Le blog de Christophe Delaigue, prêtre à Grenoble : homélies, cinéma, lectures…

Homélie dimanche 3 avril 2022

5ème dimanche de Carême (Année C) avec étape du « 3ème scrutin » pour les catéchumènes (év. Année A)

Is 43,16-23 / Ps 125 (126) / Ph 3,8-14 / Jn 11,1-45

 

Avec cette longue page d’évangile – et plus largement avec les autres lectures aussi – nous voilà clairement orientés vers le but de notre marche de carême et les jours saints qui s’annoncent. Jésus l’affirme, il le dit à propos de lui-même mais c’est en même temps une annonce pour nous : il est la Résurrection et la Vie. Et c’est ce qu’il nous promet, c’est ce que le Père et lui veulent pour nous.

Elle est là cette espérance qu’annonce le prophète Isaïe, cette « chose nouvelle » qu’il fait, dit-il, et même qui est en « germe » et qu’il nous invite à voir ; et c’est ça, c’est cette espérance, qui doit orienter notre course, c’est cela qui doit nous tendre en avant, comme a dit St Paul dans la 2ème lecture. Jésus est la Résurrection et la Vie. Et c’est là que se manifeste la gloire de Dieu et sa puissance.

Une fois que j’ai dit ça, qu’est-ce qu’on en fait ? Comment ça va jouer dans notre vie bien concrète ? Qu’est-ce que ça peut changer ou influer au cœur de ce que nous avons à vivre ?

Parce que rappelez-vous ce que nous disait Emmanuel (notre curé) quand nous sommes entrés en carême : il s’agit non pas d’être spectateurs de ce qui va se jouer pour Jésus, mais d’être acteurs. Pour le dire autrement : être acteurs de ce qui vient, en être, y participer, le vivre pour nous-mêmes avec lui – lui Jésus.

Il est la Résurrection et la Vie. Il veut pour nous la vie. Et c’est bien ce qu’il manifeste par ce signe qu’il nous donne de la résurrection de Lazare. Et pas seulement dans ce qu’elle a d’un peu extraordinaire, mais plus largement aussi dans ce que l’annonce de la maladie puis de la mort de Lazare nous révèle de lui, Jésus, et de son désir de vie pour nous.

Que se passe-t-il quand Jésus apprend que Lazare est malade ? Il décide d’y aller. Certes il attend deux jours, et ça peut nous paraître un peu étonnant. Mais il y va. Au risque de sa propre vie, puisque les disciples lui rappellent qu’on veut le lapider dans cette région. Mais il aime son ami Lazare et il ne restera pas absent de ce qui se joue pour cette famille qui sont de ses proches. Et il y va.

Certes il y a là comme un silence de quelques jours. Un peu comme ce qui se passera pour lui. Au troisième jour, pour lui Jésus, se manifestera la Gloire de Dieu, sa puissance de salut. Sa puissance de résurrection et de vie pour celui qu’il aime...

Pour l’heure Jésus y va et là-bas il pleure son ami. Jésus ne peut rester sans rien faire. Ça veut dire qu’il en va de même pour nous. Jésus pleure nos souffrances et le mal qui nous cloue au sol. Jésus ne veut pas rester loin de nous. Même quand nous avons l’impression qu’il semble se taire ou tarder à se manifester... Il est la Résurrection et la Vie. Il veut pour nous la Résurrection et la Vie.

Et parfois nous sommes comme Marie, nous crions vers lui une sorte de « Si tu étais là alors ça ne nous arriverait pas tout ce malheur qui nous tombe dessus ! Qu’est-ce que tu fous, Seigneur ? » ... Comme lui d’ailleurs portera nos cris jusque sur la Croix en reprenant le fameux « Mon Dieu mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » du Ps 21... Et Dieu va sauver son Fils. Non pas de la mort et du mal comme si ça n’allait plus exister, non, mais de l’enfermement de la mort et du mal, de l’emprise définitive ou totale de la mort et du mal.

Le salut est puissance de vie. Dieu est victorieux de tout mal et de toute mort. Il le peut. Jésus en est la manifestation jusqu’en sa chair. Et ça nous est annoncé déjà par cette résurrection un peu étonnante et spectaculaire de son ami Lazare.

Voilà ce qui nous est promis à nous aussi. Aux derniers jours comme dans l’aujourd’hui de ce que nous avons à vivre. La voilà cette espérance qu’annonce le prophète Isaïe et qui peut être pour nous un véritable moteur de vie et de confiance, jusqu’en nos épreuves, quelles qu’elles soient. Jésus est là, Jésus qui est notre ami ne veut pas nous abandonner au pouvoir du mal et de la mort, Jésus meurt pour nous en libérer et nous entraîner avec lui de la mort à la vie.

On le sait tout ça. Mais il nous faut le réentendre, le faire nôtre, année après année, pour y croire vraiment. Pour se laisser former et façonner par cette Bonne nouvelle. Et pour cela, un des enjeux fondamental de notre vie chrétienne et de notre vie à a suite du Christ, c’est de développer notre amitié avec lui.

