Homélie dimanche 17 mai 2026

[Anne Tiessé, Croix « Vers la Vie » - chapelle du Centre Théologique de Meylan-Grenoble]

[Anne Tiessé, Croix « Vers la Vie » - chapelle du Centre Théologique de Meylan-Grenoble]

7ème dimanche de Pâques – Année A

Monastère de la Visitation de Voiron et Paroisse St-Joseph de Grenoble [soir]

Ac 1,12-141 / Ps 26 / 1P 4,13-16 / Jn 17,1b-11a

 

Je ne sais pas quel effet ça vous fait, tout ce qu’on vient d’entendre avec ces lectures, mais ça pourrait donner une impression un peu « patchwork », comme si ces textes sont un peu juxtaposés et sans liens véritables, du moins sans lien immédiatement évident. C’est en tout cas l’impression que ça m’a fait en lisant et en priant ces textes pour préparer ces quelques mots d’homélie.

Peut-être on pourrait commencer par se rappeler que nous sommes entre l’Ascension et la Pentecôte. Ça n’est pas un scoop, je sais, mais quand même. Ça veut dire que ce que nous avons à vivre ces jours – et que les textes de cette liturgie veulent nous aider à vivre – c’est l’attente du don de l’Esprit Saint. Et ça, pour le coup, c’est clair dans la 1ère lecture de ce jour : nous sommes dans ce moment-là de la vie des apôtres, avec la Vierge Marie.

Et vous disant cela, peut-être il est bon de se rappeler ce qu’on a justement entendu au jour de l’Ascension, et que la toute fin de l’évangile nous a redit aussi : le Christ qui remonte au Père – c’est là qu’il nous attend, et il est là le chemin de notre vie, la direction qui nous est proposée, et c’est même ça la vie éternelle – ; le Christ remonte donc auprès du Père et il a promis la venue de l’Esprit Saint, cette force de vie et d’amour qui est ce lien du Père au Fils et du Fils au Père, cette force de vie et d’amour qui nous est promise à nous aussi et par laquelle le Christ sera désormais présent en nous et par nous.

Rappelez-vous, s’il fallait, ces mots du Christ-ressuscité que nous avons entendu jeudi : « Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint ; alors vous serez mes témoins (…) jusqu’aux extrémités de la terre. »

Et c’est bien ça l’enjeu : devenir ses témoins, devenir témoins du salut de Dieu que le Christ a manifesté par toute sa vie, ce salut de Dieu qui se fait miséricorde et charité, amour en actes qui peut relever celles et ceux que la vie cloue au sol ou paralyse.

Le Christ nous promet son Esprit Saint, cette force de vie et d’amour par laquelle il a été ressuscité d’entre les morts, ce Souffle de vie de Dieu qui le traverse, lui le Christ, et dont il nous veut bénéficiaires nous aussi.

Et dans la 1ère lecture nous voyons les disciples qui sont là à attendre ce don promis. Et c’est ce que nous sommes invités à vivre nous aussi et de façon toute particulière en ces jours, notamment avec cette retraite diocésaine dans la vie qui nous est proposée cette année.

[Petite parenthèse : si vous ne vous y êtes pas encore mis, ou si vous ne saviez pas, il n’est jamais trop tard pour y aller, n’hésitez pas ! Je ferme ma parenthèse…]

Ce don de l’Esprit Saint, nous l’avons déjà reçu à la Pentecôte – c’est ce que nous célèbrerons dans quelques jours. Nous l’avons même reçu au jour de notre baptême – en germe – et au jour de notre confirmation – en plénitude. Mais il sera toujours à accueillir et donc à demander. Dans cette confiance que Dieu est là avec nous, comme il l’a promis, et que Dieu se fait force de vie et d’amour pour ce que nous avons à vivre et pour que nous en soyons témoins.

C’est d’ailleurs ce même Esprit Saint que nous invoquons à chaque eucharistie, sur le Pain et le Vin, pour qu’ils deviennent le Corps et le Sang du Christ, et qu’ainsi le Christ-ressuscité vienne établir sa demeure en nous et nous fortifier de l’intérieur. Et nous devenons ensemble, au Souffle de l’Esprit Saint et par notre communion au même Pain, nous devenons ce que nous célébrons, nous devenons ce que nous allons recevoir, le Corps du Christ, appelés à être sa Présence qui veut se faire proche et offrir un salut, et l’être dans le concret de nos jours.

Je ne développe pas plus, mais entendons cet appel à nous laisser saisir par le Souffle de l’Esprit Saint, tout-jours et encore. Et donc à le demander, dans la prière, et donc dans une attente patiente et active. Comme les apôtres avec la Vierge Marie et d’autres disciples, entre Ascension et Pentecôte.

Et ayons fois que cet Esprit Saint est et sera notre force pour la mission mais aussi au cœur de ce que nous avons à vivre. Et d’ailleurs je ferai là le lien avec la 2ème lecture. [On pourrait aussi le faire avec le sacrement des malades que trois dentre nous avons reçu ici à St Jo il y a 15 jours.]

Peut-être qu’il y a dans cette 2ème lecture quelque chose d’un peu heurtant, si on écoute un peu vite. Je pense à cet appel de l’apôtre Pierre à communier aux souffrances du Christ, et à nous réjouir !? Qu’est-ce que ça veut dire ? Souffrir en silence en nous rappelant qu’il a souffert pour nous et que ça ira mieux après ? C’est parfois ce qu’on entend, et vous avez alors raison d’être heurtés. Le texte ne dit pas ça !

