Le blog de Christophe Delaigue, prêtre à Grenoble : homélies, cinéma, lectures…

Homélie fête de la Visitation

Mardi 31 mai 2022 - Fête de la Visitation

[Carmel ND de Surieu]

So 3,14-18 / Ct Is 12,2-6 / Lc 1,39-56

 

En méditant ce matin sur le sens de ce que nous célébrons ce jour je me disais que c’est intéressant que la liturgie, cette année, nous donne de fêter la Visitation à quelques jours à peine de la Pentecôte. Intéressant, car n’est-ce pas le même mouvement de foi que l’Église est appelée à vivre, le même mouvement de foi que celui de Marie, dans ce qu’on vient d’entendre – avec ce qui précède de la visite de l’ange – et dans ce qui se joue là pour elle et pour Elisabeth ?

Marie vient de recevoir la Bonne nouvelle de la venue du Sauveur en sa chair. L’Esprit Saint vient de descendre sur elle et la puissance du Très-Haut vient de la couvrir de son ombre. Et voilà qu’elle se met en route pour aller aider Elisabeth qui est elle-même enceinte.

Marie va se faire proche de sa cousine qui en a besoin, pour aller prendre soin d’elle. Elle a été touchée par cette autre bonne nouvelle que l’ange lui a adressée, comme pour authentifier le propre don qui lui est fait à elle, Marie, de devenir la mère du Sauveur.

Et Marie se met en route avec empressement, elle se lève telle une ressuscitée – si j’en crois le mot grec ici utilisé. Habitée de l’Esprit Saint et par le Verbe de Dieu la voilà qui vit déjà l’Évangile du salut : se faire proche et prendre soin et ainsi se donner et aimer. Et la joie est là qui invite chacun à la louange ; la joie naît de ce mouvement même qui pousse Marie à aller à la rencontre d’Elisabeth.

Cela éclaire ce que nous allons vivre à la Pentecôte, car n’est-ce pas la même chose qui va se jouer pour nous et pour toute l’Église ? Recevoir l’Esprit Saint, se laisser habiter et féconder par la puissance du Très-Haut, pour que nous puissions porter le Christ à ce monde, que nous puissions lui permettre d’être présent à ce monde. Et que la joie même de Dieu à offrir son salut puisse se répandre de proche en proche.

Voilà ce à quoi nous sommes appelés. Jusque dans la vie cachée d’un carmel. Laisser l’Esprit de Dieu descendre sur nous et l’invoquer pour toute l’Église, pour que nous puissions recevoir en nous la Parole, le Verbe de Dieu, le Christ sauveur, pour que sa présence se dise au monde et que son salut soit annoncé, en paroles et en actes, aujourd’hui encore...

Méditant tout cela je pensais au pape François qui, dans plusieurs de ses derniers textes, parle du « style de Dieu » qui se fait « proximité, tendresse et compassion ». Il me semble que c’est bien ce que nous voyons dans l’attitude de Marie qui part avec empressement rejoindre Elisabeth et qui va rester trois mois avec elle. Et c’est ce que nous sommes appelés à vivre, au nom même de l’Évangile : « proximité, tendresse et compassion ».

C’est vraiment, je crois, la grâce que nous pouvons du coup demander en ces jours qui nous conduisent à la Pentecôte ; c’est vraiment ce que nous pouvons demander dans la prière, pour toute l’Église : que nous soyons des hommes et des femmes de la proximité, de la tendresse et de la compassion ; que nous soyons une Église qui tout-jours marche à la rencontre de l’autre, pour être présence du Christ, au souffle de l’Esprit Saint. Et que là soit notre joie, car là est la joie de Dieu, celle-là même que le prophète Sophonie a chantée dans la 1ère lecture…

Alors, que cette fête de la Visitation, comme celle de Pentecôte qui approche, nous renouvellent dans l’amour de Dieu, cet amour que Sophonie annonce aussi, cet amour de Dieu pour nous et pour ce monde, cet amour que le Christ est venu révéler par son incarnation, cet amour sauveur du Père que la résurrection vient manifester pleinement, cet amour que l’Esprit Saint vient répandre en nos cœurs et ainsi en ce monde qui en a tant besoin.

Cela ne peut se vivre que de proche en proche, de rencontre en rencontre, à l’exemple de Marie qui annonce en sa Visitation ce que va vivre le Christ lui-même : il se fera rencontre des uns et des autres, qui que nous soyons, pour annoncer en paroles et en actes son salut ; et il se fait pour cela « proximité, tendresse et compassion ». Amen.

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