Homélie Ascension 2026

[Arcabas]

[Arcabas]

Solennité de l’Ascension du Seigneur

[Petites sœurs des Maternités catholiques - médipôle BJ]

Ac 1,1-11 / Ps 46 / Ep 1,17-23 / Mt 28,16-20

 

Il y a quelque chose de paradoxal dans ce que nous venons d’entendre ; et même, en fait, dans ce que nous fêtons ce jour.

Quelque chose de paradoxal parce que nous fêtons le Christ qui remonte auprès du Père, alors même qu’il vient de nous dire dans l’évangile de ce jour : « Je suis avec vous pour tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

Alors vous le savez mes sœurs, nous le savons, le Christ est présent autrement ; oui. Et c’est justement ce que cette fête vient nous dire, c’est justement ce que cette fête veut nous donner de réentendre, d’année en année, pour ça s’inscrive en nous, petit à petit, au fil des années, et que ça oriente cette vie à la suite du Christ de laquelle nous sommes ; que ça oriente cette marche de toute une vie, notre vie d’ici-bas.

Alors oui, je me permets d’insister, il y a quelque chose de paradoxal dans ce que nous fêtons aujourd’hui. Et cette fête est comme une fête-pont, un pont entre Pâques et Pentecôte, elle est comme une fête-charnière, et c’est ce qui fait que cette fête est capitale et pas juste une étape, même nécessaire, entre Pâques et Pentecôte. Car là se joue, en fait, le cœur de notre foi aujourd’hui et de ce que nous sommes appelés à vivre…

Alors peut-être que vous vous demandez pourquoi je dis cela !? Rappelons-nous, s’il fallait, ce que l’évangile de Jean nous donne d’entendre au matin du jour Pâques, quand Marie-Madeleine rencontre cet homme qu’elle va découvrir être le Christ ressuscité. Que lui demande-t-il d’annoncer ? Non pas sa résurrection, et non pas d’abord qu’il est vivant pour toujours. Alors oui, tout ça c’est bien réel, c’est même l’expérience bien concrète, si j’ose dire, que Marie-Madeleine est en train de faire dans cette 1ère apparition du Christ ressuscité. Mais ce qu’elle a mission d’annoncer, qui en découle et qui va permettre alors de comprendre que oui, il y a eu résurrection, et que oui, le Christ est vivant, ce qu’elle doit annoncer, Marie-Madeleine, c’est ce que Jésus lui dit ainsi : « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » (Jn 20,17).

Et c’est aussi ce que nous avons entendu ces jours dans notre lecture quasi suivie des derniers chapitres de l’évangile de Jean, entre la Dernière cène et son arrestation.

La Bonne nouvelle que Marie-Madeleine doit annoncer ça n’est pas que le Christ est ressuscité, du moins ce n’est pas que cela, la Bonne nouvelle c’est qu’il retourne au Père ; et c’est là que nous sommes attendus, nous aussi, en Dieu.

Alors oui, il est ressuscité, le mal et la mort n’ont pas eu le dernier mot sur lui et sur la vie, oui. Et la bonne nouvelle, du coup, ça en découle, c’est que le Christ est vivant pour toujours, oui, mais surtout : il retourne au Père. Et il nous ouvre-là un chemin, un chemin de vie. Car c’est là, auprès du Père, qu’il nous attend…

C’est ce que nous fêtons aujourd’hui.

Mais alors, me direz-vous : et nous, ici et maintenant ? Qu’est-ce qu’on fait de tout cela, concrètement ? Certes on contemple le mystère qui là se dévoile à nous ; ok. Et ensuite, on en fait quoi pour nous, pour nous aujourd’hui ?

Eh bien nous, ça n’est pas un scoop, nous sommes dans cet entre-deux, à la fois promis au Père ; comme le Christ qui s’en retourne au Père. Et en même temps, on le sait bien, nous restons ici-bas, encore. Et c’est bien là que le Christ nous fait cette promesse : je ne vous laisse pas seuls, je ne vous laisse pas orphelins, je ne vous abandonne pas, je suis là avec vous pour tout-jours – c’est-à-dire pour toujours, dans la durée et même pour l’éternité, mais aussi pour tout-jours c’est-à-dire chaque jour. – Mais comment, Seigneur ?

La réponse on la connaît : par le don de l’Esprit Saint, la force de vie et d’amour du Père et du Fils, cette force de vie et d’amour du Père au Fils et du Fils au Père, cette force de vie et d’amour, cette présence de Dieu qui nous est promise à nous aussi, ce lien de vie, ce souffle de vie, cette force qui nous est promise. Dieu lui-même en nous. Et par là-même, le Chris présent avec nous, et en nous, par son Esprit Saint.

C’était la 1ère lecture, avec ce verset qu’on devrait connaître par cœur : « Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit saint, alors vous serez mes témoins (…) jusqu’aux extrémités de la terre »...

Il est là l’enjeu : être et devenir présence du Christ, aujourd’hui, ici-bas. Le Christ qui est auprès du Père, mais le Chris qui va continuer ainsi son œuvre de salut, l’œuvre de salut du Père ; le Christ qui veut la continuer aujourd’hui encore, et le Christ qui a besoin de nous pour cela.

Et c’est bien ce que nous célébrons à chaque eucharistie où nous devenons ce que nous recevons, le Corps du Christ. Et nous invoquons pour cela l’Esprit Saint. Nous l’invoquons sur le pain et sur le vin mais aussi sur le peuple que nous sommes qui va communier au Corps et au Sang du Christ pour devenir son Corps, sa présence aujourd’hui en ce monde : ses mains qui vont prendre soin, sa voix qui va oser une parole de réconfort, de consolation et de salut, ses pieds qui vont aller à la rencontre de toute celles et tous ceux qui ont besoin d’une présence et d’un salut qui relève…

Alors ça n’est pas notre affaire qu’à nous, selon nos envies à nous ou nos seules bonnes idées spontanées – nous le savons bien mais c’est toujours bien de se le redire – ; c’est pourquoi il nous faut demander l’Esprit Saint, la force de vie et l’amour du Christ lui-même, la force de vie et d’amour de Dieu lui-même ; pour que lui-même, l’Esprit Saint, vienne nous inspirer et nous conduire, pour que lui-même vienne nous enseigner et nous éclairer. Et pour que ce que nous ferons au nom du Christ ce soit bien son œuvre à lui, que ce soit bien le Christ lui-même qui continue, par nous, l’œuvre de salut du Père.

Et là, ainsi, nous allons être témoins en paroles et en actes de cette espérance dont parlait la 2ème lecture. Non pas en restant bouche-bée à regarder vers le Ciel et attendre gentiment que Dieu fasse quelque chose pour nous – cest finalement l’image de la fin de la 1ère lecture – mais bien en retroussant nos manches, comme le Christ ressuscité nous y invite, pour nous y mettre, dans l’humble quotidien de nos jours – ici dans cette clinique et cette maternité et ici en communauté, mes soeurs, mais aussi en paroisse, et puis en famille et au travail ou dans nos divers lieux d’engagements de tous ordres...

Et cette espérance dont parlait Paul, s’il fallait le redire en deux-trois mots, c’est bien celle de la résurrection, c’est-à-dire celle de la victoire de la vie et du don de soi par amour sur tout mal et toute mort, qui est l’œuvre de l’Esprit Saint qui a ressuscité Jésus d’entre les morts, cette victoire de la vie et du don de soi par amour que nous sommes justement appelés à vivre très concrètement, un jour après l’autre, dans le don de nous-mêmes au service de cette vie qui est là et qui nous traverse…

Là est notre chemin ici-bas pour continuer à avancer avec le Christ et nous laisser conduire auprès du Père. Car c’est bien là, je le redis, que nous sommes attendus pour tout-jours.

Et là est ce chemin sur lequel nous devons nous laisser enseigner par l’Esprit Saint, que nous demanderons et accueillerons dans la prière, pour que la Parole de Dieu écoutée et contemplée jour après jour vienne prendre Corps en nous, et qu’ainsi nous soyons peu à peu et toujours et encore conformés au Christ lui-même. Pour œuvrer avec lui à sa mission – la sienne, pas la nôtre, la sienne qui sait toute chose selon le plan de Dieu et qui veut le salut pour tous…

Alors demandons-bien simplement, en cette eucharistie, que le Christ tout-jours présent, comme il l’a promis, nous le soit en cette eucharistie encore. Et que, par son Esprit Saint, il nous donne d’être vraiment et toujours plus ce que nous allons recevoir – l’être chacun, à notre petite mesure, mais bien de l’être ensemble, en Église – ; être le Corps du Christ, ses témoins aujourd’hui, au Souffle de son Esprit Saint. Amen.

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