Dim. 14 juin 2026
11ème dimanche du Temps Ordinaire – Année A
Ex 19,2-6a / Ps 99 (100) / Rm 5,6-11 / Mt 9,36 – 10,8
Cet épisode de l’appel des apôtres, on le connaît, ou plutôt on sait. Et l’envoi en mission aussi, grosso modo. Et vous l’avez peut-être en tête : là c’est les 12 mais il y aura quasi le même envoi en mission ensuite, avec les 72 ; la mission est étendue à tous, ça nous concerne tous.
Ce qui est peut-être un peu étonnant dans ce qu’on vient d’entendre ici c’est deux choses :
Ce qu’il nous faut déjà entendre ce soir, ce que j’aimerais qu’on garde précieusement, c’est déjà que Dieu appelle. Et il appelle aujourd’hui encore, parce qu’il compte sur nous pour son œuvre de saut qui reste immense, on le voit bien avec ce mal qui traverse nos vies et qui défigure ce monde, aujourd’hui encore.
Dieu appelle et il compte sur nous. Alors même que nous avons besoin nous-mêmes de son salut. C’est-à-dire d’être guéris de ce qui paralyse nos vies, et notamment guéris du péché ; mais aussi d’être consolés aux heures difficiles ; d’être libérés également de nos enfermements de tous ordres, par exemple nos découragements à nous battre et à vivre, malgré tout, ou nos découragements face au silence apparent de Dieu et nos prières qui ne semblent pas exaucées…
Ces libérations-là, elles sont résurrection : la vie qui est là, la vie qui nous traverse et nous relève, la vie qui est malgré tout plus forte que le mal qui nous clouait au sol, la vie qui se fraie un chemin au cœur-même de nos chemins de morts – je pense à cette question des addictions qui touchent beaucoup d’entre vous et qui peuvent vous décourager, mais la vie est pourtant là, malgré tout, qui nous traverse…
Le Seigneur nous appelle. Il m’appelle, il vous appelle, quoi que nous traversions. Et il nous donne de croire en son salut, il voudrait aussi que nous puissions croire vraiment qu’il nous aime, qu’il se fait proche de nous, que nous pouvons trouver en lui un abri, trouver auprès de lui refuge et force. Et en devenir alors témoins pour d’autres.
C’est l’appel des 12 pour Israël d’abord, pour qu’Israël en devienne ensuite témoins pour toutes les nations ; ce sera la finale de l’évangile de Matthieu, l’envoi des disciples après la résurrection (Mt 28,19-20) : « Allez, de toutes les nations fates des disciples, en les baptisant et en leur apprenant à garder mes commandements. Et moi, [ajoute Jésus,] je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » …
Alors l’enjeu pour nous tous, vous comme moi, c’est de vivre de tout cela, c’est d’y croire en ce salut et cette confiance de Dieu à en devenir témoins pour d’autres. Et donc nous y ouvrir et le demander, ce salut, au cœur du réel de ce que nous avons à vivre, le recevoir et en devenir témoins, entre nous déjà en nous soutenant par la prière et une vie fraternelle grandissante et réelle, et puis en discernant ensemble comment répondre aux attentes du monde qui nous entoure, comment nous faire proche au nom du Christ, pour être ses mains qui vont prendre soin – c’est déjà ça guérir, c’est-à-dire prendre soin et apaiser toute souffrance – ; être les mains du Christ, donc, et être sa voix aussi, sa voix qui va oser des paroles de salut, des paroles de consolation et de réconfort, mais aussi des paroles de réconciliation et de pardon…
Dieu est là avec nous, et Dieu nous appelle. Il nous offre son salut et veut nous en faire témoins. Et ça n’est pas que des mots, je vous l’assure, si je peux oser vous en témoigner quelque chose ce soir.
Alors oui, non seulement il appelle et nous appelle tel que nous sommes, y compris avec nos fragilités et nos découragements parfois, et il offre son salut, pas toujours comme on aurait cru ou voulu, mais réellement quand même.
Je suis témoin et je l’ai été ici à St-Jo pendant 7 ans et pendant mes 7 années aussi au service des vocations, je suis témoin que Dieu appelle aujourd’hui encore. Il nous appelle tous, il appelle des catéchumènes et des recommençants en grand nombre, mais il appelle aussi tel ou tel pour des vocations ou des missions particulières. Et il y en a finalement pas mal aussi.
Et c’est beau de voir tel ou tel oser s’atteler à cette question intérieure qui mûrit en lui, cet Amour qui le saisit et dont on ne sait toujours trop quoi faire avec notamment cette peur de se tromper, comme si Dieu avait un projet préétabli de toute éternité pour nous, alors qu’il est en fait ce Dieu libre et aimant qui veut écrire avec nous le chemin, avec ce que nous sommes profondément et qu’il connaît souvent mieux que nous, mais aussi avec nous et ce que nous répondrons à ses appels. Et d’appel en appels, à l’écoute des appels au cœur de l’appel premier, le chemin se fait, avec le Seigneur. Un chemin à discerner peu à peu, tranquillement, dans la confiance et la prière, et en se faisant aider – c’est tout l’enjeu de l’accompagnement spirituel que j’ai tant de joie à vivre ici à St-Jo et qui me met dans l’action de grâce de ce que le Seigneur vient faire dans les cœurs.
Je suis témoin de Dieu qui appelle, aujourd’hui encore. Et puis témoin de son œuvre de salut. Ce qu’il fait dans les cœurs – je viens de le dire –, ce qui se dénoue parfois, ce qui avance, ce qui s’apaise et s’aplanit en nous, les passages qui se vivent, ces résurrections dont nous faisons alors l’expérience...
C’est beau tout ça, et j’ai été heureux de pouvoir servir cela pour un certain nombre d’entre vous. J’ai d’ailleurs envie de faire le lien avec ce qu’on a entendu dans la toute fin de notre évangile de ce soir : ce que nous avons reçu gratuitement, le donner, le redonner, en vivre pour d’autres. Dieu a de l’humour, ou de la suite dans les idées : j’avais reçu une formation à l’accompagnement spirituel il y a 10 ans, tout juste avant de tomber malade. C’est non seulement ce qui m’a été demandé de vivre ici à St-Jo, quand j’ai été nommé ; mais en plus, au cœur de ma maladie, l’accompagnement spirituel pour moi, avec le jésuite qui m’accompagnait, ça a vraiment été salutaire, notamment quand les questions sur le sens à ce que je vivais pouvaient prendre le dessus, ou le découragement à me battre aussi, ou la question de savoir où Dieu m’attendait, qu’est-ce que ça voulait dire être prêtre quand présider et même célébrer était parfois trop difficile, prêcher aussi, et ne plus pouvoir être curé, alors que j’avais pourtant tellement aimé ce job…
Faire mémoire de ce qui a été donné, disait la 1ère lecture, et écouter Dieu en sa Parole, garder son Alliance – c’est-à-dire vivre ses commandements – ; et là on va pouvoir avancer...
Alors oui, j’ai tant reçu par l’accompagnement spirituel, et quelle joie de pouvoir servir ce ministère-là, de vous permettre cela avec d’autres ici à St-Jo. C’est vraiment un cadeau qu’on vous fait que d’avoir des écoutants pour déposer ce qui se vit et ce qui peut être trop difficile à porter, c’est vraiment un cadeau aussi que tous les accompagnateurs spirituels qui sont à votre disposition pour vous aider à structurer votre vie de foi et apprendre à entendre le Seigneur qui là veut se dire à vous et vous conduire. N’hésitez pas à faire appel à eux tous, vraiment, si je peux insister une dernière fois ce soir !
En tout cas je rends grâce pour ce qui m’aura été donné à vivre ici à St-Jo et aussi au service des vocations. Je rends grâce au Seigneur pour son appel et pour ses appels dans l’appel, dans le réel de ce que j’avais à vivre.
Alors certes je ne suis pas guéri – j’allais même dire : toujours pas guéri, malgré la très belle neuvaine que nous avons vécue ensemble et malgré le sacrement des malades reçu plusieurs fois. Pas guéri physiquement, miraculeusement, mais guéri quand même de mes découragements, guéri d’un certain enfermement parfois dans mes questionnements intérieurs sur le sens de tout ça. Guéri parce que remis en confiance, relevé malgré tout, et heureux de ce que le Seigneur fait en ma vie...
Je suis sûr que le Seigneur sait ce qu’il fait. Qu’il se sert de ce qui est, pour que nous soyons les témoins dont il a besoin ; et qu’il nous donne à chacun ce dont nous avons besoin pour continuer la route. Il faut crier vers lui, il faut oser lui demander ce que nous croyons bon pour nous, mais ensuite marcher humblement avec lui et avec ce qui sera donné. Et c’est libérant d’apprendre à consentir à cela, comme ce sera.
Voilà en tout cas ce que j’avais envie de vous partager ce soir, dans l’action de grâce que ma maladie ait finalement permis que je sois nommé ici à St-Jo et qu’il me soit demandé de servir surtout par l’accompagnement spirituel et un peu aussi pour l’accompagnement de couples vers le mariage…
Grand merci à vous pour tout ce que j’ai reçu ici parmi vous. Gardez précieusement en tête et dans le cœur, que Dieu vous appelle, qu’il nous appelle tous, à notre mesure, qu’il met sa confiance en chacun pour œuvrer à sa mission, même avec nos fragilités et nos pauvretés. Entendez aussi combien il est là et se fait proche, même quand on peine à sentir sa présence, mais qu’il est là et qu’un salut nous est promis et donc déjà accordé. Comment et quand, ça on verra – c’est un des enjeux de l’accompagnement spirituel…
Je vais m’arrêter là. Prenons quelques instants de silence et déposons auprès du Seigneur tout ce qui nous habite, là maintenant, ce soir. Nos actions de grâce comme nos attentes du salut. Amen !