Homélie 17 juillet Carmélites martyres de Compiègne

Homélie 17 juillet Carmélites martyres de Compiègne

Sainte Thérèse de Saint-Augustin et ses compagnes, martyres (Compiègne, 17 juillet 1794)

[Au Carmel : Mémoire avec textes propres]

Rm 831b-39 / Ps 125 (126) Jn 15,18-21

« Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » … Cette question de St Paul, qui sonne comme une affirmation, elle pourrait passer pour bien naïve aux yeux du monde. Et même pour un certain nombre de croyants d’ailleurs.

Cette phrase peut paraître bien naïve car évidemment que nos « ennemis » de tous ordres peuvent avoir prise sur nous, et la violence du monde et la mort aussi. Nos frères et sœurs persécutés, comme d’autres souffrants, le savent bien.

Et pourtant St Paul veut là nous encourager…

Au fond, c’est la question de ce qui donne sens à nos vies – sur quoi reposent nos vies –, et c’est la question de notre attachement au Christ. Car pour vos sœurs martyres de Compiègne c’était clair, si j’ose dire, comme ça l’est pour d’autres martyrs et persécutés d’aujourd’hui : ce qui donne sens à leur vie et ce qui est forcé dans l’épreuve, c’est le Christ et c’est leur foi en lui, et c’est son Amour et leur amour pour lui.

Elle est belle, d’ailleurs, la suite du texte, un peu plus loin quand St Paul continue par ces mots : « Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? La détresse ? L’angoisse ? La persécution ? La faim ? Le dénuement ? Le danger ? Le supplice ? (…) J’en ai la certitude : (…) rien ne pourra ne séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ-Jésus notre Seigneur »…

C’est beau, même si la marche peut nous paraître haute, mais c’est beau parce que des témoins de la foi ont pu le vivre avant nous. Et ça nous dit que c’est possible, que c’est vrai, et que quoi qu’il nous arrive, qu’elles que soient les épreuves de nos vies, notre attachement au Christ peut réellement être un roc, que notre attachement au Christ est vainqueur, son Amour est vainqueur.

C’est ce que nous célébrons à chaque eucharistie.

Et il est là l’appel pour nous, et même l’enjeu pour nous, c’est celui de notre attachement au Christ et de comment ça va orienter notre vie, dès aujourd’hui.

Sommes-nous tendus, orientés, par les promesses de la vie éternelle ? Et comment nous donnons-nous les moyens, patiemment, humblement, mais avec persévérance, de grandir dans cet amour du Christ pour nous et dans ce désir de salut du Père que Jésus est venu révéler et annoncer pour tous ?

Il est là et il sera là notre roc.

Et d’ailleurs, la vie éternelle, ça n’est pas qu’une promesse à venir ni même une consolation  pour notre traversée d’ici-bas en attendant un avenir meilleur, au Ciel, non. Car Dieu est hors de la finitude du temps, et la vie éternelle c’est donc un éternel présent de Dieu. Même si nous en vivrons un jour en plénitude, oui. Mais du coup c’est déjà promesse de vie dès aujourd’hui, c’est à vivre dans l’aujourd’hui de notre vie.

C’est l’appel pour nous, l’enjeu pour notre vie chrétienne : grandir dès ici-bas, dès aujourd’hui, dans cet attachement au Christ, cet attachement que rien ne pourra détruire, cet attachement au Christ qui fait vivre et qui rend libre, quelles que soient les épreuves qui viendraient. Cet attachement au Christ par le lien de l’Esprit Saint que Jésus promet à ses disciples et qui est la force des martyrs.

C’est d’ailleurs ce qu’il va leur dire dans la suite immédiate de ce qu’on a entendu dans l’évangile de ce jour [*].

En tout cas l’enjeu pour nous, je le redis et j’insiste, il est bien de bâtir nos vies sur ce roc-là d’un attachement au Christ qui puisse se fortifier au fil des jours, c’est de bâtir notre vie sur cette confiance-là en son amour qui est force de vie et qui fait vivre, quoi qu’il nous arrive ; c’est d’enraciner nos vies dans l’amour du Christ et de nous y aider, nous soutenir. Dans le désir de suivre le Christ et de le chercher, le désir d’écouter sa Parole et de nous laisser façonner par ses appels, et dans le désir de l’aimer, lui le Christ, et de nous laisser saisir par son Amour. Un jour après l’autre…


Je repensais là à ce verset de Ps142 qui m’habite souvent, celui que j’ai demandé à Sr. Dominique de mettre sur la petite carte de mes 20 ans d’ordination et qui dit bien, je trouve, cet appel et cet enjeu pour nos vies, et qui dit bien aussi cet Amour et cette foi qui habitaient nos sœurs martyres : « Fais que j’entende au matin Ton amour, car je compte sur Toi » (Ps 142,8a)…

Que ce soit notre prière, tout-jours. Amen.

*/  Cf. Jn 15,18 – 16, 13 (on retrouve  cela dans d’autres évangiles, par exemple en Mc 13, et notamment au v.11).

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