Ce petit livre du dominicain Jean Pierre Brice Olivier est une invitation à la contemplation. De Marie en ses mystères (comme le dit le sous-titre). À la fois au travers d’une libre méditation spirituelle des 4 dogmes mariaux (mère de Dieu, toujours vierge, conçue sans péché, et enlevée au Ciel, épargnée de la dégradation de la mort) mais aussi par la contemplation de ce que les textes évangéliques qui parlent de Marie viennent dire d’elle et ce qu’ils viennent-là nous dire à nous lecteurs.
Au fil des chapitres, qu’on égraine telles les petites billes d’un chapelet, il nous est donné à voir la Vierge Marie en son humanité et ce que sa vie vient dire de Dieu et ses promesses de salut. Et nous voyons alors (nous lisons) combien ce mystère de l’incarnation ici dévoilé au fil des chapitres nous concerne nos aussi : en notre humanité incarnée comme dans l’appel spirituel qui nous est adressé de la part d’un Dieu qui vient à nous et nous entraîne à lui.
Je trouve très beau, plutôt simple à lire (dans le style en tout cas et parce que les chapitres sont courts) même si c’est parfois un peu déplaçant et même si c’est également un peu dense par endroits ou plutôt rapide sur tel ou tel aspect évoqué – quelques fois je me suis dit : et du coup, concrètement ? Mais contemplons, bien simplement ; laissons-nous conduire, et revenons-y, ça prendra chair en nous et ça aura alors sa fécondité propre, non ?
Au fil des pages, la Parole de Dieu est présente, et dans la deuxième partie (les méditations d’évangile) des prières de la grande tradition spirituelle et liturgique de l’Église se glissent en début ou fin de chapitres, juste déposées là, offertes à notre lecture et à notre méditation. Elles viennent illustrer ou introduire la contemplation. La ponctuer.
Le tout est précédé d’une belle introduction et se conclut par quelques pages sur la prière du Rosaire et quelques autres sur Bernadette de Lourdes – suite à quoi on trouve la prière des Litanies de la Vierge et 2-3 pages conclusives enfin.
La question de l’incarnation, de la chair et de la prise en compte de notre humanité charnelle et incarnée, est un thème qui traverse plusieurs des livres de notre auteur, du moins parmi ceux que j’ai lus. Je repense notamment à son roman sur Marie-Madeleine, dont j’ai parlé sur ce blog (il suffit de cliquer sur ce lien pour en retrouver les quelques lignes de présentation), ou cet autre petit essai spirituel intitulé Oser la chair.
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Jean Pierre Brice Olivier, Toujours vierge. Marie en ses mystères, Les éditions du cerf, septembre 2018, 122 pages (petit format), 10€.
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- « Les dogmes catholiques qui précisent les articles de foi à propos de Marie de Nazareth sont au nombre de quatre. (...) Nous sommes invités à chercher et bien entendre ce qui est affirmé dans ces déclarations solennelles de l’Eglise, pour y découvrir ce que ces vérités disent de chaque croyant. Quand l’Eglise parle de Marie, elle s’adresse à nous et veut nous révéler « quelque chose » qui nous concerne et s’applique à nous, à notre propre réalité. (...) L’humanité de Marie n’est pas différente de la nôtre. On ne peut rien dire au sujet de Marie qui ne soit vrai de nous aussi en un sens que nous devons percevoir et confesser. Marie concentre en sa personne toutes les qualités et toute la réalité enseignées par la doctrine catholique au sujet de la personne humaine dans sa relation à Dieu. Elle est un modèle d’incarnation. C’est ce qui fait d’elle la servante de l’incarnation de Dieu lui-même » (p.11-12).
- « La virginité, d’un homme ou d’une femme, ne peut pas être liée seulement à sa sexualité ni limitée à la réalité physique de son corps. (...) La virginité (...) est une qualité particulière de présence au monde, une manière d’habiter la création et un mode relationnel spécifique. Elle est une faculté de rencontre, une ouverture à autre, une présence intégrale de soi qui jamais ne tente de dominer ou écraser, qui ne connaît pas de rivalité. La virginité définit l’intégrité de la personne qui ne peut être entamée en aucun cas ni par quiconque. (...) La virginité recommandée dans e vie religieuse consacrée ne peut pas être une fin en soi, sou peine de devenir un lieu d’orgueil et de ressentiment. Elle est un don pour Dieu et une liberté en face des autres vivants. C’est à cette condition qu’elle peut être source de fécondité et de grâces, une vertu pour celui qui en bénéficie, dans ses relations aux autres, à lui-même et à son propre corps » (p.25-27).
- « Ce que Marie a partagé avec Joseph (...) ; ce qu’elle a porté et enduré pendant la vie publique de Jésus (...) ; toute sa vie donne à la Vierge une sorte d’expertise dans les épreuves et d’aptitude à comprendre les affres de la vie humaine. (...) Elle sait que Dieu ne refuse jamais de saisir la main qui se tend vers Lui dans le noir. Ses qualités de femme et de mère jouent sans conteste un rôle particulier dans la relation que les fidèles entretiennent avec elle, dans une parenté familière. Marie est fidèle à Dieu et à nous, à l’humanité. Personne ne peut être plus proche de Dieu, et nul autre qu’elle ne peut être plus proche de notre humanité. De notre terre, Marie, terre de la Promesse, terre sainte, devient notre guide et notre appui pour notre propre fidélité à Dieu et aux hommes de notre temps » (p.117-119).