Le blog de Christophe Delaigue, prêtre à Grenoble : homélies, cinéma, lectures…

Homélie dimanche de la Divine Miséricorde 2022

Dimanche 24 avril 2022 - 2ème dimanche de Pâques (Année C)

Ac 5,12-16 / Ps 117 / Ap 1,9-11a.12-13-17-19 / Jn 20,19-31

 

Souvent, avec cette page d’évangile, on se focalise surtout sur St Thomas, Thomas dont le surnom signifie « le jumeau », Thomas qui doute et dont on se sent souvent proche dans la foi, Thomas qui voudrait voir de ses propres yeux Jésus ressuscité et même toucher ; toucher pour croire en cet impensable et ce spontanément incroyable de la résurrection.

Et comme le dit Jésus en pensant à nous aujourd’hui : heureux sommes-nous de croire, nous, sans avoir vu, nous qui sommes invités à croire sur parole, celle de Dieu lui-même par le témoignage de ceux qui ont pu faire une expérience du ressuscité, et par la transmission de ces témoignages jusqu’à nous. Oui, heureux sommes-nous, dit Jésus. D’ailleurs Thomas aussi a cru sur parole : il lui suffit de savoir qu’il peut toucher alors il croit. On ne nous dit pas qu’il a mis sa main sur les marques de la crucifixion, non, il peut toucher, alors il croit. Ça lui suffit.

Ceci étant, je disais que je ne voulais pas forcément m’attarder sur cette figure de St Thomas. J’avais plutôt envie de vous partager autre chose qui m’est venu en pensant à ce que nous fêtons aujourd’hui et ces jours, certes au regard de ces textes, rassurez-vous, mais un peu autrement.

Ce dimanche c’est « Dimanche de la Divine Miséricorde ». Et c’est le deuxième dimanche de Pâques. Et il me semble que si on a ça en tête avec ce qu’on vient d’entendre alors ça peut éclairer autrement la Bonne nouvelle de la résurrection de Jésus, et ce que ça peut signifier pour nous aujourd’hui, concrètement.

Peut-être se redire d’abord ce qu’est le temps pascal. C’est ce temps qui nous est donné de 40 + 10 jours pour faire nôtre la Bonne nouvelle de la résurrection de Jésus. Et là, contempler comment il se révèle à ses disciples, ce qu’il leur révèle de sa présence qui sera autre et autrement, et ce qu’il leur révèle de l’envoi en mission qu’il va leur adresser. On a tout ça déjà dans nos textes et notamment dans cette page d’évangile.

Ce temps pascal c’est ce temps qui nous est donné pour laisser cette Bonne nouvelle d’une présence nouvelle du Ressuscité nous habiter et nous renouveler. Nous libérer, même, comme c’est le cas pour les apôtres qui sont emmurés dans la peur mais qui pourtant, dans la 1ère lecture, après la Pentecôte, sont devenus des témoins qui annoncent la résurrection, en paroles et en actes.

Et l’enjeu premier pour nous, c’est de nous laisser rejoindre par cette Bonne nouvelle, cette Bonne nouvelle que le Christ, malgré sa mort, est bien vivant en Dieu et présent à notre vie. Comment ? Nous allons le découvrir au fil des jours et des semaines.

Mais l’enjeu c’est bien que la Bonne nouvelle de la résurrection prenne corps en nous, que ça descende en nous et nous habite ; qu’elle nous façonne de l’intérieur, cette Bonne nouvelle, pour que ce ne soit pas qu’une belle parole mais que ce soit véritablement une Parole de vie, une parole qui nous mette en route, qui nous relève. Pour le dire autrement : qui nous ressuscite. Aujourd’hui, déjà.

Et de fait, il y a un acte de foi à poser, comme pour Thomas, notre jumeau. Et même plus que Thomas puisque nous sommes appelés à croire sans avoir vu. Ce qui ne veut pas dire qu’on ne va pas faire une expérience du Ressuscité ou de la résurrection. Mais justement. Laissons-nous faire, laissons-nous rejoindre par cette Bonne nouvelle.

Et si ça prend corps en nous, si ça devient Parole de vie, alors nous allons pouvoir en vivre et donc en être témoins pour d’autres. Nous allons pouvoir donner Corps à cette Bonne nouvelle de la résurrection, cette Bonne nouvelle du salut, et donner Corps au Christ ressuscité. Lui donner Corps c’est-à-dire lui permettre de continuer son œuvre de salut en ce monde, ce monde qui en a tant besoin, ce monde qui est défiguré par le mal, jusqu’en notre vie à chacun, on le sait bien.

Quand je vous dis cela et quand je pense à ce dimanche qui est le « Dimanche de la Divine Miséricorde », je pense à cet appel de Jésus dans l’évangile de Luc à ce que nous soyons miséricordieux comme le Père est miséricordieux (Lc 6,36). Voilà l’enjeu, pour être témoins du salut, pour être des témoins en actes de la promesse de vie et de résurrection que Jésus révèle pleinement par sa propre résurrection. C’est à cela qu’il nous appelle : vivre l’amour de Dieu, l’amour qui sauve, l’amour qui relève et qui permet de trouver sens à sa vie, l’amour sauveur du Père qui s’appelle la miséricorde.

