Je referme ce livre, heureux de cette lecture, mais je me demande à qui sont vraiment destinées ces pages ?
L’auteur de ce livre est prêtre, supérieur de séminaire (à Aix-en-Provence), et c’est comme s’il nous partageait ici ce qu’il a peut-être dit à ses séminaristes au fil des années, comme s’il avait mis en forme et en ordre les notes de ses interventions aux séminaristes ? Et si c’est cela alors c’est bien, il a bien fait ! Ça nous permet d’entrer dans le cœur du ministère et de la vie des prêtres et de certains enjeux et points d’attention qui doivent habiter et colorer la formation.
Plusieurs choses m’ont frappé et rejoint en ces pages, notamment l’image de Jean-Baptiste, le prophète, qui est très présente au fil du discours et qui vient éclairer le propos. Et puis surtout l’insistance tout au long du livre sur le travail d’humanisation que doit permettre la formation : comment le chemin qui s’ouvre – et qui sera celui d’une vie entière – doit et va nous aider à devenir vraiment nous-mêmes, tels que Dieu nous voit, nous aime et nous appelle, y compris dans l’acceptation vraie de notre humanité profonde, fragile et pécheresse, parfois blessée. L’assumer c’est devenir capable de rejoindre la propre vulnérabilité des autres et pouvoir y annoncer, là, la miséricorde et le salut de Dieu, que cela puisse être entendu, accueilli et reçu, peu à peu.
Le sous-titre à ces pages dit bien cette dimension essentielle que l’auteur entend ici nous partager : Entre idéal évangélique et réalité humaine.
Voilà en tout cas une belle lecture pour mieux comprendre le ministère des prêtres, les lignes de crêtes aussi que ça fait vivre ou sur lesquelles ça nous fait avancer ou nous situer. Et mieux comprendre du coup les enjeux de la formation, pas tant ou pas seulement intellectuels et spirituels mais aussi humains et ecclésiaux.
Et comme on peut le lire dans les pages d’introduction (p.17) : « Ce livre a pour but précis d’éclairer ces lignes de crête de la vie sacerdotale. Il vise à identifier les points sensibles et à proposer des pistes de réflexion pour les traverser. L’enjeu est de mieux saisir le ministère presbytéral dans son lien avec le sacerdoce commun des baptisés, car nombre de ces tensions parcourent aussi le vie chrétienne dans son ensemble. Certaines sont spécifiques aux prêtres, d’autres touchent tout disciple du Christ. »
La phase diocésaine initiale au Synode sur la synodalité avait mis au jour une sorte d’incompréhension grandissante de notre vie et notre ministère et une sorte de fossé qui se creuse entre le peuple de Dieu et nous ; et certains prêtres ont, de ce fait-là, mal vécu cette phase synodale et les suites, ce qui a pu accentuer encore un peu ce fossé. Ce livre pourrait permettre aux fidèles de mieux comprendre, peut-être, ce qu’est un prêtre et les questions qui le traverse, ses joies de pasteur aussi, et ce qui fait ou devrait faire sa vie et son ministère.
Et pour les prêtres eux-mêmes – ou ceux qui s’y préparent et qui sont en passe de le devenir, les séminaristes en fin de formation – ces pages ont quelque chose de bon à (ré)entendre pour (re)fonder le pourquoi de notre vie et de ce ministère que nous exerçons, dans le réel de notre humanité à accepter et à assumer. Et vous verrez qu’il est également et notamment question en ces pages d’autorité comme service du bien commun et de la croissance spirituelle de chacun, et qu’il est donc question, aussi, de paternité et d’engendrement, mais encore d’annonce de la foi et de miséricorde bienveillante – qui est une forme d’annonce en actes du salut –, etc.
Ce fut en tout cas très intéressant pour moi de lire ce livre, notamment en ce début d’année pastorale où je deviens Délégué diocésain à la formation au ministère presbytéral (c’est-à-dire responsable du suivi de nos séminaristes et de leur formation, notamment faire le lien avec les séminaires dans lequel ils sont envoyés mais aussi avec les paroisses d’insertion qui les accueillent).
Pour terminer, j’ajouterais volontiers que j’ai aimé, dans la conclusion, recevoir ces deux mots qui devraient éclairer et orienter notre façon de vivre le ministère : l’appel (et la mission) à être des « bienveilleurs » et des « éveilleurs » au service de celles et ceux à qui et avec qui nous sommes envoyés (cf. p.246) ; et l’être, évidemment, à l’école du Christ lui-même.
J’ai aimé aussi ce qui est dit en ces pages de la chasteté (mais aussi d’une certaine solitude et de l’appel et l’enjeu à vivre notre ministère en presbyterium) et notamment ce qui est développé en fin de livre sur une certaine chasteté liturgique – nous servons la prière de l’Église (pas la nôtre ou celle de telle communauté qui ferait son truc à elle), et nous y servons aussi la voix du Christ lui-même à son peuple ainsi que l’offrande de sa vie au Père ; et comme Jean-Baptiste, il nous faut prêter notre voix pour annoncer le Christ qui vient et qui est là mais, en même temps, nous effacer devant lui…
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Thomas Poussier, Prêtre sur des lignes de crête. Entre idéal évangélique et réalité humaine, Artège, juillet 2026, 253 pages, 20€90.
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Sur le ministère des prêtres, je recommande toujours ces deux ouvrages : celui-ci du P. Jacques Turck, et ce livre-là du jeune prêtre italien Luigi-Maria Epicoco, livre que le pape François offrit alors à tous les prêtres de son diocèse de Rome.