Lundi 23 mars 2026 – Anniversaire Dédicace de l’église
Monastère des dominicaines de Chalais
Ez 47,1-2.8-9.12 / Ps 121 / 1P 2,4-9 / Lc 19,1-10
Je trouve toujours un peu « étonnant » ces fêtes-anniversaire de la dédicace de nos églises, et en même temps assez beau quand même de nous rappeler le sens d’un tel lieu et ce que ça appelle pour nous.
Peut-être est-il bon de se redire qu’une telle église, comme le Temple d’Israël, c’est un « lieu-source ». La 1ère lecture l’a magnifiquement mis en image avec cette eau à profusion qui vient redonner la vie en abondance, comme si elle se démultipliait. Cette vie qui est re-création.
Et de fait, le Temple c’était bien pour Israël un « lieu-source » au sens que c’était d’abord un « lieu-signe » : signe de la présence de Dieu au milieu de son peuple, Dieu qui est là, en même temps qu’il sera toujours au-delà, mais Dieu qui se sert de ce lieu de pierres pour dire une promesse, une promesse qui se fait aussi appel : à la fois un « je suis-avec-vous » et un « venez-à-moi », venez y offrir vos sacrifices de pardon et vos actions de grâce…
N’est-ce pas la même chose que ce lieu, cette église, nous rappelle : Dieu marche avec nous, Dieu se fait présent à nos vies et à ce monde, mais il nous faut apprendre à le reconnaître, à le chercher, à nous faire proche de lui, nous approcher, venir à lui.
C’est d’ailleurs cela aimer : se faire proche de l’autre et prendre soin de lui, lui permettre d’être lui-même en ce monde, d’advenir à lui-même et d’être ainsi donné à ce monde.
Dieu veut pour nous la vie et il nous appelle pour cela à lui faire place, à nous approcher de lui et le laisser nous approcher. Et c’est bien un des enjeux de nos églises de pierres : y venir, nous rassembler, chanter les louanges de Dieu, nous laisser enseigner par sa Parole, et l’accueillir, le reconnaître qui veut pour nous la vie et qui nous envoie en être témoins aux dimensions du monde – y compris en clôture, mes sœurs, vous le savez bien, par la prière et l’intercession comme par l’accueil et l’écoute de vos hôtes.
Et ce « lieu-source » est bien un « lieu-signe » de cette présence de Dieu que nous sommes appelés à accueillir mais aussi à devenir.
En vous disant cela je repense à ces mots qui viennent, je crois, de St Augustin et que la liturgie nous redonne dans la prière post-communion du 27ème dimanche du Temps Ordinaire et qui disent : « … comble notre soif et notre faim de toi ; afin que nous puissions devenir ce que nous avons reçu » – c’est-à-dire ? le Corps du Christ.
Voilà ce que nous célébrons notamment dans nos églises : le Christ qui vient à nous, le Christ qui se donne, et le Christ que nous devenons par notre communion au mystère de son Corps et de son Sang. Appelés à devenir ensemble le Temple nouveau de sa présence, Temple de l’Esprit Saint, l’Esprit Saint qui est bien cette source d’eau vive qui redonne vie – qui peut toute résurrection – et qui va nous configurer au Christ et à sa mission de salut.
Alors oui, nous sommes bien comme Zachée dans notre évangile de ce matin, appelés à venir voir et chercher le Seigneur qui passe, et surtout à nous laisser rejoindre et regarder par lui, nous laisser approcher et l’accueillir en notre demeure, celle de notre vie bien réelle avec ses joies mais aussi ses épreuves et ses questions de tous ordres. L’accueillir et le laisser venir chez nous, en nous, en chacun de nous et dans cette communauté d’Église que vous êtes, mes sœurs, et que nous sommes ce matin avec vous ; pour que là il donne à entendre son salut, d’y croire et de bien vouloir le recevoir et en vivre.
Et nous le savons, aimer c’est concret, le salut aussi ; cet appel de vie il va s’incarner dans les pardons du quotidien et les réconciliations à vivre. Mais n’oublions pas alors qu’au Temple, à Jérusalem, on implorait certes le pardon de Dieu en offrant des sacrifices, mais on offrait aussi des sacrifices de louange et d’action de grâce. Puissions-nous célébrer aussi cette joie des pardons qui se vivent et de ce salut qui nous relève, chacun et ensemble.
Le célébrer ici, dans cette église, mais aussi dans cette demeure que vous êtes ensemble, mes sœurs, au réfectoire ou à la récréation. D’ailleurs, n’est-ce pas le même mot que celui de re-création ? Je vous laisse méditer…
Je terminerai en faisant un lien avec l’évangile de St Jean et ce chapitre 15 qui m’habite souvent et qui reste pour moi une des plus belles pages de l’Évangile. Jésus nous y appelle à nous aimer les uns les autres comme lui nous a aimés, et c’est là aussi qu’il nous dit : Demeurez en mon amour, Gardez mes commandements – et donc : Gardez ma Parole dont le cœur du cœur c’est justement l’appel à aimer – alors vous porterez beaucoup de fruit ; c’est-à-dire : ça portera beaucoup de fruit, du fruit en abondance – on entend souvent un pluriel, mais c’est un singulier : le fruit que Dieu veut, et même le fruit qu’il peut donner, son salut, son salut qui n’est pas je ne sais quelle promesse future, telle une récompense à venir, mais qui est le don de la vie ici et maintenant, malgré tout, au cœur de tout traversée quelle qu’elle soit.
Être sauvé c’est être vivant, c’est de vivre maintenant dans l’aujourd’hui de Dieu, Dieu qui nous dit : je suis là avec toi, je suis là pour toujours – tout-jours, c’est-à-dire chaque jour.
Puissions-nous y croire et en vivre. Que nos liturgies nous y aident, et qu’ainsi fortifiés en confiance et espérance, nos vies en rayonnent pour d’autres. Nous sommes bien alors ces pierres vivantes qui font signe de cette pierre de fondation de nos vies qu’est le Christ Jésus, « Le-Seigneur-sauve », lui qui est l’Emmanuel, « Dieu-avec-nous ». Amen.