Homélie dimanche 1er février 2026 Vie consacrée

Homélie dimanche 1er février 2026 Vie consacrée

4ème dimanche du Temps Ordinaire - Année A

Messe de la Vie consacrée / Cathédrale Notre-Dame - Grenoble

So 2,3 ; 3,12-13 / Ps 145 / 1Co 1,26,31 / Mt 5,1-12a

 

Ce texte des Béatitudes fait partie, je crois, des textes que nous connaissons bien. Et notamment nous l’entendons chaque année pour la fête de la Toussaint.

C’est un beau clin d’œil de la Providence, je trouve, que de l’entendre en ce jour où dans le diocèse nous fêtons la vie consacrée. Parce que si nous sommes tous appelés à la sainteté, du fait de notre consécration baptismale – comme le rappellerait notre évêque –, la vie consacrée est un signe qui nous est donné, qui est donné à toute l’Église, un signe pour ce chemin de sainteté, justement, à laquelle nous sommes appelés – je vais y revenir.

Ces Béatitudes de Jésus sont à la fois une invitation à contempler ce qu’il a vécu – on pourrait dire que c’est son portrait qu’il nous dépeint là – mais c’est aussi la feuille de route qu’il nous donne, cette direction qu’il veut nous indiquer à chacun, pour notre vie à sa suite.

La 1ère lecture de ce jour nous a parlé d’humilité et de ce « petit reste » d’Israël, avec cette fragilité numérique qui pourrait le faire douter de la présence de Dieu à ses côtés et de cette mission qu’il peut accomplir, même à peu nombreux. Et cette 1ère lecture elle est en lien avec la 1ère Béatitude de Jésus, l’appel qui nous est fait à être des « pauvres de cœur ».

Je crois que c’est-là la condition à l’amour véritable. Or l’appel à aimer, nous le savons, c’est le cœur de l’Évangile, c’est le commandement que le Seigneur nous laisse, c’est ce qui doit guider notre agir, jour après jour.

Comment aimer en vérité si je ne suis pas en manque de l’autre, si je suis rempli de moi-même ? Et comment aimer à la manière de Dieu lui-même, aimer comme Jésus nous a aimés, si je ne suis pas en capacité de lui faire place en moi et dans ma vie, si je suis plein de moi-même et de je ne sais quoi qui habite mon cœur, mes pensées et mes journées ?

Je ne suis pas en train de dire que nous devrions tous vivre comme des religieux, évidemment, mais comment vivons-nous tout ce que la vie nous donne de vivre avec le Seigneur ? Dans la prière déjà, mais aussi dans l’écoute de sa Parole et la mise en pratique des appels reçus. Car c’est bien ça l’enjeu. A notre mesure évidemment, notre petite mesure bien souvent, mais toute notre mesure quand même.

Aimer. Aimer Dieu, aimer notre prochain comme nous-mêmes, aimer comme le Christ nous a aimés. Et pour ce faire, consentir à une certaine « pauvreté de cœur » qui va me rendre capable d’entendre les cris du monde – et déjà du monde qui m’entoure – et capable d’entendre les appels de Dieu et de sa Parole, dans le réel concret de ce que je vis et de ce que je peux donner de moi-même.

« Heureux les pauvres de cœur », nous dit Jésus.

Et la vie consacrée – vous les consacrées avec qui nous prions ce matin – il y a quelque chose pour nous à entendre de votre vocation, vous qui vous êtes engagés dans le célibat pour le Royaume – comme on dit – et qui y êtes engagés par la profession des conseils évangéliques : la pauvreté, la chasteté et l’obéissance.

Nous sommes tous appelés à vivre cela, en fait, dans l’état de vie qui est le nôtre. Tous appelés à faire de Dieu et de l’autre qui est là notre richesse première, tous appelés à vivre une juste relation à l’autre qui le respecte en ce qu’il est, et tous appelés à la remise de notre vie à un autre, Dieu mais aussi ces autres avec qui nous vivons ou que nous voulons servir.

Votre vie donnée ainsi – vous les religieux, religieuses et consacrées – c’est un signe pour nous interpeler et nous redire le fondement et la direction de toute vie chrétienne. Et il est bon que le pape Jean-Paul II ait voulu cette Journée annuelle de la vie consacrée (le 2 février), pour nous le rappeler et pour rendre grâce avec vous de ce don de la vie consacrée pour l’Église et pour le monde.

Votre profession des conseils évangéliques, ou la mise en œuvre de ceux-ci dans l’ordinaire de vos jours et avec des accents propres à vos familles spirituelles, c’est un signe prophétique pour nous tous et pour notre temps, dans une société occidentale où l’avoir, le toujours-plus et la rentabilité guident le monde ; une société occidentale, aussi, où la sexualité hyper-libéralisée est devenue un droit et même un dû, avec toute la violence qui peut aller avec et dont les médias se font le relais ; une société occidentale, encore, où la course au pouvoir sur l’autre et l’hyper-individualisme au nom de la sacro-sainte liberté nous font oublier que le chemin du bonheur véritable c’est celui de la rencontre de l’autre et du don de soi par amour, et notamment envers les plus pauvres et ceux qui souffrent.

