Le blog de Christophe Delaigue, prêtre à Grenoble : homélies, cinéma, lectures…

Homélie dimanche 22 mai 2022

6ème dimanche de Pâques - Année C

Ac 15,1-2.22-29 / Ps 66 / Ap 21,10-14.22-23 / Jn 14,23-29

 

Je trouve un peu déroutant ce qu’on vient d’entendre. Le côté un peu décousu entre nos trois lectures. Qu’est-ce que la liturgie veut nous dire ? Et qu’est-ce que le Seigneur veut ainsi nous dire à nous aujourd’hui ? Parce que c’est ça la question et l’enjeu pour nous…

La 1ère lecture nous raconte à grand trait ce qu’on appelle le concile de Jérusalem. Il y a des tensions dans les premières communautés chrétiennes, en l’occurrence sur ce qu’on doit exiger ou non des nouveaux convertis non juifs. Et ce qui est intéressant c’est que pour sortir par le haut, on s’en remet au discernement avec d’autres qui ne sont pas directement partie prenante des tensions. Dans une espèce de confiance dans les Apôtres et les responsables de la communauté de Jérusalem.

Qu’est-ce qui se passe à Jérusalem ? On se parle, on expose le problème, on essaye de comprendre les enjeux. Et on décide. Le texte dit-même qu’il y a eu unanimité dans la décision prise. Sans doute un consensus progressif qui aboutit à une décision qui convient à tous et qui semble juste. Et là on affirme que l’Esprit Saint a parlé. Dans cet acte même de discernement.

L’Esprit Saint. Il va en être question aussi dans l’évangile, je vais y revenir.

Dans la 2ème lecture, on change complètement de registre. D’où cette espèce de côté décousu que j’évoquais au début de cette homélie. Jean raconte cette vision de la Jérusalem céleste. L’Église du Ciel, fondée sur les Apôtres. Tiens, voilà un point commun avec la 1ère lecture. Outre le fait que cette 1ère lecture nous parle aussi de l’Église, en fait.

Dans cette Jérusalem céleste, il n’y a plus de Temple. Et ça n’est pas un détail. Parce que le Temple pour les Juifs c’était le lieu de la présence de Dieu, le lieu qui rappelait que Dieu habite au milieu de son peuple. Ce dont Israël doit être témoin pour les nations. C’est sa mission. C’est le sens de son élection, le pour-quoi Israël existe.

Dans la Jérusalem céleste le Temple c’est Dieu lui-même. Et l’Agneau, précise Jean. L’Agneau qui est est la lumière. L’Agneau, nous le savons, qu’est le Christ Jésus. Le Christ qui a été conduit à la mort sur la croix tel un agneau que l’on mène à l’abattoir. Le Christ Jésus qui est l’Agneau de Dieu comme on le dit à chaque eucharistie juste avant de communier, l’agneau du sacrifice pascal, la nourriture pour la route. C’est lui le nouveau Temple. C’est lui la présence de Dieu. Il s’est fait homme pour nous le révéler. Il s’est fait homme pour nous révéler qui est le Père et quel est son projet d’amour pour nous. Il s’est fait homme, lui le Christ Jésus, pour nous révéler l’amour sauveur du Père qui veut nous libérer de toute forme de mal et de mort.

La Jérusalem céleste que l’Église ici-bas, et qu’elle annonce dans la charité en actes que nous vivrons entre nous – c’était l’évangile de dimanche dernier quand Jésus nous dit : « c’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on reconnaîtra que vous êtes mes disciples » –, cette Jérusalem céleste, n’est-ce pas cette destination qui nous est promise quand Jésus dit dans l’évangile de ce jour qu’il monte au Père ?

Je ne sais pas ce que ça évoque pour vous, cette promesse de vie en Dieu. Je ne sais pas ce que ça vous fait cette promesse que nous sommes attendus auprès du Père. Mais si Dieu est l’amour en plénitude, si Dieu est le salut, c’est-à-dire la victoire de la vie sur tout mal et sur toute mort, alors ça veut dire que nous sommes promis à vivre pleinement, à vivre comme des vivants, des vivants libérés de tout ce que la vie ici et maintenant a de difficile, libérés de tout qui nous accable parfois, ce qui nous recroqueville sur nous-mêmes, ce qui nous enferme dans des peurs ou je ne sais quelles angoisses plus ou moins existentielles, tout ce qui nous cloue parfois au sol et nous rend malades, au sens propre comme au sens figuré et donc y compris de nous-mêmes ou de ce monde.

Nous sommes promis à vivre de cet amour-là de Dieu. En cet amour-là qu’est Dieu et que Jésus nous révèle dans sa Parole. Voilà pourquoi il nous faut la garder cette Parole, comme dit Jésus dans l’évangile de ce jour. La garder c’est-à-dire l’écouter, la contempler, l’accueillir, et nous laisser façonner par elle petit à petit, pour croire à cette promesse de Dieu pour nous et pour que ça devienne une Bonne nouvelle bien concrète pour notre vie de chaque jour, quelque chose qui va nous rendre plus vivants dès ici-bas ; déjà sauvés, même – ai-je envie de dire.

