Homélie dim. 7 décembre 2025

Philippe de Champaigne - Musée de Grenoble

Philippe de Champaigne - Musée de Grenoble

2ème dimanche de l’Avent - Année A

Is 11,1-10 / Ps 71 / Rm 15,4-9 / Mt 3,1-12

 

La semaine dernière, on est entré dans ce temps de l’Avent avec l’appel à veiller. Et St Paul dans la 2ème lecture avait cette expression un peut étonnante peut-être : l’appel à sortir de notre sommeil ; pour le dire autrement : à sortir de nos endormissements, à nous réveiller, on pourrait même à raviver la flamme de la foi, en nous, la flamme de l’espérance, qui semble parfois s’éteindre ou manquer de s’éteindre.

On voit bien l’image du feu de camp, les braises qui sont là mais le feu qui baisse. Et là faut souffler, parfois même souffler fort…

Eh bien je crois qu’il y a là une image à retenir pour nous aujourd’hui. Pourquoi ? Parce que le maître mot de ce jour c’est l’appel à la conversion. C’est le cri de Jean-Baptiste, Jean-Baptiste qui prépare la venue du Christ, Jean-Baptiste qui annonce le Royaume de Dieu qui s’approche, mais Jean-Baptiste qui nous appelle surtout à préparer nous aussi le chemin du Seigneur. Dans notre vie à chacun et dans ce monde, aujourd’hui encore.

Jean-Baptiste il a une parole forte et dérangeante. Ça va le mener en prison. Et comme le Christ-Jésus, ça va finalement lui coûter la vie. Jean-Baptiste il est inspiré, il est complètement habité du feu de Dieu et de l’Esprit Saint. Voilà justement le souffle dont nous avons besoin pour rester éveillés, pour tenir dans l’espérance, pour raviver la flamme de la foi et vivre l’Évangile. Voilà ce dont nous avons besoin nous aussi pour nous convertir. L’Esprit Saint, qui va nous donner le feu de Dieu, le désir de suivre mieux le Christ et de l’accueillir vraiment dans nos vies pour l’annoncer et vivre ses appels d’Évangile.

Et dans la 1ère lecture de ce jour, spontanément on ne sait peut-être pas trop de qui on nous parle, on ne sait pas trop qui c’est ce rameau de Jessé qui est annoncé. C’est le Christ Jésus, le Christ qu’il nous faut regarder comme un étendard dressé pour le combat des jours, le Christ qu’il nous faut suivre pour savoir où nous devons aller.

Parce que c’est ça l’enjeu. C’est d’y aller. Et c’est d’y aller avec lui, à sa suite. Et donc le reconnaître et l’accueillir. Et même l’écouter et se laisser conduire.

Alors Jean-Baptiste nous dit qu’il est là, qu’il vient. Et qu’il faut s’y mettre, ça urge. Ne nous trouvons pas de fausses excuses du style : c’est bon, j’y crois et d’ailleurs je suis là ce soir, ça va bien comme ça.

Oui, peut-être, ok, mais est-ce que ta vie porte du fruit ? Est-ce que ta vie dit l’Évangile ? Est-ce que ta vie indique le Christ et la paix promise dont Isaïe nous a parlé dans la 1ère lecture encore !

Pour de vrai, pas toujours, si ? On voit bien que l’Évangile, si on y va pour de vrai, c’est quand même exigeant et radical. On voit bien qu’on a du mal à aimer pour de vrai, aimer chacun quel qu’il soit, quelle que soit son origine ethnique ou sa religion, aimer le pauvre qui est là et qui me culpabiliserait presque de ne pas savoir comment m’y prendre, si je dois lui donner 2-3 euros au risque qu’il les passe en boisson ou en drogue ou pour son chien alors que moi je trouve qu’il ferait mieux de s’acheter à manger et de se trouver une douche et un lit… Mais de quoi j’me même, si c’est donné c’est à lui !?

En tout cas c’est concret l’Évangile. Et c’est engageant.

Je pourrais continuer les exemples : aimer son prochain comme soi-même, aimer même nos ennemis et ceux qui nous persécutent, et donc aimer er pardonner, quoi qu’il m’arrive, quel que soit le mal qu’on a pu me faire. Et puis m’aimer moi aussi, malgré mon péché et ces chutes et rechutes qui me font peut-être désespérer de moi, de la vie, et même de Dieu...

Si on regarde pour de vrai notre vie à chacun, à mon avis on voit très bien ce que Jean-Baptiste nous dit ce soir. Cet appel à la conversion. Cet appel à préparer la venue du Seigneur et à rendre droit ses sentiers. Pour le dire autrement : l’appel à lui faciliter le passage au cœur de notre vie pas toujours très belle, pas toujours très fidèle à Dieu lui-même et à ses appels. Notre vie dont le chemin est parfois un peu empierré et plein de ronces.

C’est l’appel de ce jour, l’appel à la conversion. Car il vient le Seigneur-Dieu, il vient le Christ Jésus. Certes il est déjà venu, c’est ce qu’on va fêter à Noël, mais on croit qu’il reviendra dans sa Gloire, au jour du jugement. Qu’aurons-nous à lui présenter de nos vies ?! Comment aurons-nous aimé en paroles et en actes ? Comment aurons-nous gagné ce frère et cette sœur en humanité, c’est-à-dire comment aurons-nous été témoins et artisans de salut et de paix pour lui, pour elle, témoins en actes de pardon et de réconciliation ?