C’est un des enjeux de la « Retraite dans la vie » qu’un certain nombre d’entre vous ont osé vivre en ce temps de carême. C’est également un des enjeux de l’accompagnement spirituel qu’on propose assez largement dans la paroisse.

En tout cas, pour nous tous, ça passe surtout et d’abord par une vie de prière qui peu à peu se construit et apprend à se vivre dans une certaine fidélité et persévérance. Et ça passe par l’écoute et la rumination de la Parole de Dieu, semaine après semaine, ou jour après jour si vous arrivez à vous en donner le temps. Pour contempler Jésus et le projet de salut du Père. Pour entendre Jésus en ses promesses de vie et de salut. Et pour se laisser façonner et vivre en dynamique de confiance et d’espérance, car c’est une véritable force de vie, quoi que nous ayons alors à traverser.

Certes, la vie n’en sera pas plus facile en soi, comme par magie. Nous avons nos épreuves et nos souffrances. Nous avons toutes ces choses qui nous lient et nous entravent, qui nous clouent parfois au sol et nous font perdre le goût de vivre. Ça arrive, nous le savons bien. Et nous nous sentons alors comme prisonniers de je ne sais quels tombeaux. Mais justement ! La promesse qui nous est faite aujourd’hui, la Bonne nouvelle qui nous est adressée, c’est que Jésus – notre ami Jésus – vient à nous pour nous en libérer. Pour que nous soyons tournés vers un « meilleur » qui est là et qui est possible.

Parfois nous vivons enfermés dans le passé et dans nos erreurs, nous vivons comme condamnés par nos blessures du passé ou notre péché dont nous n’arrivons pas toujours à nous en sortir. Jésus veut pour nous la vie, la vie re-suscitée au cœur de tout cela. Et il nous invite à laisser derrière nous tout cela. Toutes les lectures nous l’ont dit. Laisser tout cela derrière nous non pas pour vivre comme si ça n’était pas là, mais pour s’autoriser à vivre – j’ai envie de dire : malgré tout. Et pour y arriver : à le vivre avec lui, lui confier tout cela et nos désirs de vie, pour qu’il nous éclaire et nous accompagne, que nous puissions discerner et voir ce qui est en germe et qui vient, que nous puissions discerner et voir la vie qui nous traverse, malgré tout, ou même imperceptible…

Anton et Amandine, quand vous allez être baptisés dans la nuit de Pâques, voilà ce qu’il va vous falloir laisser au fond de la cuve baptismale – qui ressemble d’ailleurs à une sorte de tombeau – ; et voilà ce que nous aurons à déposer nous aussi, chacun, quand Anton et Amandine vont être plongés dans l’eau du baptême, puisqu’il s’agira là aussi de ne pas être spectateurs mais bien acteurs et partie prenante du salut qui est à l’œuvre.

Et peut-être que la veille, au soir du Vendredi saint, en contemplant la Croix et Jésus qui meurt en Croix, peut-être est-ce cela qu’il faudra regarder, à savoir : qu’est-ce qui dans ma vie concrète met à mort la vie même, qu’est-ce qui cloue Jésus en Croix, lui qui est la Résurrection et la Vie ?

Pour le dire autrement : qu’est-ce qui est de l’ordre du péché pour lequel il meurt par amour ? Et qu’est-ce qui est de l’ordre des souffrances que je peux déposer avec lui, avec les siennes, pour que le Père me ressuscite ? Et cela, je le redis, nous ne laisserons chacun au fond du tombeau de la cuve baptismale. Pour vivre. Pour nous autoriser à vivre et pour nous laisser relever. Pour nous laisser réveiller aussi de nos endormissements qui peuvent laisser le découragement et je ne sais quelles tentations prendre parfois le dessus en nos vies…

Alors je ne sais comment vous recevez ces balbutiements de ce jour, je ne sais comment vous arrivez plus ou moins à tenir dans cette espérance que Jésus nous annonce et nous révèle, celle du salut, celle de la vie qui avec lui est plus forte que tout mal et que toute mort. Mais s’il vous plaît, demandons dans cette eucharistie, demandons cette grâce au Seigneur, la grâce d’y croire, d’y croire vraiment. Et de nous laisser modeler par cette Bonne nouvelle qu’il nous adresse personnellement à chacun quand il nous dit : « Je suis la Résurrection et la Vie… Je suis la Résurrection et la Vie et tout ce mal qui peut te faire désespérer, entend qu’il ne conduit pas nécessairement à la mort, la mort comme fin de tout. Fais confiance et tu verras : Dieu est là, Dieu est présent, Dieu peut manifester sa puissance et sa Gloire au cœur de ce que tu traverses ».

Alors oui, demandons cette grâce d’y croire, d’y croire vraiment. Et que ce soit force de Vie pour nous. Que nous puissions y goûter en ces jours qui s’annoncent et alors en être témoins pour d’autres, à notre mesure et comme Dieu le permettra. Amen.

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