Le blog de Christophe Delaigue, prêtre à Grenoble : homélies, cinéma, lectures…

Homélie dimanche 30 janvier 2022

4ème dimanche du Temps Ordinaire (Année C)

Jr1,4-5.17-19 / Ps 70 (71) / 1Co 12,31-13,13 / Lc 4,21-30

 

J’ai envie de commencer ces mots par une question un peu bête ou banale : Qui est Jésus ? Qui est-il pour toi aujourd’hui ?

C’est la question qui traverse tous les évangiles et c’est finalement celle qui se pose aujourd’hui dans ce qu’on vient d’entendre. Qui est-il, lui le fils de Joseph ? Un « Qui est-il ? » qui sonnerait presque comme un « Pour qui se prend-il ? »

On sait que toute la vie publique de Jésus va justement attirer les foudres des pharisiens et des autorités religieuses au nom même de cette question ! « C’est qui celui-là qui agit comme Dieu ? » ; et même : « C’est qui ce gars-là qui se prend pour Dieu ? »

Est-il un prophète, un prophète de plus, comme Jérémie et bien d’autres ? Nous nous savons qui il est, nous croyons qu’il y a là plus qu’un prophète, nous confessons qu’il est le Fils de Dieu et nous apprenons à le croire, le comprendre, et en vivre.

Mais ses auditeurs, essayons d’imaginer ce qui se joue pour eux ! Et honnêtement, pour nous aujourd’hui, si nous écoutions Jésus déjà comme un prophète, ce serait déjà pas mal, non ? Un prophète, c’est-à-dire quelqu’un qui parle au nom de Dieu. Quelqu’un qu’il nous faut donc écouter.

Que nous dit Jésus ? Qu’annonce-t-il ? Et en quoi ça te concerne aujourd’hui, au cœur de ce que tu vis ?

Je rajoute cette question justement parce que Jésus n’est pas qu’un prophète, pas qu’un homme du passé. Nous croyons qu’il est vivant auprès de Dieu, et qu’aujourd’hui encore il veut se faire proche et qu’il nous parle. Car il est la Parole de Dieu, c’est-à-dire la Parole que Dieu nous adresse, c’est-à-dire la Parole qu’il nous faut écouter, une Parole pour nous aujourd’hui.

Alors que dit-Jésus, qu’annonce-t-il et que peut-il vouloir te dire aujourd’hui ?

Ce qu’il annonce – j’ai envie de dire : nous le savons – c’est l’amour du Père, son amour sauveur, sa miséricorde. Ce qu’il annonce, Jésus, c’est le salut. Pour tous. On le sait, ok, mais concrètement ?!

Cet amour sauveur du Père que Jésus vient révéler c’est de cela dont il s’agissait dans ce que Jésus vient de lire et de proclamer dans la synagogue. Rappelez-vous ce qu’on a entendu dimanche dernier et qui précède cette page d’évangile de ce jour : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés », etc.

Cette parole, dit Jésus, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. L’amour sauveur du Père est là, l’amour sauveur du Père qui veut la vie et la libération de ce qui nous enferme et nous empêche d’être des vivants, l’amour sauveur du Père est là et va se révéler. C’est lui Jésus qui en est l’annonce en paroles et en actes, ce que nous découvrirons au fil des évangiles, ce que nous réentendrons au fil des semaines et des dimanches pour que ça imprègne en nous, que ça nous façonne, que ça nous forme à l’école et à la suite du Christ. Alors nous pourrons vivre de ce salut nous aussi. L’accueillir pour nous-mêmes et en devenirs témoins, témoins en actes pour d’autres autour de nous.

La question qui me vient c’est : comment écouter ? Ou plutôt : comme écoute-tu cette Parole ? Comment l’accueille-tu comme une Parole à toi adressée, une Parole que Dieu veut te dire à toi personnellement aujourd’hui mais aussi à nous ensemble comme peuple en marche appelés à en vivre ?

Comment écoute-tu le Christ Jésus, Parole du Père, qui veut te parler et te rejoindre ?

Est-ce que tu l’écoutes comme les habitants de Nazareth, en enfermant Jésus dans ce que tu sais et que tu veux bien croire spontanément de lui, ou est-ce que tu te laisses surprendre, même quand tu crois connaître ce qu’il va te dire ? Parce que c’est ça le problème de ceux qui sont là avec Jésus dans l’évangile de ce jour : ils savent qui il est, au sens qu’ils croient savoir, ils l’ont enfermé dans leur connaissance immédiate ou alors dans ce qui se dit de lui, telle une rumeur et qui risque de le faire passer pour un faiseur de miraculeux…

Nous aussi, parfois, on croit savoir : « Il est le Fils de Dieu, il est ressuscité. Il devait être génial, ça aurait été tellement cool de vivre à son époque, de le rencontrer, et même d’être guéri par lui ! » Franchement, vous ne croyez pas ? Mais justement ! Laissons-nous surprendre, laissons-nous rejoindre, laissons-le travailler nos cœurs et se révéler à nous, comme il veut, aujourd’hui, au cœur de ce que nous vivons et que nous tournerons vers lui pour que là il vienne nous rejoindre et nous offrir le salut du Père.

Ce salut, je le redis, c’est l’amour, l’amour sauveur, l’amour qui donne sens à chacune de nos vies, l’amour dont nous avons tous besoin pour nous sentir à notre place en ce monde, cet amour que Dieu a pour nous et que nous pourrions oublier parce que ce ne semble pas toujours et pas immédiatement concret ou tangible, ou parce que nous doutons à cause de nos épreuves de tous ordres et de tout ce mal qui défigure nos vies et notre monde…

Et pourtant… Et pourtant Dieu nous aime, c’est la Bonne nouvelle que Jésus veut nous redire aujourd’hui encore. Dieu est là, Dieu se fait proche si je me laisse approcher, et il m’aime. Je peux le pressentir en moi, je peux aussi l’expérimenter par celles et ceux qui vont concrètement m’aimer et prendre soin de moi et qui participent de son amour pour moi. Parce que c’est ça l’incarnation, c’est Dieu qui a besoin de nos mains d’hommes et de femmes pour prendre soin, Dieu qui a besoin de nos voix pour consoler et annoncer le salut, Dieu qui a besoin que nous soyons un peuple en marche qui va à la rencontre des uns et des autres et notamment des pauvres et des malades.

C’est ça l’incarnation, c’est ça que Jésus est venu montrer et réaliser en prenant notre condition humaine. C’est ça que nous sommes appelés à vivre, au nom de l’amour de Dieu pour nous et pour ce monde…

Moi ça me bouleverse tout cela. Je me sens bien petit et en même temps je veux bien y prendre ma part ; car j’ai la chance, je crois, d’avoir un jour touché du doigt cet amour sauveur du Père et que d’autres en aient été des témoins concrets pour moi…

Jésus est mort au nom de cet amour qui s’est donné jusqu’au bout. L’annonce de cette Bonne nouvelle a bousculé ses contemporains car Dieu seul peut aimer jusqu’au bout de ce que Jésus nous en dit. Ça lui a coûté la vie. Et on pourrait être tenté d’y voir un échec, un non-sens, comme nos propres traversées du mal, nos propres épreuves. On pourrait être tenté de dire à Dieu : « Mais c’est quoi ce bazar, où es-tu quand je souffre, où es-tu quand je n’arrive pas à pardonner, où es-tu quand tel ou tel autour de moi ne trouve plus sens à sa vie et préfère mourir ? »

Je ne peux m’empêcher de laisser résonner en moi les mots de St Paul que nous avons entendu en 2ème lecture. L’amour seul peut donner sens à notre vie. Il nous faut nous aider à voir l’amour en actes en nos vies et à le vivre les uns pour les autres. Il nous faut nous aider à aimer, et à nous laisser aimer par Dieu, à le lui demander dans la prière, mais aussi dans une vie fraternelle grandissante et concrète entre nous. Avec patience et humilité, soyons-réalistes, et c’est bien ce qu’a dit St Paul. Je crois d’ailleurs que c’est bien ce que Dieu en vit avec nous qui sommes lents à croire, lents à vivre ses appels, lents à nous laisser conduire et sauver.

Mais entendons cette Bonne nouvelle que Jésus va vivre en sa propre chair, jusque sur la croix : Dieu nous aime et son amour est salut. Certes il nous faut traverser le silence de Dieu et l’attente, comme Jésus qui meurt en croix. Mais Dieu sauve, Dieu est là, son salut vient, son salut est promis. Et il est victoire de la vie sur tout mal et sur toute mort, y compris malgré les apparences immédiates.

C’est promis, et c’est réel. Jésus est ressuscité d’entre les morts et nous sommes là ce soir, 2000 ans plus tard, pour le célébrer, comme à chaque eucharistie. Il est vivant, mystérieusement, autrement, en Dieu, et il est là, il nous parle, il attend que nous l’écoutions et que nous nous laissions conduire par sa Parole et il veut se donner à nous dans le sacrement de l’eucharistie, sacrement de sa Présence, pour devenir notre force de vie avec lui, et que nous devenions ensemble signe de sa présence en ce monde, en paroles et en actes.

Alors je ne sais ce soir comment vous recevez tout cela et ce que j’ai essayé de vous en partager. Je ne sais comment vous vous savez aimés de Dieu et surtout comment vous vous sentez aimés de lui, ni comment vous vous laisser aimer par lui. Je ne sais non plus ce qui a besoin de son salut en votre vie à chacun. Mais tout cela, tout cela déposons-le dans le silence de la prière, maintenant. Et déposons-le tout à l’heure avec le pain et le vin que nous présenterons. Que le Seigneur vienne là nous rejoindre, au cœur de là où nous en sommes chacun. Et que là nous puissions toucher du doigt, pressentir, qu’il passe en notre vie, qu’il est là, et même qu’il a peut-être quelque chose à nous dire qu’il va murmurer en nous.

Prenons quelques instants de silence, oui, pour offrir tout cela au Seigneur, et pour guetter son passage et son murmure en nous. Amen.

Retour à l'accueil
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :