Homélie Sainte-Famille 2025

Homélie Sainte-Famille 2025

Dimanche 28 décembre 2025 – Fête de la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph (Année A)

Si 3,2-6.12-14 / Ps 127 / Col 3,12-21 / Mt 2,13-15.19-23

 

Nous voilà donc invités à contempler la Sainte-Famille de Jésus, Joseph et Marie, et nous y sommes invités avec ces textes qu’on vient d’entendre.

Ce qui me vient spontanément à l’écoute de tout ça, c’est que l’enjeu pour nous c’est d’apprendre de Jésus lui-même ce que veut dire aimer et vivre ensemble.

Lui l’a appris de Joseph et de Marie, dans l’humble quotidien d’une vie de famille. Et c’est là que Jésus a fait très concrètement l’expérience d’être aimé et d’apprendre à aimer, c’est là qu’il a fait l’expérience aussi de ce que veut dire être fils, et fils du Père, d’un Père tout aimant qui veut se faire connaître de nous – je parle ici de Dieu lui-même, mais c’est bien en expérimentant l’amour de Joseph que Jésus a compris ce qui l’habitait au fond de lui, cet Amour de Dieu pour lui, lui son Fils, cet Amour de Dieu que lui, Jésus, est venu nous révéler pour nous y appeler.

Car elle est là la sainteté, cette sainteté de cette Sainte-Famille de Nazareth, cette sainteté à laquelle nous sommes tous appelés : vivre en fils et filles bien-aimés du Père, vivre de son Amour, nous laisser saisir par cet Amour, et qu’il soit ce qui nous façonne et qui transfigure toute vie.

La sainteté ce n’est pas la perfection morale de gens qui seraient des super-héros, c’est la « porosité » ou la « perméabilité » à l’Amour de Dieu, c’est de se laisser façonner par cet Amour qui nous aura saisi, et en vivre résolument. Alors oui, nous allons peu à peu, avec la grâce de Dieu, saisis par son Amour et relevés par son pardon, nous allons peu à peu aimer mieux, aimer plus, aimer de façon plus juste et ajustée, aimer d’un amour plus gratuit qui dit Dieu et son amour, son amour sauveur…

C’est auprès de Joseph et de Marie que Jésus a appris ce que veut dire prendre soin de l’autre – ce qu’on a notamment entendu dans la 1ère lecture –, ce que veut dire aussi lui permettre de grandir et d’advenir à lui-même, et également être protégé des embûches du mal, quoi qu’il en coûte. Et c’est ce qu’on vient d’entendre avec cette page d’Évangile où Joseph accepte ce nouveau saut dans l’inconnu, celui de prendre la route de l’exil pour sauver son enfant, au risque des dangers du voyage ; mais c’est une question de vie ou de mort que de protéger ce petit-être fragile et tant aimé déjà. Ce petit-être qui leur est, en plus, confié par Dieu.

Et voilà d’ailleurs une caractéristique, je crois, de ce que veut dire aimer à l’école de la Sainte-Famille : nous recevoir les uns les autres comme confiés par Dieu lui-même, aimés de Dieu et donnés par Dieu.

Vous allez peut-être me dire que pour Marie et Joseph c’est plus simple, ils ont eu une révélation que cet enfant était de Dieu lui-même, qu’il est même Dieu qui vient à nous, Dieu qui veut rejoindre notre humanité blessée pour y apporter le salut de Dieu. C’est vrai. Mais de par notre baptême nous sommes tous fils et filles de ce même Père, frères et sœurs en Jésus-Christ, appelés à vivre en cette même dynamique d’Amour. Et c’est d’ailleurs le cœur de l’Évangile, c’est le commandement unique que nous laisse Jésus : nous aimer les uns les autres comme le Christ nous a aimés.

Nous aimer et apprendre à nous aimer dans la vérité de ce que nous sommes, ce qui va appeler le pardon dont il était question dans la 1ère lecture mais aussi dans celle de St Paul, le pardon qui est école d’amour au-delà du mal que nous nous faisons, école d’amour dans le réel de nos vies blessées et blessantes, de nos balbutiements à aimer et à comprendre l’autre, à se dire les choses aussi, ce qui est difficile et douloureux, mais aussi ce qui va bien ; c’est le chemin de l’amour véritable, d’ailleurs le jour de Noël nous réentendions que Dieu se fait Parole qui vient prendre chair en nous. Pas d’amour véritable sans parole qui se donne et se reçoive, qui prenne corps dans le concret de nos jours…

Je reviens à notre Sainte-Famille. Elle est sainte de la présence de Dieu en elle – j’ai envie de dire : tout simplement. Certes avec Jésus qui est là, Dieu lui-même en enfantement, qui va peu à peu advenir à lui-même et à sa mission. Mais Dieu qui est aussi présent au plus profond des cœurs et des relations, car Marie comme Joseph ont chacun répondu à un appel de Dieu qui précède et permet la venue de Jésus.

Et on l’a entendu avec cette page d’Évangile, ça continue. Ce qui veut dire qu’ils écoutent les appels de Dieu, que Dieu a place dans leur vie de famille. Ce qui veut dire que sans doute ils le prient, et sans doute en famille.

Et c’est sans doute Dieu qui façonne peu à peu leur cœur à chacun, et c’est dans cette relation à Dieu, sans doute toute simple, à l’écoute de la Parole et dans la prière confiante du cœur, qu’ils ont appris à aimer de l’amour même de Dieu, cet amour que Jésus a mission de nous révéler…

La sainteté, si j’ose dire ainsi, c’est à portée de main : c’est apprendre de Dieu lui-même à aimer. Et on sait, je le redis, que ça appellera à vivre des chemins de pardon, à mettre en mots ce qui est difficile et parfois blessant, à oser faire le premier pas vers l’autre. On sait aussi qu’il va falloir parfois demander à Dieu son Esprit Saint pour trouver courage à renouer la relation, demander et vouloir vraiment cette paix du cœur dont parlait St Paul dans la 2ème lecture ; et ça demandera parfois à vouloir avancer sur un chemin de réconciliation et d’écoute mutuelle de ce qui se joue entre nous et en nous, le vouloir vraiment…

Il me semble que nous devrions prendre le temps de lire et relire la 2ème lecture de ce jour, qu’elle façonne peu à peu nos relations mais aussi notre désir d’aimer et de nous aimer mieux. Tout est dit dans ce texte, on pourrait dire que c’est le programme qui n’est proposé – j’avais même envie de dire : le « programme d’aide », pour progresser dans nos relations, en famille mais plus largement en fait.

Je ne vais pas prendre le temps de vous relire ce que St Paul nous disait-là, mais retournez-y dans les jours qui viennent [*], et demandez au Seigneur qu’il vienne toucher votre cœur, qu’il vienne vous façonner toujours et encore dans ces dispositions-là dont parle St Paul. Que ça vienne peu à peu nous former les uns les autres à aimer comme Dieu nous aime, que ça influe dans notre vie de famille et plus largement dans toutes nos relations.

Et pour l’heure, je vous propose de prendre quelques instants de silence pour prier pour nos familles :

  • Confier ce qui est peut-être difficile ou ces familles que nous connaissons qui vivent des épreuves voire de la violence et parfois même des cassures qui semblent irréparables.
  • Mais prier aussi en action de grâce pour ce qui est bon, ce qui a été donné et reçu, ce qui nous a fait advenir à nous-mêmes et qui nous fortifie, ce qui nous fait grandir, tout ce qui nous donne de croire en l’amour possible et en la beauté de la vie…
  • Au cœur de cela nous pouvons également confier au Seigneur les pardons qui sont peut-être encore à vivre…
  • Et enfin, prions si vous le voulez bien pour les jeunes et les couples, ici à St Jo ou autour de nous, qui veulent avancer ensemble sur ce chemin, celles et ceux qui se préparent au mariage ou qui vivent leurs premières étapes d’époux et de parents chrétiens. Que Dieu soit tout-jours (et pour chaque jour) au cœur de ce qu’ils vivent, et qu’ils osent l’associer en toute chose qui vient, en tout ce qu’ils ont auront à vivre, les motifs d’action de grâce comme les questions ou ce qui sera plus difficile…

Ensemble, dans le silence de nos cœurs, nous prions. Amen.

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[*] Vivre ensemble dans le Seigneur (Col 3, 12-21)

Frères,
    puisque vous avez été choisis par Dieu,
que vous êtes sanctifiés, aimés par lui,
revêtez-vous de tendresse et de compassion,
de bonté, d’humilité, de douceur et de patience.
    Supportez-vous les uns les autres,
et pardonnez-vous mutuellement
si vous avez des reproches à vous faire.
Le Seigneur vous a pardonné :
faites de même.
    Par-dessus tout cela, ayez l’amour,
qui est le lien le plus parfait.
    Et que, dans vos cœurs, règne la paix du Christ
à laquelle vous avez été appelés,
vous qui formez un seul corps.
Vivez dans l’action de grâce.
    Que la parole du Christ habite en vous dans toute sa richesse ;
instruisez-vous et reprenez-vous les uns les autres
en toute sagesse ;
par des psaumes, des hymnes et des chants inspirés,
chantez à Dieu, dans vos cœurs, votre reconnaissance.
    Et tout ce que vous dites, tout ce que vous faites,
que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus,
en offrant par lui votre action de grâce à Dieu le Père.
    Vous les femmes, soyez soumises à votre mari ;
dans le Seigneur, c’est ce qui convient.
    Et vous les hommes, aimez votre femme,
ne soyez pas désagréables avec elle.
    Vous les enfants, obéissez en toute chose à vos parents ;
cela est beau dans le Seigneur.
    Et vous les parents, n’exaspérez pas vos enfants ;
vous risqueriez de les décourager.

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