St Pierre parle ici des persécutions. Il parle de celles et ceux qui croient au Christ-Jésus et qui osent vivre de son Évangile mais qui sont persécutés pour cela, à cause de leur témoignage. C’est malheureusement d’actualité dans un certain nombre de pays aujourd’hui encore.

Ce que Pierre nous dit c’est qu’au cœur de cette épreuve-là, qui fut celle du Christ lui-même, une espérance nous est donnée. Une espérance qui va éclairer nos propres épreuves : si nous vivons toute épreuve avec le Christ, avec lui qui a traversé celle-ci pour nous ouvrir un chemin de vie et de salut, alors nous aussi nous allons vivre de ses promesses de vie, nous aussi nous allons faire l’expérience qu’avec lui la vie est plus forte que tout mal et que toute mort, y compris malgré les apparences premières et immédiates, et malgré tout. Que la vie nous traverse et que Dieu lui-même peut être notre force pour tenir et avancer, et même pour nous relever. Par son Esprit Saint qui peut être une vraie force de vie intérieure, mais aussi par celles et ceux que Dieu mettra sur notre route et qui vivent l’Évangile concrètement, au Souffle de Dieu, qu’ils en aient conscience ou pas toujours.

Et notre espérance – cette espérance qui peut devenir un vrai moteur de vie et de confiance en la vie, malgré tout –, notre espérance c’est celle du salut, que la résurrection vient manifester et révéler ; c’est cette certitude de foi que Dieu est le Dieu qui tient ses promesses, ses promesses de vie. Celles-là même qui habitaient Jésus montant à Jérusalem et qui va consentir à mourir pour nous, à prendre sur lui toute violence et tout péché, toute souffrance, pour traverser comme nous et avec nous cette difficile réalité de toute vie ; et pour nous ouvrir-là un passage, un passage de vie et de confiance, de confiance en la vie plus forte que tout, y compris malgré les apparences premières et immédiates.

Notre espérance c’est le salut de Dieu, ce salut que le Père veut pour tous. Et l’Esprit Saint est bien cette force de vie et d’amour qui peut nous relever et nous remettre en confiance, malgré tout.

Alors oui, nous pourrons chanter avec le psalmiste : « Le Seigneur est ma lumière et mon salut, (…) Le Seigneur est le rempart de ma vie ». Nous pourrons même ajouter la toute fin du psaume – même si on ne l’a pas entendue aujourd’hui – : « J’en suis sûr je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants. Espère le Seigneur, sois fort et prend courage ; espère le Seigneur »

C’est magnifique ce Ps 26 [– moi il m’a beaucoup aidé aux heures les plus difficiles de la maladie]. Prenez-le temps d’aller le relire et même de le prier. Laissez-vous faire par ces mots, que ça vienne s’inscrire peu à peu en vous.

C’est d’ailleurs l’enjeu de notre écoute de la Parole, l’enjeu de lire et de scruter les Écritures jour après jour et de semaine en semaine, au moins les textes de la liturgie et au moins ceux du dimanche. Que ça vienne s’inscrire en nous, petit à petit ; et qu’au Souffle de l’Esprit Saint, que nous allons prier et invoquer, ça devienne Parole de Dieu pour nous, une Parole que Dieu nous adresse, une Parole de Vie.

Et c’est bien ainsi que nous connaîtrons le Père et le Fils, que nous connaîtrons Dieu lui-même et Dieu en ses projets de vie pour nous, Dieu en ses promesses de vie et de salut. Et connaître Dieu, connaître le Père et celui qu’il a envoyé, le Christ-Jésus, on l’a entendu dans l’évangile de ce jour, c’est ça la vie éternelle. Ce le sera en plénitude aux derniers jours, mais c’est promis dès ici-bas, aujourd’hui.

Et c’est bien parce que nous contemplerons Dieu en ses promesses de vie, et que nous contemplerons le Christ qui annonce en paroles et en actes le salut de Dieu, que nous pourrons y croire et en vivre, y compris aux jours d’épreuve, et en nos épreuves quelles qu’elles soient.

Alors justement – et je vais finir par là –, je ne sais ce que vous avez peut-être à traverser les uns les autres, quelles sont vos épreuves ou vos questionnements de vie, voire vos doutes ou vos découragements, mais puissions-nous, en ces jours, demander au Seigneur qu’il vienne nous renouveler par son Esprit Saint, qu’il vienne renouveler en nous la confiance et même l’espérance en ses promesses de vie et de salut.

Que Dieu soit lui-même notre force pour ce que nous avons à vivre, qu’il se fasse toute paix – toute paix du cœur. Et quoi que nous vivions, quoi que nous ayons à vivre, que ce soit dans cette confiance que le Christ est là avec nous pour tout-jours, comme il l’a promis. Et qu’il est là, par son Esprit Saint et par celles et ceux qu’il met sur notre route.

Puissions-nous y croire – y croire vraiment – et puissions-nous alors arriver à chanter vraiment que le Seigneur, oui, est lumière et force, qu’il est même notre salut, notre abri en toute épreuve, et que oui, nous le croyons, quoi qu’il nous arrive, nous verrons les bontés du Seigneur, dès ici-bas. Et que le Seigneur veut nous dire à chacun : « sois fort et prend courage, espère le Seigneur » … Amen.

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