Le blog de Christophe Delaigue, prêtre à Grenoble : homélies, cinéma, lectures…

Homélie 28 janvier 2022

Vendredi 28 janvier 2022 - St Thomas d’Aquin

Monastère des dominicaines de Chalais [*]

Sg 7,7-10.15-16 / Ps 36 (37) / Jn 17,11b-19

 

Vous m’excuserez mes sœurs, mais je connais en fait assez mal St Thomas d’Aquin. Même si c’est un « géant » de la théologie et même un « incontournable ».

Par contre, quand je pense à cette figure ô combien importante de l’histoire de la pensée chrétienne, ce qui me vient spontanément c’est, qu’avec ses compétences propres et son charisme, St Thomas a passé sa vie à scruter les mystères de Dieu et il a voulu en rendre compte. J’ai envie de dire : tout simplement.

Un « tout simplement » relatif, évidemment, au regard de l’ampleur de son œuvre. Mais c’est ça qu’il a vécu et qu’il nous laisse : il a passé sa vie à scruter les mystères de Dieu et il a voulu en rendre compte.

Les lectures qu’on vient d’entendre nous disent bien cela. Et c’est ce qu’il nous faut entendre aujourd’hui pour nous-mêmes. Car même si nous ne sommes pas St Thomas, et même si nous n’avons pas le 1/10ème de sa puissance intellectuelle – moi en tout cas ! –, c’est bien à la même chose que nous sommes appelés, à notre mesure à chacun : scruter les mystères de Dieu et apprendre à en rendre compte pour d’autres, en témoigner, pour que d’autres puissent entrer à leur tour dans cette connaissance de Dieu qui est rencontre du Dieu sauveur.

Et en priant ces textes j’ai notamment été frappé dans la page d’évangile qu’on vient d’entendre par cette expression qui revient à deux reprises : « Sanctifie-les dans la vérité ». C’est la demande que Jésus fait au Père pour nous. « Sanctifie-les dans la vérité. Ta parole est vérité ».

Voilà l’enjeu de notre vie chrétienne. Nous laisser sanctifier par Dieu lui-même, nous laisser sanctifier par sa parole qu’est le Verbe fait chair, le Christ Jésus ; pour transfigurer ce monde par une annonce en paroles et actes de l’amour sauveur du Père, sa miséricorde, son salut. C’est notre mission, dans un monde qui est tellement défiguré par le mal, nous le savons bien. Je ne dis pas « le péché », mais bien « le mal » ; non seulement, oui, ce mal que nous faisons, ne nous voilons pas la face, tous nos manquements à l’appel à aimer, oui, mais aussi ce mal qui nous tombe dessus et qui défigure nos vies et qui nous fait douter parfois d’un sens à notre existence et de sa beauté.

L’appel que j’entends pour nous en ce jour c’est celui-là : l’appel à nous laisser sanctifier par Dieu lui-même, par la vérité de son message, nous laisser sanctifier par sa Parole et par la présence du Christ à nos vies. Sa présence qui n’est qu’amour et salut. Voilà la sainteté de Dieu à laquelle nous sommes appelés : l’amour sauveur du Père, son amour en actes qu’est le Christ et qu’il est venu annoncer et révéler.

Pour le dire autrement : le mystère de Dieu que nous sommes appelés à scruter, à contempler, c’est celui de son amour. Pour nous et pour ce monde. Le contempler pour l’accueillir et en vivre. C’est tout l’enjeu de notre vie spirituelle ; et ça doit nous tourner vers nos frères et sœurs en humanité pour les rejoindre et pour tenter de leur témoigner de ce que nous en aurons déjà goûté…

La question est alors : comment dire cela, comment en vivre ? La 1ère lecture nous l’a dit, à sa façon : « j’ai prié et l’esprit de discernement m’a été donné. J’ai supplié et l’esprit de Sagesse m’a été donné ».

Le risque qui nous guette tous, jusqu’en ces mots d’homélie, c’est de dire et d’annoncer nos idées à nous, ce qui nous tient à cœur qui nous semble important à transmettre, y compris au regard de notre expérience de foi ou de nos convictions théologiques. Mais l’enjeu il est bien plus large et bien plus fondamental, l’enjeu il est de révéler le Christ et son salut, tel qu’il veut se dire aujourd’hui, pour que ce soit audible, c’est-à-dire pour que ça puisse être reçu et que ça puisse permettre un chemin de vie pour celles et ceux qui recevront nos paroles et notre témoignage de vie.

L’enjeu il est donc que ça ne vienne pas de nous – pas de nous seulement ou pas de nous seuls – mais bien de ce que Dieu soufflera en nous et de ce que nous pourrons alors en transmettre – et en transmettre ensemble – ; « j’ai prié, et l’esprit de discernement m’a été donné, nous dit l’auteur du livre de la Sagesse. J’ai supplié et l’esprit de Sagesse m’a été donné ».

Il nous faut donc être des priants, des priants qui soient des écoutants : (1) des écoutants de la Parole de Dieu et de ses appels ; (2) des écoutants, aussi, de nos désirs de vie profonds et de comment cette Parole va les rejoindre et entrer en résonance avec eux ; (3) des écoutants, encore, des appels et des cris du monde ; (4) des écoutants, enfin, de ce que Dieu va m’inspirer dans la mise en résonance de tout cela et dans un discernement ensemble des appels qui là, peut-être, nous sont adressés, notamment pour une annonce en paroles et en actes pour aujourd’hui et pour nos contemporains.

Je ne crois pas trop me tromper si j’affirme que c’est cela qu’a vécu et transmis St Thomas d’Aquin par son œuvre magistrale, alliant cette écoute de la Parole avec l’écoute de la Tradition et l’écoute des questionnements philosophiques et théologiques de son époque. Je le redis : il a scruté les mystères de Dieu et il a voulu en rendre compte pour aider d’autres à sa suite à entrer dans la connaissance de Dieu et que le salut puisse être annoncé pour les temps qui étaient les leurs.

Et j’insiste : c’est cela que nous sommes appelés chacun à vivre aujourd’hui encore, chacun et ensemble, selon nos charismes propres et nos compétences, selon nos états de vie aussi et nos vocations, dans l’écoute mutuelle et la prière qui ouvrent à un vivre-ensemble qui soit réponse d’évangile.

Notre monde en a besoin, nous le savons bien ; et chacune de nos vies aussi a besoin de se laisser traverser par le mystère du salut et de trouver là cette joie qui nous est promise par le Christ Jésus, cette joie intérieure qui est paix du cœur et qui sera notre force pour avancer un jour après l’autre. Là est déjà le salut. Là est l’entrée dans la vie éternelle. Là est le fruit de l’amour sauveur du Père que le Christ Jésus a annoncé et révélé par toute sa vie, jusque dans le don de lui-même sur la Croix.

C’est bien ce que nous célébrons à chaque eucharistie, pour devenir ensemble ce que nous allons recevoir : le Corps du Christ, c’est-à-dire sacrement de sa Présence, en ce monde et pour ce monde. Amen.

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[*] Fête dans l’Ordre dominicain.

Et messe au cours d’une rencontre de travail de l’équipe « synthèse » de la phase diocésaine de la démarche du synode des évêques sur la synodalité.

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