Homélie soir de Pâques 2026

Arcabas, Le repas à Emmaüs

Arcabas, Le repas à Emmaüs

Dim. de Pâques (messe du soir) - 5 avril 2026

Ac 10,34a.37-43 / Ps 117 / Col 3,1-4 / Lc 24,13-35

 

Je ne sais pas si vous aurez remarqué mais dans cette page d’évangile, nos deux disciples qui rentrent de Jérusalem, qui rentrent chez eux et qui sont sur cette route d’Emmaüs, ces deux disciples ils avaient tout pour croire… Tout… Mais non… Et de fait, ils rentrent chez eux dans une sorte de désespérance, de tristesse, d’incompréhension face à la mort de Jésus, cette mort à laquelle ils ont sans doute assisté…

Pourquoi est-ce que je dis qu’ils avaient tout pour croire ? Ils savent ce qui s’est passé, ils le disent eux-mêmes. Et quand je dis « ce qui s’est passé » je parle de la résurrection de Jésus, du moins l’annonce des femmes au tombeau. C’est eux qui le disent : « des femmes nous ont remplis de stupeur. Quand, dès l’aurore, elles sont allées au tombeau, elles n’ont pas trouvé son corps ; elles sont venues nous dire qu’elles avaient même eu une vision : des anges, qui disaient qu’il est vivant. »

Alors certes, il y a la suite, quand ils ajoutent : « Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu »

Ont-elles rêvé, tellement c’est impossible que Jésus soit mort après ce qu’il a vécu et annoncé, tellement cette mort semble contredire toutes ses promesses, comme s’il les avait tous trompés ?

Mais quels libérateurs attendaient-ils les uns les autres ? Nos deux disciples ne disent-ils pas : « Nous, nous espérions que c’est lui qui allait délivrer Israël » ? Un libérateur de l’occupant romain, un libérateur politique, armé de la puissance de Dieu, pour qu’Israël retrouve ses droits et sa liberté ?! Quel libérateur attendaient-ils ?

Et nous, d’ailleurs, quel libérateur, quel sauveur attendons-nous ?

Nos deux disciples, ils ont eu l’annonce que Jésus est vivant. Et en plus, ils ont suivi et sans doute vécu avec Jésus. Ils avaient donc entendu les annonces de sa mort à venir mais aussi celle de sa résurrection. Ils auraient dû comprendre !

Sauf que le drame du Vendredi saint est pour l’instant trop prégnant. Le mal qui s’est acharné a pris le dessus et leur fait oublier ce que pourtant Jésus avait commencé à leur faire comprendre. Le chemin n’est pas fini. Il va falloir apprendre à le reconnaître, ce qui est en fait notre lot à tous !

Nous savons des choses sur Dieu, nous savons la résurrection de Jésus, nous l’avons d’ailleurs célébrée dans la joie et la louange, cette nuit ; et pourtant, parfois, le mal prend ou reprend le dessus et nous fait douter : y-a-t-il vraiment une vie après la mort, se demandent certains ? mais encore : pourquoi le mal et la souffrance et ce silence assourdissant, parfois, de Dieu ?

Pourquoi la vie plus forte que tout mal et que toute mort ne s’impose pas avec toute puissance, telle une preuve qui en mette plein la vue ? Pourquoi d’ailleurs faire le détour par une vie ici-bas alors que nous pourrions déjà être au Ciel ?

Ce sont des questions qu’on entend et parfois même qui nous prenne, dans l’épreuve ou face au ras-le-bol à se battre avec nos démons intérieurs, ou face à l’incompréhensible de la violence du monde…

Nos disciples d’Emmaüs, ils sont comme certains d’entre nous parfois : ils ont tout pour croire mais le doute et la désespérance, la tristesse, ont pris le dessus. Et il va falloir que Jésus se donne à reconnaître de nouveau.

Car il est là, vivant, mystérieusement mais réellement. Il est là et il marche avec nous. Ce sera d’ailleurs sa promesse de vie, je pense à la toute fin de l’évangile de Matthieu quand il dira à ses apôtres, alors qu’il les envoie en mission : « Et moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20b). « Je suis avec vous pour tout-jours »…

Alors comment Jésus s’y prend-il pour les ramener à la vie, nos deux disciples ? Parce que c’est bien cela l’expérience qu’ils vont faire. Là, ils sont comme aveuglés, empêchés de voir, ils sont comme emmurés en eux et dans leur tristesse. Comment fait-il, Jésus, pour les rejoindre-là, pour les aider à ce que ça s’incarne en eux, ce qu’ils ont déjà entendu mais qui reste des mots ; comment il fait pour que ça descende dans le cœur et que ça devienne vraiment promesse de vie ?

D’abord, on l’a entendu, il les rejoint où ils en sont, comme ils sont : « De quoi discutez-vous en marchant ? » Jésus leur permet de mettre en mots ce qui leur arrive. C’est comme quand il demandait à des malades qui venaient pour une guérison : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? »

Et il les aide, à dire, à aller plus loin ; c’est bien ça qu’il fait quand il leur demande de préciser : « Quels évènements ? » Et là, ensuite, il ouvre avec eux les Écritures…

Il ouvre les Écritures, et il leur donne à entendre ce qui le concernait. Ils le savaient déjà tout ça, mais dans la rencontre, dans le dialogue, ça va peu à peu redevenir une Bonne nouvelle, une Parole de vie, de consolation et de réconfort, au sens plein du terme. Ils vont comprendre, comprendre avec le cœur, peu à peu ; et les promesses de vie vont reprendre le dessus en eux et sur cette tristesse qui obscurcissait leur cœur.

Et quand plus tard ils vont demander à Jésus de rester pour le partage du pain, et quand ils vont revoir ce geste du Jeudi saint, un des derniers auquel ils ont sans doute assisté, alors oui, c’est bon, ils savent, ou plutôt ils croient : c’est bien vrai, c’est bien Jésus qui était là.

La tristesse et le découragement les empêchait de voir que c’était lui, mais désormais nul doute pour eux, il est là, même si leurs yeux ne le voient plus ; c’est le cœur qui sait, c’est désormais le cœur qui voit, et qui brûle d’un feu intérieur.

Jésus est bien ressuscité d’entre les morts comme les femmes l’ont dit. Ils en sont témoins.

Et ils vont pouvoir aller le raconter à d’autres, en témoigner. Au point qu’ils reprennent la route en sens inverse, sans se poser de questions, une route longue et fatigante, mais peu importe, ils savent, ils croient : la mort n’a pas eu le dernier mot, le salut promis s’est réalisé, Dieu est vainqueur, Christ est bien ressuscité d’entre les morts.

Et grâce à eux s’ouvre pour nous aussi une espérance : oui, Dieu tient ses promesses, oui nous pouvons nous appuyer sur cette Bonne nouvelle que quoi qu’il arrive, malgré tout, malgré les apparences premières et immédiates, malgré nos découragements parfois, la vie est désormais plus forte que tout mal et que tout chemin de mort, qu’avec le Christ ressuscité nous sommes et nous serons vivants, quoi qu’il nous arrive. Et pour tout-jours, pour demain, après la mort, mais dès ici-bas, dès aujourd’hui, car c’est ici, ici-bas, que le Christ ressuscité veut se donner à reconnaître, c’est ici, ici-bas qu’il se fait proche de ses disciples.

Alors certes, il remontera plus tard au Père, dans 40 jours, pour l’Ascension, mais il restera présent, autrement mais comme il l’a promis, il sera là par le don de l’Esprit Saint que nous fêterons à la Pentecôte, et par son Église quand elle vit les appels de l’Évangile et quand elle célèbre les sacrements par lesquels Jésus se rend présent en elle et à notre vie.

Et nous, dans l’humble patience des jours, entendons l’appel, comme nos disciples d’Emmaüs, à nous laisser rejoindre par le Seigneur, dans la prière déjà, où nous pouvons le voir avec le cœur, mais aussi en prenant le temps d’ouvrir avec lui les Écritures, toujours et encore, pour entendre avec le Christ ses promesses de vie et ses appels.

Demandons-lui de marcher ainsi avec lui, humblement, et qu’il enracine en nos cœurs cette espérance, cette certitude de foi qu’il est bien là avec nous, quoi qu’il arrive, qu’il est bien là pour tout-jours – chaque jour – et qu’il nous envoie en témoigner à d’autres, à notre petite mesure mais toute notre mesure…

Alors c’est vrai, je ne sais pas ce que vous vivez les uns les autres, vos questions de foi ou vos doutes, ni vos épreuves peut-être, mais c’est là, au cœur de cela, que le Christ ressuscité veut se révéler et nous rejoindre, c’est là que Dieu peut déposer ses promesses de salut.

Puissions-nous en être témoins pour d’autres. Pas tant avec des grandes phrases toutes faites, aussi vraies soient elles mais qui peuvent rester des mots ou des belles idées, non, mais en osant partager bien simplement ce que le Seigneur fait pour nous, ce qu’il a pu faire déjà en nous, en notre vie, comment il nous a peut-être relevé, concrètement, comment il nous a retiré du gouffre des eaux et comment il nous fait revivre.

Et d’autres, peut-être, se sentiront rejoints, si nous faisons nous aussi, comme Jésus, le détour de les écouter, de les aider à mettre en mots leur attente du salut ou pourquoi ils n’y croient plus. Et là, aimons-les concrètement, en actes, et osons leur partager ce qui nous fait vivre, nous, et comment nous croyons que le Christ est présent. Osons cela, bien simplement…

Je ne sais comment vous recevez ces mots, je ne sais comment ça vient peut-être rejoindre ce que vous vivez ou vos questions de foi. Mais comme j’ai l’habitude de vous le proposer, prenons le temps, ce soir encore, d’un peu de silence, prenons le temps de recueillir ce qui nous habite, là maintenant, recueillir ce que ces mots ont peut-être réveillé. Et bien simplement nous l’offrons au Seigneur ; offrons-lui ce qui vient, nos actions de grâce comme nos attentes de son salut. Et demandons-lui qu’il vienne là nous rejoindre, ce soir encore, en son eucharistie…

Amen, alléluia !

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Le tableau illustrant ce post’ est dans la chapelle de semaine de St Jo ; pour celles et ceux qui souhaiteraient lire le commentaire méditatif que j’en ai fait pour les jeunes de St-Jo – qui avaient, pour certains, un peu de mal avec ce tryptique – c’est en cliquant ici via ce lien.

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