Je le redis : c’est concret l’Évangile. Et c’est concret l’appel à la conversion.

Alors comment on fait, comment on s’y prend ?

1ère étape : déjà on demande au Seigneur de nous y aider. Puisqu’on croit qu’il est présent à nos vies et qu’il veut nous conduire. Et pour ce faire on fixe nos yeux sur lui. C’est lui notre étendard. Faut pas le perdre de vue ! Et donc ça veut dire qu’on le contemple en sa Parole, on écoute, on regarde, on la prie. Et on lui demande de nous éclairer : qu’est-ce que ça nous dit de lui et qu’est-ce qu’il nous faut entendre ?

1ère étape, donc : on demande au Seigneur nous nous aider à lui faire place et pour cela on fixe nos regards sur lui.

2ème étape ensuite : à sa lumière on regarde en vérité ce qui fait notre vie de tous les jours. Et comment on vit les appels de l’Évangile, comment on y arrive, comment ça résiste, comment on loupe aussi le coche parfois. L’enjeu c’est de voir dans nos vies ce qui a besoin de sa force et de son aide, celle du Christ. Et donc ce qui a besoin de conversion, ce qui a besoin d’être ravivé ou réveillé, ce qui a besoin du souffle de l’Esprit Saint ! C’est ça l’enjeu : présenter notre vie au regard aimant du Père, à l’écoute des appels du Christ, et recevoir là le souffle apaisant de l’Esprit Saint, le souffle de vie et d’amour de Dieu, l’Esprit consolateur qui vient ressusciter nos vies, qui vient re-susciter la vie au cœur de nos chemins de mort et au cœur du mal qui traverse notre quotidien.

C’est ça l’enjeu. Et voilà comment nous pouvons faire place nette en nos cœurs pour y accueillir un renouveau, y accueillir le Christ lui-même, y accueillir les promesses du Royaume. Et en vivre mieux, du coup.

Ce qui m’amène à une 3ème étape : demander le pardon de Dieu. Et plus que cela, le célébrer : dire au Seigneur notre foi en son amour qui relève, dire au Seigneur notre confiance en sa force de vie qui va nous aider à avancer malgré tout, malgré ce mal que je fais, malgré mes chutes et me rechutes, malgré mes découragements peut-être. Dire au Seigneur : Viens raviver en moi le feu de ton amour, le feu de Dieu ; viens raviver en moi le désir et la volonté d’y arriver mieux et de moins faire le mal. Viens me consoler aussi et apaiser mes plaies. Viens me donner ton pardon et ta paix.

Oui, Seigneur, je vois bien combien j’ai du mal parfois à te faire place. Oui, Seigneur, je vois bien combien j’ai du mal parfois à vivre tes appels et parfois même à vouloir les vivre pour de vrai. Oui, Seigneur, je vois bien combien je manque la cible de l’appel à aimer, soit que je vise mal soit que la colère ou je ne sais quel ras-le-bol de l’autre ou de moi-même ou du quotidien font que je fais exprès de manquer la cible, la cible de l’appel à aimer : aimer Dieu, aimer son prochain comme soi-même, aimer comme le Christ nous a aimés. Et puis aimer aussi cette création qui nous est confiée, aimer au sens de prendre soin.

Petite parenthèse : le mot « pécher » en grec c’est le même mot que pour du tir à l’arc, pour dire « manquer la cible ». On voit bien dans notre vie à tous ce que ça veut dire. Et si on regarde ça en vérité, alors on voit bien ce que c’est l’appel à la conversion que nous adresse la liturgie de ce jour par la parole de Jean-Baptiste.

Et on le sait bien, vivre des chemins de pardon et de réconciliation c’est ça qui va apporter cette paix dont le prophète Isaïe nous a donné un tableau presqu’un peu trop idyllique. Mais on le sait bien : si seulement ça pouvait pour de vrai, si seulement on était chacun plus en paix avec nous-mêmes et avec celles et ceux qui nous entourent, si chacun on pouvait vivre un peu beaucoup passionnément à la folie de cette paix promis, alors oui, on le sait bien, notre monde irait mieux, et notre société occidentale aussi…

Alors demandons au Seigneur son Esprit Saint. Son Esprit de sagesse et de discernement. Qu’il nous donne de voir ce qui dans nos vies a besoin de conversion…

Et demandons-lui qu’il dépose en nous le désir de faire place nette en nous, de rendre droit en nous le chemin du Seigneur, qu’on soit habité de cette crainte du Seigneur dont parlait Isaïe, cet espèce de frémissement d’amour devant la grandeur et la bonté de Dieu et que rien que d’y penser et de se savoir bien petit et bien fragile ça nous donnerait presque la chair de poule ! C’est ça l’image ! …

Seigneur j’ai besoin de toi. Viens à mon aide. Viens convertir mon cœur et tout mon être… C’est ce que nous pouvons lui demander dès ce soir et dans les jours qui viennent. Et c’est ce que nous serons appelé à célébrer tout particulièrement dimanche prochain avec la veillée miséricorde…

Mais pour l’heure faisons-lui place déjà, faisons-lui place dans le silence de nos cœurs, à l’écoute de ce que ces mots viennent éveiller en nous. Et accueillons en son eucharistie le Christ-Jésus qui veut se faire présence en nous et qui veut nous conduire à sa suite. Amen.

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