C’est un très beau roman et de la belle littérature. J’avais découvert Bérénice Pichat avec La Petite Bonne qui est son précédent et premier livre, qui a reçu alors plusieurs prix littéraires. J’attendais celui-ci…
Je n’ai pas été déçu. C’est très bien écrit, c’est prenant, et j’aime son alternance de personnages avec leur mise en récit et en style littéraire propre. C’est vrai que c’est moins marqué que dans son précédent livre, il y a ici seulement deux personnages principaux, qui correspondent aux grandes deux parties du livre ; et c’est ponctué ci et là par de courtes « prises de paroles » d’autres personnages, avec leur style et leur mise en récit littéraire propre (vous comprendrez ce que j’essaye de dire en lisant le livre) ; mais quand même, on retrouve en ces pages quelque chose de ce qui était cette originalité de style du premier roman de Bérénice Pichat.
Et puis l’histoire… Ici nous sommes en pleine seconde guerre mondiale, à Paris, dans les derniers mois d’Occupation. On nous raconte le marché noir, et surtout, d’abord, la survie des uns et des autres, leur quotidien. On nous le raconte par le regard de ces deux personnages dont je faisais mention – Servane et Paul.
Servane est une jeune fille qui se débrouille comme elle peut pour que son beau-père et elle aient de quoi manger un peu. Elle travaille quelques petites heures par jour dans une boulangerie et elle fait longtemps la queue pour ce qui sera disponible et pourra s’acheter… À la débrouille… quitte à se laisser entraîner à prendre quelques risques et se redécouvrir un peu plus vivante…
Paul lui, c’est un pro du marché noir. Il en a fait son fond de commerce, sa survie aussi. Il travaille à satisfaire ceux qui ont les moyens, allemands et collabos. C’est sa façon à lui d’essayer de sauver sa peau. Et ça n’est pas sans risques non plus mais pas sans avantages quand même…
Leurs routes vont se croiser. On découvrira que Paul n’est pas qu’un profiteur, il a un cœur et peut-être même une conscience. Et c’est bien cela qui est intéressant aussi en ces pages : combien la survie recherchée nous pousse à tel ou tel choix, mais on n’est peut-être pas, en soit, que profiteur ou collabo, ou alors que résistant et « héros », ou au contraire que victime et « résigné » qui cherche à s’en sortir comme il peut, sans vagues et sans risques ; c’est plus subtil et plus partagé en nous – et en tout cas en eux…
Mais on verra aussi que la force de la haine et de la vengeance peut prendre le dessus chez certains, là où quête de pardon et rédemption semblerait possibles pour d’autres, qu’elles soient recherchées ou finalement consenties…
Je vous laisse découvrir. Car vous l’aurez compris, c’est un livre que j’ai été heureux de lire, que j’ai aimé lire, avec un style qui me convient bien, en assez courts chapitres, avec une belle intrigue bien menée et quelques surprises ou rebondissements bien amenés.
J’ai aimé, oui, même si ça a quelque chose de terrible (mais de beau à la fois) dans ce qui là se raconte, jusqu’au bout. Et j’ai aimé parce que c’est une plongée bien intéressante que ça nous fait faire, dans la vie/survie de cette époque pas si lointaine, et dans tout ce qui habite et traverse aussi nos cœurs bien humains…
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Bérénice Pichat, Un marché noir, Les Avrils, août 2026, 276 pages, 22€.