3ème dimanche de Carême - Année A (1er scrutin)
Ex 17,3-7 / Ps 94 / Rm 5,1-2.5-8 / Jn 4,5-42
Chaque fois que je relis cette page d’évangile je me demande ce qu’elle a vraiment compris, cette femme, de ce que lui disais Jésus ce jour-là, cette histoire d’eau vive qui va étancher sa soif. Preuve en est, ce qu’elle lui répond : « Donne-moi de cette eau, que je n’aie plus (…) à venir ici pour puiser » …
Vous l’avez sans doute très bien compris, l’eau vive dont nous parle Jésus c’est évidemment une eau qui est d’un autre ordre, c’est l’eau vive du salut, c’est la grâce de Dieu qui peut étancher nos soifs intérieures, c’est son Esprit Saint, sa force de vie et d’amour qui peut faire toute chose nouvelle.
Mais une fois qu’on a dit ça, une fois qu’on a compris ça, la question c’est quand même qu’est-ce qu’on en fait. Ou plutôt, si je décale un peu la chose, c’est de savoir qu’elles sont nos soifs profondes aux uns et autres, ces soifs que Dieu peut étancher, ce qu’il peut apaiser en nous. Et du coup comment il fait, comment il s’y prend ?
Pour le dire encore autrement : qu’est-ce qui dans notre vie à chacun est en attente de Dieu – même si je ne sais pas toujours l’exprimer –, qu’est-ce qui a besoin de sa force de vie, qu’est-ce qui a besoin d’être renouvelé, qu’est-ce qui a besoin de son salut ?
Parce que c’est ça que le Christ vient offrir au monde, c’est ça qu’il veut pour nous : le salut !
Et elle est là cette espérance dont parlait St Paul dans la 2ème lecture, cette espérance qui ne déçoit pas. Parce que l’espérance c’est cette certitude de foi que Dieu tient ses promesses, ses promesses de vie et de salut, quoi qu’il nous arrive, quoi que j’aie à traverser.
Et dans la 1ère lecture on a entendu le peuple qui récrimine, qui en a marre, qui se décourage, et Dieu qui répond : tu as soif, tu as besoin de cette eau vitale pour avancer, tu as besoin d’être renouvelé dans cette confiance que Dieu, oui, est bien là et conduit son peuple, que Dieu ne t’abandonne pas malgré son silence apparent ou malgré les difficultés à affronter, alors oui il répond, oui il invite Moïse à poser un geste qui est un acte de foi : frapper le rocher de ce bâton qui a déjà fendu les eaux de la Mer rouge, et alors l’eau vive va jaillir. Cette eau qui va permettre au peuple de continuer sa route et d’être renouvelé dans sa confiance en Dieu, malgré tout, malgré ce découragement qui le gagnait, malgré cette perte de confiance qui le guettait.
Et dans l’évangile de ce jour, il y a quelque chose du même ordre avec cette femme qui est mise au ban de la société, ou qui s’y met elle-même tant elle a peur d’être jugée – et c’est pour ça qu’elle va au puits à l’heure la plus chaude de la journée, l’heure où personne n’y va. Elle a eu plusieurs maris, elle est malheureuse en amour, et en même temps il y a ce désir tellement fort en elle, balbutiant, visiblement trébuchant, elle multiplie les aventures, et on sent en même temps qu’elle est en attente de je ne sais quoi, est-ce vraiment de quelque chose qui viendrait de Dieu, on ne sait pas trop, et en même temps c’est bien la question qu’elle va finir par poser : où adorer Dieu en vérité, peut-être même comment faire ? Et peut-être même que, par derrière, il y a la question de savoir si Dieu peut quelque chose pour elle et pour ce bonheur qu’elle cherche mais qui semble lui échapper !?
Et là, cette rencontre, cette rencontre avec Jésus ; et ces paroles de vie qu’elle reçoit, un peu énigmatiques, mais qui lui font comprendre peu à peu qui est là devant elle, Dieu lui-même, son Christ, son envoyé. Et ça la met en route, elle devient témoin pour d’autres, elle devient témoin pour ceux-là-mêmes qui sans doute la jugent !?
Et je crois qu’il faut qu’on entende cela, notamment vous les catéchumènes qui allez vivre dans quelques instants votre 1er scrutin, et puis les suivants les deux dimanches qui viennent : Dieu connaît nos cœurs, Dieu nous aime, malgré nos découragements, nos balbutiements, nos vies blessées aussi. Et même il veut en fait nous rejoindre chacun au cœur de cela, pour étancher notre soif de vie et d’amour véritable. Il vient nous enseigner comment aimer, et comment nous laisser aimer, par Dieu déjà, Dieu qui veut pour nous la vie, Dieu qui veut nous redonner confiance en la vie, en lui aussi, et même en notre capacité à nous relever et à avancer. Dieu qui va même jusqu’à compter sur nous pour en devenir témoin pour d’autres, à notre petite mesure mais toute notre mesure.
Peut-être que parmi nous certains ne sont pas baptisés ou n’osent pas demander la communion ou la confirmation parce que vous ne vous sentez pas assez dignes, pour je ne sais quelles raisons ; peut-être que certains d’entre nous se découragent aussi de ces chutes et rechutes qui nous disent combien on reste pécheur et balbutiants dans la vie.
Puissions-nous entendre aujourd’hui encore que le Seigneur veut nous rejoindre au cœur de cela. Qu’il voudrait tant qu’on entende combien il veut marcher avec nous et nous ouvrir un chemin de vie, malgré tout, au cœur même de notre fragilité et même de nos détours. Que Dieu nous aime et se réjouit de nous quand nous osons nous ouvrir à lui, en confiance. Et qu’il nous promet sa présence…
L’espérance ne déçoit pas, nous a dit St Paul. Puissions-nous l’entendre et y croire, et en faire une force de vie ; l’espérance, je le redis, qui est cette certitude de foi, cette confiance à faire grandir en nous, que quoi qu’il nous arrive Dieu est là et qu’il tiendra ses promesses, ses promesses de vie, de salut et d’amour.
Ça appelle un regard nouveau sur ce que nous vivons, un regard d’espérance, justement ; et c’est justement ce que nous voulons nous préparer à célébrer à Pâques : la victoire de la vie sur tout mal et toute mort, la victoire de l’amour qui se donne, celle de Dieu, celle qu’il nous a acquise.
Et c’est un appel : à tout vivre avec lui, à lui demander cette grâce de la confiance malgré tout, lui demander cette eau vive du salut qu’est l’Esprit Saint, lui demander de voir toute chose et toute situation avec son regard à lui qui sait que la vie, même imperceptible, est plus forte que tout mal. Et que nos peurs et nos découragements, notre péché aussi, ça n’aura pas le dernier mot de notre vie.
Puissions-nous y croire, et en demander la grâce. C’est vraiment ce que je nous souhaite à tous. Au cœur même de ce que nous avons à traverser, et notamment nos découragements de tous ordres.
Alors bien simplement, aujourd’hui encore, offrons au Seigneur, là maintenant, dans le silence de nos cœurs, offrons-lui ce que tout cela vient éveiller en nous… Et demandons-lui sa présence et sa force de vie. Amen.