Dans le secret des ermites d’aujourd’hui

Dans le secret des ermites d’aujourd’hui

Voilà une lecture qui m’aura marqué. Un livre sur des ermites d’aujourd’hui. Car il y en a. L’auteur de ces pages est parti à leur rencontre pour recueillir leur témoignage et raconter.

Mais moi, pourquoi lire cela ? Car dans ma mission au service des vocations dans le diocèse j’ai reçu une femme d’une soixantaine d’années qui se sent appelé  cette vie là, après plusieurs années de vie monastique, et qui se sent appelée à cette vie là dans notre diocèse – son diocèse, où elle a vécu et surtout a été enfantée à la foi.

J’ai écouté, mais j’avais besoin de comprendre mieux avant de la revoir. Je suis allé lire des textes officiels de l’Église mais je voulais plonger aussi dans quelque chose qui me raconte de l’intérieur. D’où cette lecture.

Il y a aujourd’hui en France des personnes qui choisissent de vivre cette radicalité là. Certaines en solitude vraiment complète, d’autres dans des sortes de communautés d’ermites, chacun étant seul de son côté mais se soutenant les uns les autres par la présence des uns et des autres alentours et, dans certains lieux, dans une sorte de partage de tâches communes.

Et j’ai été frappé de lire que certains passent de l’un à l’autre, comme des étapes dans leur vie érémitique. Frappé aussi de voir que beaucoup ont dû bouger plusieurs fois de lieux, chercher le bon endroit, s’adapter aussi au réel – parfois celui de leur santé – et rechercher toujours plus, toujours mieux, le silence.

Beaucoup vivent de très peu, et se nourrissent même de très peu. Une frugalité heureuse qui interpelle à l’heure écologique où l’on sent bien qu’il faut revoir notre rapport au vivant et à nos modes de vie et de consommation. Mais tout cela s’acquiert petit à petit et surtout n’est pas un but en soi ; tout est orienté vers la quête de l’Unique nécessaire, la quête de Dieu et l’union à lui.

Ces pages sont fort interessantes, à l’écoute de ces récits de vie et de ces quotidiens décalés d’avec ce que nous vivons nous. Une belle interpellation. Une belle plongée en ce monde particulier, dans cette mise en retrait libre et volontaire du monde, pour mieux le porter dans la prière. C’est d’ailleurs particulièrement intéressant dans ce qu’il en est raconté à propos de l’un ou l’autre, y compris comment ils s’y prennent concrètement pour cette intercession dans cette communion si particulière au monde en ce qu’il traverse : l’une raconte prier à partir des infos du monde écoutées le matin, d’autres prient habités de ce qu’ils ont entendu de telle ou telle rencontre qu’ils ont faite ou de nouvelles reçues…

Indéniablement tout le monde n’est-il pas fait pour cette vie-là mais savoir qu’elle existe et que certains y aspirent est un signe de ce pour quoi nos vies sont faites : accueillir ce qui chaque jour est donné, vivre de l’unique nécessaire, et intercéder les uns pour les autres dans une gratuité féconde. Et là trouver Dieu. Tout cela ces ermites le vivent et l’apprennent en cherchant l’union à Dieu, dans la remise de leur vie à celui qui seul peut tout, tient tout et peut combler leur vie.

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François de Muizon, Dans le secret des ermites d’aujourd’hui, Nouvelle Cité, coll. Récit, février 2001, 224 pages.

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