J’aime cette définition du pape François que j’ai déjà citée plusieurs fois ici à St Jo, cette définition qu’il donnait dans le texte pour annoncer le Grand Jubilé de la Miséricorde, il y a quelques années, où le pape François disait que la miséricorde c’est « l’amour de Dieu qui console, qui pardonne et qui donne l’espérance ».

C’est ce qu’on a entendu dans l’évangile de ce jour ! Quand Jésus s’approche et qu’il dit « La paix soit avec vous » c’est véritablement une parole de consolation. Et c’est même une parole et une expérience de salut. Et quand Jésus souffle sur ses apôtres et leur donne pouvoir de remettre les péchés, là encore il s’agit bien de cette miséricorde qui console, qui pardonne et qui redonne l’espérance. Vous voyez ?

C’est promesse pour nous et c’est ce que nous avons à vivre. En Église. Donner Corps au Christ ressuscité qui est acteur de ce salut, c’est sa mission, ce salut qui se dit en actes et qui se dira dans ce que nous vivrons de cette miséricorde du Père… Donner Corps au Christ pour vivre son salut…

Une autre chose du pape François que j’ai envie de vous partager, que j’ai lue dans deux textes tout récemment publiés en Français ces dernières semaines, un sur le ministère des prêtres et l’autre qu’il a écrit en dialogue avec des personnes de la rue ; dans ces deux textes il partage très simplement ce qu’est pour lui ce qu’il appelle « le style de Dieu », c’est-à-dire comment Dieu s’y prend avec nous. Et il résume ce « style de Dieu » en trois mots : « proximité, compassion et tendresse ».

C’est vraiment l’attitude de Jésus ressuscité qui vient rejoindre ses disciples pour se révéler à eux, Jésus qui prend le temps de se donner à reconnaître, même s’il faut y revenir, même si ça prend du temps ; c’est ça sa tendresse. Et Jésus qui se laisse toucher, je crois, par leurs peurs, et qui va même compter sur eux pour que la Bonne nouvelle de sa résurrection soit annoncée, au-delà de leurs trahisons ou de leur abandon au pied de la Croix.

Proximité, compassion et tendresse. Alors nous pourrons consoler, pardonner et redonner l’espérance, notamment à celles et ceux qui souffrent ou qui ne trouvent plus sens à leur vie ou à ce monde.

C’est notre mission. Être miséricordieux comme le Père est miséricordieux. Et pour cela être témoins et artisans de paix. Et être de ces hommes et ces femmes qui veulent vivre le pardon et la réconciliation, c’est-à-dire remettre les péchés, et libérer notre prochain des entraves de la culpabilité et du poids du mal en nos vies à chacun.

C’est très concret tout cela. Et c’est notre mission, j’insiste. C’est notre mission, pour donner Corps au Christ ressuscité qui veut vivre et offrir cela aujourd’hui encore à notre monde. Et qui compte sur nous, son Église.

C’est ce que nous célébrons à chaque eucharistie où nous devenons ce que nous recevons, le Corps du Christ, appelés à être sa présence en ce monde, une présence qui prend soin et relève. A notre mesure évidemment, et les uns avec les autres, en Église. En marchant ensemble et avec celles et ceux de qui nous nous rendrons proches, comme le Christ ressuscité dans notre évangile mais plus largement aussi tout au long de sa vie publique – pensez par exemple à la parabole du Samaritain en Lc 10...

En tout cas nous avons 40 jours devant nous – un peu moins maintenant – pour cheminer ainsi aux côtés du Christ resuscité et pour le laisser nous enseigner tout cela. Et nous aurons 10 jours encore pour demander alors l’Esprit Saint, la force de vie et d’amour de Dieu, sa puissance de résurrection, pour que nous devenions ces témoins en actes dont le Christ a besoin pour vivre et poursuivre sa mission.

Alors donnons-nous les moyens, donnez-vous les moyens chers amis. Prenez le temps en ces jours et semaines qui viennent de vous laisser travailler par la Parole de Dieu. Prenez le temps de contempler ce qui nous y est dit de Jésus ressuscité et ce qui est raconté dans les 1ères lectures de cette fougue des premières communautés chrétiennes pour qui cette expérience de la résurrection est devenu un vrai moteur de vie. Donnons-nous les moyens. Et portons-nous pour cela dans la prière.

Que le Seigneur nous renouvelle en cette Bonne nouvelle de la résurrection. Que ça devienne Parole de Vie pour nous, nous qui sommes appelés à croire sans savoir vu, mais nous qui pouvons pressentir en nos cœurs la vérité mystérieuse de cette Bonne nouvelle, et combien c’est vrai, que la vie est plus forte que tout mal et que toute mort, même malgré les apparences immédiates parfois.

Alors prenons quelques instants de silence, si vous le voulez bien, pour laisser tout cela résonner en nous et pour offrir au Seigneur ce que ça fait monter en nous, ce qui nous habite, là, maintenant... Laissons-nous rejoindre par le Christ Ressuscité, aujourd’hui déjà et dans les jours qui viennent… Amen.

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