faire désespérer de toi ou de ce monde, et peut-être même de Dieu.

Oui, si vous le voulez bien, déposons-tout cela en ce jour – j’allais dire : en ce jour encore. Déposons-le ensemble en nous soutenant les uns les autres dans la prière. Parce que voilà ce qui fait la joie du sauveur : notre foi en lui, notre foi qui se fait espérance et attente concrète de son salut...

Il vient le Seigneur, il est là, il veut te rejoindre au plus intime de toi-même pour y déposer sa lumière et sa paix. Telle est la joie qu’il veut pour nous, telle est sa joie, tel est ce qui le réjouit quand nous acceptons de lui faire place, pour qu’il fasse route avec nous – avec chacun de nous. Voilà ce qui nous est demandé, ce qui nous est proposé, voilà ce « Que devons-nous faire ? » qui doit nous habiter en ce jour… C’est en tout cas ce que je crois… Amen.

 

---

[1] Pour sa Lettre pastorale de 2019 notre évêque reprenait donc ce « Que devons-nous faire ? » mais en citant en fait Ac 2,37. Car cette demande est présente à plusieurs moments du NT.

[2] On retrouve cette même question « Que devons-nous faire ? » en Jn 6,28 où Jésus répond à ses disciples que ce qui nous est demandé, les œuvres de Dieu auxquelles travailler, c’est de croire en lui, Jésus, l’envoyé du Père...

Retour à l'accueil
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :