Homélie dimanche 27 juillet 2025

Homélie dimanche 27 juillet 2025

17ème dimanche du Temps Ordinaire - Année C

Vif (paroisse Saint-Loup) et [soir] paroisse Saint-Joseph (Grenoble)

Gn 18,20-32 / Ps 137 (138) / Col 2,12-14 / Lc 11,1-13

 

Ces mots de Jésus font suite à ce qu’on entendait dimanche dernier avec Marthe et Marie. Je ne sais ce que votre curé vous en a dit, mais Marthe et Marie c’est chacun de nous dans le lent apprentissage de nos vies à faire place au Seigneur, pas seulement l’accueillir dans nos vies et faire plein de choses pour lui ou pour les autres, mais apprendre à s’asseoir avec lui, à l’écouter, écouter sa Parole comme ce qu’il veut souffler en nous, murmurer en nous.

D’où ce qu’on vient d’entendre. Car c’est la question de la prière. Avec plusieurs questions qui peuvent se poser à nous et à partir desquelles je voudrais vous dire un mot de ces textes de ce dimanche et de ce qu’ils, nous disent justement de la prière.

Peut-être remarquons d’abord que ces lectures, et notamment la 1ère lecture, le psaume et la page d’évangile qu’on vient d’entendre, ça pointe l’air de rien différentes formes de prière qui peuvent être les nôtres et auxquelles nous sommes en tout cas appelés.

Dans la 1ère lecture, ce long marchandage d’Abraham avec Dieu c’est la prière d’intercession : prier pour d’autres, implorer pour d’autres la miséricorde de Dieu ou son salut, une guérison, un pardon, la paix, de s’en sortir, que sais-je encore…

Dans le psaume c’était la prière de louange et d’action de grâce, en réponse à l’amour de Dieu auquel nous nous en remettons, mais aussi en réponse à ce que Dieu fait pour nous, ce qu’il fait en nos vies, comment il a peut-être répondu à nos demandes...

Et c’est d’ailleurs de cela dont il s’agit dans l’évangile, de ce que nous allons demander à Dieu, pas seulement la question de l’intercession, mais ce que nous allons aussi lui dire et lui confier, pour d’autres mais pour nous aussi.

Le problème, avec la prière, c’est qu’on ne sait pas toujours comment s’y prendre et même, si j’ose dire ainsi, ce qu’on a le droit de demander ou pas à Dieu ; et puis le problème c’est que parfois on n’ose même plus lui demander des choses parce qu’on a peur qu’il ne nous réponde pas ou parce qu’on n’y croit plus que Dieu réponde à nos demandes.

[Ici] à St Jo (la paroisse Saint-Joseph, à Grenoble), il y a quelques années déjà, j’ai un jeune que j’accompagnais spirituellement qui m’a dit un jour : « Oh, moi, tu sais, je ne demande plus rien à Dieu comme ça je ne suis pas déçu qu’il ne réponde pas… »  Ok… sauf que moi ce qui m’est venu et que je me suis entendu lui dire c’est : « Ok, mais c’est sûr que si tu ne lui demandes rien il ne va pas te répondre non plus, non ?! »

Alors la question c’est qu’est-ce que nous lui demandons et pourquoi, et qu’est-ce que lui peut nous répondre ou nous donner. Et la page d’évangile qu’on vient d’entendre, elle nous donne quelques éléments de réponse à ces questions qui sont légitimes.

La 1ère chose qu’il nous faut entendre c’est l’appel à prier. J’ai envie de dire : prier malgré tout. C’est-à-dire à croire que Dieu est là, malgré tout, malgré son silence apparent, malgré les apparences premières et immédiates de sa non-réponse. Demandons, cherchons, et insistons !

Demandons, c’est-à-dire osons confier à Dieu ce qui nous habite. C’est-à-dire : osons ce pari de confiance que si Dieu existe et donc s’il veut se révéler à nous et prendre soin de nous, si Dieu nous aime et veut nous offrir son salut – ce qu’on ne cesse de dire et de redire et même de célébrer de dimanche en dimanche –, alors partageons-lui ce qui fait nos vies, avec nos joies, nos peines, nos questions, nos colères, nos révoltes peut-être même, mais aussi nos ras-le-bol de son silence ou de je ne sais quoi ! Tout ce qui nous habite !

Dieu peut tout entendre, même nos cris contre lui, comme on le voit dans bien des psaumes ; même nos envies de meurtre, parfois, contre l’autre qui n’en finit pas de faire du mal – ça aussi on l’entend dans les psaumes et même ça nous choque. Dieu peut tout entendre et tout porter avec nous. Et même, au cœur de cela, il peut déposer en nous la paix du cœur – parfois l’air de rien…

Si nous partageons bien humblement ce que nous vivons et ce qui nous traverse avec les mots du jour, nous ne serons pas dans ce risque de rabâchage dont Jésus nous mettra en garde dans le parallèle chez St Matthieu. Prier ce n’est pas réciter des « trucs » – même si ça peut nous aider à donner du temps à Dieu pour le prier vraiment – ; non pas rabâcher comme les païens, dira-il, mais lui parler. Comme à un ami.