Nous avons tous besoin de réentendre tout cela et le sens de ces conseils évangéliques, pour vivre concrètement l’appel à aimer et à nous faire proche de celles et ceux qui souffrent, ceux qui pleurent et qui ont besoin d’être consolés, ceux qui souffrent de la violence qui parfois s’acharne et qui ont soif de justice et de paix, ceux qui ont aussi à vivre des chemins de pardon et de réconciliation…

Toute vie consacrée nous rappelle cet appel préférentiel à servir Dieu et les plus petits, les pauvres, les malades ; et pour ce faire à enraciner notre vie dans le Seigneur, dans l’appel à l’aimer et à vivre son salut. Dans cette confiance aussi qu’il est, lui le Seigneur, le rempart de nos vies – celui qui donne le repos, nous disait la 1ère lecture –, lui le Seigneur qu’un jour nous connaîtrons en plénitude, quand il essuiera toutes larmes et qu’il nous accueillera en sa paix éternelle.

La vie monastique nous rappelle cet appel à faire place à Dieu et à le chercher, à tout fonder en lui et à se mettre à son écoute ; et la vie religieuse apostolique nous redit quant à elle, que cela s’inscrit dans le don de nous-mêmes à ces petits qui sont ses Bien-Aimés et par lesquels il veut aussi se révéler à nous. La plupart le vivent en communauté, dans le soutien fraternel librement choisi, qui dit aussi que, seuls, nous ne pouvons pas grand-chose, là où d’autres se sentent plutôt appelés à une vie plus solitaire, se faisant solidaires autrement de celles et ceux avec qui et parmi qui ils vivent.

Mais tous sont appelés à déployer les appels que Jésus nous adresse dans sa Parole et notamment avec les Béatitudes de ce jour ; et tous, nous aussi, nous y sommes appelés également, chacun selon notre état de vie, et dans le réel concret de notre vie familiale ou professionnelle ou associative, et même ecclésiale.

Et nous y sommes appelés bien humblement… Dans certaines congrégations qui peuvent être vieillissantes, force est de constater que les forces manquent aujourd’hui et qu’il faut même envisager de passer la main à d’autres ou autrement ; dans certaines congrégations qui vont encore bien c’est le manque de vocations qui inquiète et qui questionne pour l’avenir. Nous tous aussi nous y sommes confrontés dans nos paroisses, avec une vie en Église qui ne peut plus être la même qu’avant, avec le plus petit nombre que nous sommes.

Entendons que l’appel premier il est à tout vivre avec le Seigneur, mettre en lui notre confiance, et à nous soutenir les uns les autres, à discerner ensemble à quoi le Seigneur nous appelle aujourd’hui, et comment vivre, par exemple, ces Béatitudes que nous laisse Jésus, les vivre à notre mesure.

Entendons, avec le prophète Sophonie de la 1ère lecture, que le « petit reste », aussi petit soit-il, Dieu compte sur lui et saura faire avec, s’il trouve « abri » en Dieu.

Et entendons avec St Paul, dans la 2ème lecture, que Dieu ne choisit pas ce qui en met plein la vue, non, mais ce qui est fou et petit, telle une semence jetée en terre qui patiemment et humblement portera du fruit, le fruit que Dieu permettra grâce à ce que nous aurons consenti à vivre de ses appels.

Oui, Jésus nous l’a dit : « Heureux les pauvres de cœur », celles et ceux qui sont en manque et dont la vie ne peut être comblée autrement que par Dieu et l’attention à l’autre. Puissions-nous le réentendre, chacun ; puissions-nous y croire au cœur de ce que nous vivons et de ce que nous avons peut-être à traverser. Dans la confiance, et dans l’espérance qui est cette certitude de foi que Dieu tient et tiendra ses promesses de vie, quoi qu’il arrive…

Alors je ne sais comment vous recevez tout cela, les uns et les autres, je ne sais comment ces mots peuvent vous rejoindre, vous les consacrées comme nous autres qui sommes-là ce matin. Peut-être tout simplement demandons au Seigneur, en cette eucharistie, qu’il nous conduise, lui, tout-jours et encore, et qu’il nous garde en cette confiance que nous avons à renouveler au fil des jours et des évènements, cette confiance en sa présence et plus encore en ce qui fait le cœur de notre foi : que la vie et le don de soi par amour sont, quoi qu’il arrive et avec le Seigneur, plus forts que tout mal et que toute mort. C’est ce que nous célébrons à chaque eucharistie, c’est le mystère de la résurrection qui nous est déjà acquise par le Christ, c’est notre espérance.

Alors prions. Confions au Seigneur tout ce qui nous habite, là maintenant, quel que soit notre état de vie et nos questionnements du moment. Demandons-lui qu’il vienne là nous rejoindre et nous entraîner tout-jours et encore avec lui. Et puis demandons-lui aussi les vocations qu’il voudra bien susciter, pour l’aujourd’hui de ce que notre Église doit vivre au cœur du monde. Amen.

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