Je suis personnellement persuadé que notre foi en la vie plus forte que tout mal et que toute mort, y compris malgré les apparences immédiates des épreuves de nos vies, je suis persuadé que ça change notre rapport au monde et aux évènements qui nous tombent dessus. Croire que la vie est plus forte que tout, même imperceptible parfois et bien fragile, c’est vivre. Je peux en témoigner à ma petite mesure, au cœur de ma traversée de la maladie depuis 6 ans maintenant. Non pas que ça rende les choses plus faciles, mais ça aide à choisir la vie plutôt que de la subir. Ça aide à garder une forme d’espérance plutôt que de se laisser engloutir par les vagues successives du découragement.

Mais figurez-vous que tout seul c’est difficile et certains jours ça semble même impossible ! Nous avons besoin les uns des autres pour y arriver, nous avons besoin les uns des autres pour nous soutenir. Et c’est ça l’Église.

Et l’enjeu sera justement de nous aimer, c’est-à-dire de décider et de vouloir compter les uns sur les autres et même de compter les uns pour les autres. De prendre soin de l’autre qui est là comme de nous porter mutuellement dans la prière. Et d’invoquer ensemble l’Esprit Saint pour que des chemins de vie s’envisagent. Au cœur même de l’épreuve qui peut-être semble nous engloutir…

C’est très concret tout cela. Et je peux témoigner à ma petite mesure qu’au cœur de cette aventure qu’est la vie eh bien Dieu est là, je le crois. Il est là dans le fin murmure d’une présence en nous qui se pressent, celle de son Esprit Saint ou de Jésus ressuscité qui veut se dire par l’Esprit Saint qu’il nous promet. Dieu est présent aussi par son Église que nous sommes ensemble si nous vivons l’Évangile et si nous acceptons de nous recevoir du Christ lui-même pour être et devenir chacun et ensemble ses mains qui vont prendre soin, ses pieds qui iront à la rencontre de l’autre qui souffre ou qui désespère, et sa voix qui va consoler, réconforter et faire monter vers Dieu nos cris comme nos silences de qui ne s’est plus quoi lui dire parfois.

La présence de Dieu en ce monde c’est le Christ et, par l’envoi en mission de ses disciples après sa résurrection, c’est nous, c’est son Église, si elle vit de l’Évangile, et donc si elle écoute et vit la Parole, au souffle de l’Esprit Saint. Car Jésus le dit dans notre évangile de ce jour : c’est lui l’Esprit Saint qui va nous donner d’entendre et de comprendre ce que Dieu veut nous dire et à quoi ça nous appelle ; c’est lui, l’Esprit Saint, qui nous enseignera tout, dit Jésus.

Alors il nous faut l’invoquer. Il nous faut le demander et croire en sa présence. Il nous faut le prier. Pour qu’il descende sur nous. Qu’il descende comme nous allons le prier dans quelques instants sur le pain et sur le vin et sur l’Église que nous sommes pour que le pain et le vin deviennent le Corps et le Sang de Jésus ressuscité, c’est-à-dire le signe de sa présence, et qu’ainsi il vienne demeurer en nous. Et que par notre communion à ce sacrement nous devenions nous-mêmes, ensemble, sa présence aujourd’hui en ce monde. Le Temple nouveau qui doit illuminer ce monde, c’est-à-dire rayonner de la lumière du Christ, rayonner de l’amour sauveur du Père, sa miséricorde qui sauve le monde.

Le Christ s’en va, il monte au Père, avons-nous entendu. C’est ce que nous allons célébrer et fêter jeudi, à l’Ascension. Et il va revenir, dit-il. Il revient par l’Esprit Saint et par ce que nous allons vivre de l’Évangile…

Je disais au début de ce Temps pascal que nous avions 40 jours devant nous, jusqu’à l’Ascension, pour que la Bonne nouvelle de la résurrection du Christ prenne corps en nous comme Parole de Vie, pour que nous lui donnions Corps, que nous donnions Corps à sa présence, pour que sa mission de salut soit annoncée aujourd’hui encore en paroles et en actes. Alors laissons-nous rejoindre et façonner aujourd’hui encore par ce mystère du Christ qui est là et qui se donne dans son eucharistie. Laissons-nous rejoindre et façonner au cœur du réel concret de ce que nous traversons et portons des joies et des peines de nos vies et de ce monde. Laissons-nous rejoindre et traverser au cœur de tout cela.

Et tout simplement, prenons le temps de déposer dans le silence de la prière, prenons le temps de déposer tout ce que ces balbutiements viennent éveiller en nous, tout ce qui fait nos joies et nos peines, et tout ce qui a besoin de la présence de Dieu et de son salut.

Et demandons en même temps la grâce d’une foi toujours plus enracinée, c’est-à-dire d’une confiance grandissante en Dieu. Demandons cette grâce de croire que Jésus est présent à nos vies et qu’il nous aime, et de l’aimer en retour. Comment ? En gardant sa Parole, c’est-à-dire en l’écoutant, et même en l’écoutant comme une Parole pour nous, et en nous laissant former par elle pour en vivre aujourd’hui.

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