Et là, demander, oser demander, croire que Dieu peut quelque chose pour nous et pour ce monde qui en a tant besoin. En ayant en tête ce qu’il dit ailleurs sur la prière, en Jn 15 : tout ce que nous demanderons au Père en son nom, dit Jésus, cela nous sera accordé…

« En son nom » : ça veut dire ce qu’il demanderait lui, pas la pluie ou le beau temps, sauf si c’est vital, c’est-à-dire sauf s’il en va du salut, le salut pour les uns et pour les autres, pas mon petit confort à moi. Demander ce que lui demanderait au Père, et ce sera donné – il faudra alors y consentir et en vivre, et que les uns les autres se convertissent ; c’est bien souvent là le problème…

D’où l’appel, pour nous déjà, à chercher. Non pas seulement chercher Dieu, mais chercher avec lui les réponses qu’il me donne peut-être. Dans cet acte de foi de ce qu’on a entendu juste après dans cette même page d’évangile de ce jour : Dieu va nous donner de bonnes choses, et plus encore il donnera l’Esprit Saint à qui le lui demandera !

Mince alors, j’avais demandé de réussir mon concours avec mention mais ce qu’il peut me donner c’est l’Esprit Saint !?

Blague à part : il va me donner l’Esprit Saint, c’est-à-dire la force pour vivre ce que j’ai à vivre et à traverser. L’Esprit Saint qui veut aussi de souffler des chemins de paix en nous et entre nous. Et puis l’Esprit Saint, ça veut aussi dire qu’il me donne de quoi discerner et relire ce qui s’est passé en moi et dans ma vie, comment Dieu a peut-être répondu à ma prière, pas forcément comme je croyais ou comme je voulais, mais par tel évènement ou telle rencontre ou telle parole reçue ou telle intuition dans la prière ; que sais-je. Mais croire que Dieu répond, et donc chercher, chercher à voir comment – comment il répond ou comment il a déjà répondu dans le réel de mon quotidien…

Demander, chercher, et frapper, c’est-à-dire insister et oser demander de l’aide, celle de l’Esprit Saint mais aussi celle de frères et sœurs de la communauté qui vont m’aider à voir comment Dieu, peut-être a répondu. Et qui vont en tout cas me soutenir, y compris par la prière.

Notre plus grand obstacle à tout cela c’est l’impression que Dieu se tait, que Dieu ne répond pas, que Dieu n’est pas là. Mais c’est ce qu’a traversé Jésus sur la Croix, ce silence apparent de Dieu entre la mise en Croix du vendredi midi et la résurrection au petit matin de Pâques – que nous a d’ailleurs rappelé la 2ème lecture. Un temps de silence apparent où le salut de Dieu est en germe et qui patiemment re-suscitait la vie. Et il nous ouvrait là un passage qui nous appelle à la confiance que Dieu est là – qu’il est là malgré tout – et que Dieu ne va pas nous abandonner ; et donc qu’il y aura une réponse, quelle qu’elle soit, même si je ne sais ni comment ni quand. Mais Dieu marche avec nous.

Toute la vie de Jésus ne dit que cela : Dieu marche avec nous, il est l’Emmanuel, Dieu-avec-nous, Dieu qui sauve et veut nous sortir de nos tombeaux – c’est son prénom : Jésus, Dieu-sauve.

Et il nous l’a dit : c’est à la toute fin de l’évangile de Matthieu : « Je suis avec vous pour toujours » et donc pour chaque jour (cf. Mt 28,20b), « Je suis là », et même « Je vous appelle mes amis » – c’est en Jn 15 (v.14) – : « Vous êtes mes amis si vous demeurez en mon amour et si vous gardez mes commandements, si vous gardez ma Parole » (cf. Jn 15,9-14).

Nous revoilà avec « Marthe et Marie » : demeurer avec lui, Jésus, et l’écouter. Et donc, une fois que je lui ai partagé tout ce qui m’habite, me taire et laisser tout ça prendre sa place en moi, laisser l’Esprit Saint et la Parole de Dieu faire leur travail en moi. Se taire et se tenir là avec le Seigneur, dans le silence, bien humblement.

Se tenir là dans la confiance qu’il nous donne et va nous donner ce dont nous avons besoin, combien plus l’Esprit Saint qu’il faut invoquer et demander. L’Esprit Saint à qui il faut demander bien humblement qu’il vienne déposer sa paix dans les cœurs et dans le monde, et qu’il nous éclaire pour voir et entendre Dieu qui est là, Dieu qui veut murmurer en nous des chemins de vie et d’espérance, Dieu qui nous dit : « Quoi qu’il arrive, quoi qu’il t’arrive, je suis là, je suis là avec toi, je veux marcher avec toi… »

Alors je ne sais où vous en êtes chacun de votre vie de prière et de cette confiance-là en Dieu. On pourrait se poser 2 questions +1 question bonus, maintenant et dans les jours qui viennent :

(1) Comment je prie, c’est-à-dire comment je m’y prends ? Et puis (2) qu’est-ce que je demande concrètement, qu’est-ce que je dis au bon-Dieu ? Et la question bonus : (3) comment je l’écoute – comment je fais silence et j’écoute la Parole – ? Pour laisser Dieu guider ma vie et me conduire et grandir dans la confiance qu’il marche avec nous…

[Alors vous les jeunes qui partez ce soir à Rome, profitez-en, demandez vraiment au Seigneur cette grâce de vous laisser renouveler dans cette confiance, cette confiance en Dieu qui marche avec nous et qui entend nos cris.] Amen.

Arcabas, Le repas à Emmaüs, paroisse Saint-Joseph à Grenoble (chapelle de semaine)

Arcabas, Le repas à Emmaüs, paroisse Saint-Joseph à Grenoble (chapelle de semaine)

Pour en savoir plus sur ce tableau, pour comprendre le lien éventuel à l’un ou l’autre élément de cette homélie, et surtout pour se laisser conduire dans ce qu’il peur vouloir nous dire : c’est par là, en cliquant ici !

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