Le blog de Christophe Delaigue, prêtre à Grenoble : homélies, cinéma, lectures…

Homélie dimanche 14 août 2022

20ème dimanche du Temps Ordinaire (Année C)

Cathédrale St Maurice de Vienne

Jr 38,4-6.8-10 / Ps 39 (40) / He 12,1-4 / Lc 12,49-53

 

Si j’avais prêché aujourd’hui à la paroisse où je suis en ministère, la paroisse St Joseph à Grenoble – cette paroisse que notre évêque d’alors a confiée aux jeunes, étudiants et jeunes Pros –, si j’avais prêché là-bas j’aurais commencé en disant qu’avec cette page d’Évangile on a comme un « teaser », une bande-annonce, un « teaser » pour ce qui va suivre la résurrection de Jésus et ce qui va arriver aux premières communautés chrétiennes.

On pourrait le prendre, de fait, comme un « teaser », une bande-annonce, pour une lecture de fin d’été que pourrait être celle du Livre des Actes des Apôtres – une bonne lecture, que je vous recommande !

Là vous êtes peut-être en train de vous demander pourquoi je vous dis cela, et où est-ce que ça va nous emmener !?

Si je vous dis cela c’est parce que ce feu dont parle Jésus, ce feu qu’il est venu apporter, ce feu qui lui tarde qu’il soit allumé, qu’est-ce que c’est ? Évidemment pas celui des incendies qui font rage un peu partout en France en ce moment, évidemment.

Ce feu c’est le feu de son amour, et ce feu c’est celui de l’Esprit Saint, le feu de la Pentecôte que les apôtres vont recevoir et qui va leur donner l’audace de la mission.

Or cette mission, quelle est-elle ? C’est celle de l’annonce, l’annonce de l’Évangile, l’annonce du Christ, le Christ qui nous a aimés jusqu’à donner sa vie pour nous, jusqu’à donner sa vie pour nous sauver de tout mal et de toute mort, le Christ qui nous appelle à vivre à sa suite de cet amour du Père, cet amour sauveur, sa miséricorde.

Le voilà ce feu qu’il apporte sur la terre, le feu de son amour qui est celui-là même de l’Esprit Saint. Car l’Esprit Saint c’est la force de vie et d’amour de Dieu, sa puissance de résurrection, cette force qui peut re-susciter en nous toute vie, quoi que nous traversions, si nous le demandons.

Voilà pourquoi l’auteur de l’épître aux Hébreux, dans la 2ème lecture nous invite à courir « avec endurance l’épreuve qui nous est proposée » en ayant « les yeux fixés sur Jésus » et à méditer l’exemple qu’il est pour nous, nous qui voulons apprendre à le suivre.

Avoir les yeux fixés sur lui, le Christ, c’est apprendre à contempler cet amour qu’il est venu incarner et révéler, tout habité de l’Esprit Saint qu’il était.

Avoir les yeux fixés sur lui c’est passer avec lui du mystère de la Croix – où il meurt à cause de la violence des hommes et du péché – au mystère de la Résurrection. Ce baptême dont il a parlé dans notre évangile. C’est par la puissance de l’Esprit Saint que le Père a ressuscité Jésus d’entre les morts.

Et avoir les yeux fixés sur Jésus c’est encore croire qu’il vient nous rejoindre, aujourd’hui encore, qu’il vient nous rejoindre au cœur de nos nos épreuves, de nos questionnements et de nos paralysies, comme il est venu rejoindre ses disciples et des apôtres après sa mort et sa résurrection pour leur donner son Esprit Saint, l’Esprit de Pentecôte, ce feu qu’il veut répandre sur toute la terre, l’amour même qu’est Dieu.

Voilà la Bonne nouvelle de ce jour, la Bonne nouvelle qu’il nous faut entendre, cette Bonne nouvelle qui est du coup un appel très concret pour notre vie de tous les jours, l’appel à aimer, aimer comme Jésus nous a aimés, aimer le prochain qui est là, aimer même nos ennemis…

Cet amour là, cet amour vécu pour de vrai, cet amour à vivre dans les petites choses du quotidien et dans toute rencontre, cet amour peut déranger, il peut bousculer, il peut n’être pas compris. Ça a coûté la vie à Jésus ; et la Bonne nouvelle de sa résurrection, au nom même de l’amour du Père qui veut nous sauver, tous, cette Bonne nouvelle va entraîner la contradiction et même les persécutions contre les premières communautés chrétiennes – allez relire les Actes des Apôtres, c’est une bonne lecture, je vous assure !

Dans les épreuves, comment les premières communautés chrétiennes ont-elles tenu dans la foi ? Comment la Bonne nouvelle de l’Évangile a-t-elle pu se transmettre et faire que nous soyons là aujourd’hui à nous poser cette question ?

Tout simplement – ai-je envie de dire – tout simplement parce qu’ils ont gardé les yeux fixés sur Jésus et parce qu’ils ont demandé et reçu la force de l’Esprit Saint.

Et ça, en fait, c’est très simple : il s’agit pour nous d’enraciner notre vie dans l’écoute et la contemplation de la Parole de Dieu, il s’agit d’enraciner notre vie dans la prière et les sacrements, et il s’agit de nous soutenir les uns les autres dans une vie fraternelle choisie et assumée – ça s’appelle l’Église, et c’est bien ce que nous sommes appelés à vivre et à apprendre à vivre ensemble dans nos paroisses.

Il est vrai que c’est parfois difficile de vivre en chrétiens dans le monde, jusque dans vos propres familles peut-être, comme l’a annoncé Jésus, alors aidons-nous, soutenons-nous, que ce soit d’ailleurs un témoignage pour d’autres. Rappelez-vous ce que Jésus dira après le lavement des pieds, au soir du dernier repas : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on reconnaîtra que vous êtes les disciples » (Jn 13,35)… le feu de son amour…

Alors, dans cette eucharistie, demandons au Seigneur qu’il nous renouvelle de cet amour, pour que nous en soyons tout-jours mieux témoins, à notre mesure mais toute notre mesure, et sans nous décourager – comme disait l’épître aux Hébreux. Et demandons l’Esprit Saint, qu’il nous façonne, qu’il nous donne la force dont nous avons besoin pour vivre cet amour très concrètement.

Et si notre vie chrétienne entraîne incompréhension voire contradiction ou division, y compris dans nos familles, alors demandons-lui qu’il vienne toucher les cœurs, qu’il vienne déjà déposer un peu de paix, et qu’il nous donner d’aimer, d’aimer quand même, d’aimer l’autre, tel qu’il est et là où il en est…

Alors oui, prions ; prions avec cette même confiance que celle du psaume, la confiance que Dieu entend celui qui crie vers lui et qui met son espoir en lui… car il nous aime… Nous le croyons et nous le célébrons : il est notre secours, notre libérateur… Amen.

 

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